Les bagarres à Montréal

Les bagarres à Montréal dans les années 1830

Tandis que les gouvernements du Canada et de l’Angleterre se renvoyaient la balle pour ne pas payer les dépenses que les épidémies avaient occasionnées, la population de Montréal accusait le gouverneur de ces malheurs. À l’occasion d’une visite de lord Aylmer, La Minerve et le Vindicateur (deux journaux patriotiques) parurent avec de larges bandes noires de deuil, comme s’il avait vraiment été responsable de l’immigration et des épidémies.

Le 28 avril 1835, deux fiers-à-bras, Monarque et Chapleau, cassèrent la tête du soldat Hands qui, disent-ils, les avait attaqués à la baïonnette. C’était, à l’époque, une habitude qu’avaient des soldats de la garnison, lorsqu’ils rencontraient des Canadiens, le soir, dans les rues. La plupart du temps, ni les Canadiens français ni les Irlandais de Montréal ne s’en plaignaient. C’étaient pour eux des occasions de se défouler. On se donnait de bonnes raclées et on rentrait chez soi plus on moins content. Les incidents de ce genre n’amélioraient sans doute pas beaucoup les relations entre les Montréalais et les soldats de la garnison, mais jusque-là, la mort d’un sujet de sa Majesté dans de telles conditions n’avait pas tiré à conséquences.

Pourtant, cette fois, les membres du Doric Club – recrutés par les jeunes Anglais de la ville – décidèrent de se constituer en corps militaire pour empêcher que semblable affront ne se répétât à l’endroit de leur race. En corps militaire ! Dans les circonstances, c’était grave.

Inutile d’ajouter que lord Gosford, qui venait de remplacer lord Aylmer et qui, depuis son arrivée, s’ingéniait à ramener la paix dans les groupes ethniques, s’opposa fermement à se projet. Parlant en français à l’assemblée, invitant les politiciens chez lui, discutant et essayant de comprendre les uns et les autres, il n’allait certainement pas donner aux jeunes du Doric Club la permission de s’armer et d’attiser les discordes. Mais à l’exemple des « patriotes », ils passèrent outre à son interdiction, ajoutant ainsi au malaise général et forgeant les instruments d’une insurrection ou, même, d’une guerre civile.

À Québec, où l’Assemblée ne votait plus de budget depuis deux ans, la session du printemps 1836, s’était terminée de façon orageuse. Pourtant, en proposant la formation d’un Conseil exécutif composé de cinq Canadiens français pour trois anglophones et d’un Conseil législatif composé de sept Canadiens français pour trois anglophones, lord Gosford avait, petit à petit, amené les membres de l’Assemblée à composer. Car l’influence de Papineau devenait de moins en moins prépondérante. Déjà son intransigeance avait éloigné Neilson et l’hostilité de son groupe continuait d’agrandir la scission. Tant de députés avaient rejeté ses directives qu’en février 1837, il n’avait plus qu’une voix de majorité en Chambre.

Lord Gosford était donc sur le point de ramener la paix, lorsque le lieutenant-gouverneur du Haut Canada, Sir Francis Bon-Head, qu’on taxerait aujourd’hui de « loud mouth », divulgua les intentions secrètes de Londres en ce qui concernait le Canada, intentions inspirées à lord Glenelg, secrétaire aux Colonies, par deux adjoints de lord Gosford, chargés comme lui de faire enquête sur les griefs des Canadiens.

Malgré les bonnes dispositions de lord Gosford envers ceux-ci, le rapport des adjoints leur ayant été défavorable, Londres, dégoûté par l’attitude négative de l’Assemblée devant les multiples concessions qui lui avait été proposées et faisant brusquement volte-face, avait décidé de ne rien changer à sa ligne de conduite : les terres de la Couronne ne céderait l’administration des revenus des provinces aux Assemblées législatives, que si elles votaient une liste civile suffisante pour les dépenses de l’État.

Aussitôt, William Lyon Mackenzi s’empressa d’aviser Papineau de l’indiscrétion du lieutenant-gouverneur, et Papineau de transmettre la nouvelle à ses collègues. Lord Gosford ayant été forcé d’admettre la vérité, l’Assemblée décida, le 30 septembre, de ne plus se réunir, tant que Londres n’aurait pas changé de politique. Or Londres était tellement décidé à la maintenir et connaissait tellement la portée de son attitude que deux régiments de renfort furent envoyés au Canada.

Le Carrefour des Géants (Montréal 1820-1885) par Bertrand Vac. Le Cercle du livre de France.

Place Cartier rue de la Commune
La place Cartier vue depuis la rue de la Commune. Photographie de Histoire-du-Québec.ca.

Laisser un commentaire