Les Bordelais auraient préféré la guerre à la cession du Canada
Dans une lettre datée du 22 décembre 1761, la Chambre de Commerce de Guyenne faisait savoir au Duc de Choiseul sa position quant » aux sacrifices » que Sa Majesté semblait prête à faire pour assurer « le rétablissement de la paix. »
Pour justifier, comme ils disent, leurs « regrets », ils mettent sous les yeux de Choiseul un tableau des avantages que la possession de ce lointain pays assurait au royaume. La France y envoyait tous les ans 60 vaisseaux chargés de vins, d’eau-de-vie, de draperies, de dorures, de soieries « et généralement de tous les objets de luxe » constituant un capital de dix millions et rapportant deux millions de profit. Les retours se faisaient en fourrures, en produits de la pêche et en lettres de change provenant des dépenses que comportait le service du roi dans la colonie.
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Une partie des navires employés au trafic du Canada profitaient du voyage pour faire escale aux Antilles, y prendre des sirops et des tafias destinés à Québec et y décharger des bois tirés de la vallée du Saint-Laurent; ce commerce triangulaire « lie l’intérêt des Îles à la conservation » des établissements septentrionaux. Voilà ce qui s’accomplissait avant la guerre. Une paix heureuse donnerait lieu de faire encore mieux, car on est loin d’avoir épuisé les possibilités de la colonie. À peine les a-t-on effleurées. Que ne gagnerait-on pas à mettre en train l’exploitation intensive du tabac, du bois et du chanvre canadiens? Et il y a les pêcheries, dont les Bordelais, pas plus que leurs confrères des autres ports, ne minimisent l’importance : ils soulignent qu’elles se situent « dans les mers du Canada », que l’occupation de Saint-Pierre et de Miquelon ne saurait « suppléer », pour peu qu’on veuille considérer leur sécurité, à la possession du Saint-Laurent et qu’il ne faut pas en douter, « la cession du Canada entraînerait infailliblement la perte de la pêche de la morue « .
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Enfin, les Antilles sont chères aux Français. Qu’ils ne l’oublient pas, le recouvrement du Canada est un des meilleurs gages de leur « sûreté ». La Nouvelle-Angle terre aura les mains libres sur le continent ? Qu’est-ce qui l’empêchera alors de tourner son ambition du côté de la mer des Caraïbes ? En un mot, le Canada est indispensable à la France.
Cette lettre des Bordelais, nous l’avons résumée pour le bénéfice de nos lecteurs. Pourtant, elle reste l’un des meilleurs plaidoyers en faveur du Canada. Elle contient la plus solide défense de la colonie qu’ait élaborée une Chambre de Commerce française. Malheureusement, seules celles de Marseille et de La Rochelle abondèrent dans le même sens.
Les autres, soit celles de Nantes, du Havre, de Bayonne, de Saint-Malo, de Dunkerque et de Grandville préférèrent ménager certaines susceptibilités et tombèrent trop facilement d’accord avec les positions prises.
(Source du texte : Boréal Express).
