Le cas de Charles Alexis dit Desessard

L’évadé Charles Alexis dit Desessard est toujours au large

Montréal (d’après Dollier de C.) — Les autorités policières de Montréal et de Québec sont sur les dents depuis quelques mois. Elles ne parviennent pas à garder derrière les barreaux Charles Alexis, dit Desessards. Ayant réussi plus d’une dizaine d’évasions, Alexis est toujours au large. On est porté à croire qu’il se serait réfugié en Nouvelle-Hollande.

Son habileté à s’enfuir a mystifié la colonie entière. Les serruriers ont perdu leur crédit à son égard. Les charpentiers et les maçons y sont entrés en confusion: les menottes lui étaient des mitaines; les fers aux pieds, des chaussons; le carcan, une cravate. Que l’on fasse des ouvrages de charpente propres à enfermer un prisonnier d’Etat, il en sort aussi aisément qu’un rat de son sac.

Il trouvait si bien le faible d’une maison, qu’enfin il n’y a point de murailles à son épreuve. Il tirait les pierres aussi facilement des murailles que si les maçons y avaient oublié le ciment.

Une fois, devant trois hommes qui l’avaient pris, lié, garrotté, les mains derrière le dos, il se délia sans qu’aucun des trois hommes s’en aperçut, encore que celui qui l’avait lié fut un sergent qui avait été prisonnier en Barbarie et qui se vantait savoir bien s’assurer d’un esclave en pareil cas.

Sa dernière évasion est tout simplement fantastique. Six ou sept hommes, chacun armé de son fusil, avaient réussi à lui mettre la main au collet. Arrivés à un lieu donné, ils placent toutes leurs armes en un endroit pour jouer au pallot. Le prisonnier trouve à propos d’interrompre leur partie pour commencer la sienne. Il saute sur les fusils, les prend tous sous son aisselle, comme autant de plumes provenant de ces oisons bridés. Avec un de ces fusils, il couche tous ces gens en joue, protestant qu’il tuerait ie premier qui approcherait.

Reculant ainsi peu à peu en leur faisant face, il prend congé d’eux en emportant tous les fusils.

Depuis on ne l’a point revu.

Note d’Histoire du Québec sur la destinée de Charles Alexis dit Desessards

Le 6 mars 1673, la Justice condamne Charles Alexis dit Desessards à la peine capitale. C’est le Conseil souverain de la Nouvelle-France, présidé par le gouverneur Frontenac, qui prononce la sentence.

La Justice a accusé Desessards « d’avoir tué de guet-apens le nommé Herme son camarade de voyage, et d’avoir volé ses hardes et pelleteries. »

Le Conseil Souverain le condamne donc à « être conduit en la grande place de Québec. Là sur un échafaud qui y sera dressé à cet effet, lui être les bras et les jambes rompus de quatre coups qu’il recevra vif, ensuite étranglé et jeté sur une roue pour y demeurer jusqu’à sept heures du soir et que son corps sera porté sur les fourches patibulaires pour y demeurer jusqu’à parfaite consommation. »

On trouvera la copie intégrale du jugement aux archives nationales du Québec. Le document précise par ailleurs que Desessards devra également payer deux cent livres d’amende et restituer les biens qu’il a volés (il ne reste pas très clair comment le condamné et étranglé Desessards pourrait payer l’amende et restituer les biens qu’il avait volé).

Source du texte : Le Boréal Express, Journal d’histoire du Canada.

Pour en apprendre plus :

L'exécution du criminel Desessards. Gravure de l'époque, image du domaine public.
L’exécution du criminel Desessards. Gravure de l’époque, image du domaine public.

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