Histoire du Québec

Anglicisation et francisation

Anglicisation et francisation au Canada

Parmi les compagnons de Wolfe venus en Amérique pour chasser les Français du Canada, se trouvaient deux officiers écossais : John Nairne et Malcom Fraser.

Après avoir combattu avec lui à Louisbourg, ils l’avaient suivi à Québec. Au lendemain de, la prise de cette ville et de la capitulation de Montréal, nos deux highlanders, au lieu de retourner dans les montagnes d’Ecosse, se décidèrent a s’établir sur la terre que leur valeur avait aidé à conquérir. En hommes pratiques, ils estimèrent qu’ils avaient droit à en posséder une parcelle.

Leur ami et compagnon d’armes, le général Murray, gouverneur du Canada, partagea leurs vues et lit droit à leur requête. Un petit bout de papier les constitua seigneurs, l’un, John Nairne, de la seigneurie de Murray Bay et Fraser de celle de Mount Murray…

Voilà nos deux favoris du pouvoir bombardés seigneurs et l’on se demande tout naturellement comment vont s’agencer les rapports entre les soldats et leurs censitaires, étrangers de langue, de race et de religion ? L’étude de M. Wrong fournit une réponse intéressante à cette, question.

Le premier contact se fit sans heurt ni violence. Les seigneurs s’installèrent, chacun de son côté de la rivière Malbaie, et comme ils n’étaient riches ni l’un ni l’autre, l’intérêt personnel leur commandait d’attirer des colons le plus tôt possible sur les terres à leur disposition. La correspondance de Nairne nous révèle ses projets.

On voit qu’il songeait à pratiquer en petit, sur ses domaines, ce que les autorités à Québec et à Montréal tentaient de faire en grand dans toute la province.

L’ambition vint à Nairne de façonner l’âme et l’esprit de ses censitaires sur le modèle de son esprit et de son âme à lui et de transformer les Canadiens en Highlanders — moins le costume — d’autant plus que le pays de montagnes qu’est la Malbaie semblait favoriser ce projet. Implanter le protestantisme et la langue anglaise fut donc une de ses premières occupations. Ironie des choses 1 II vit, au bout de quelques années, combien la conception d’un projet est souvent loin de se réaliser selon les desseins de son auteur.

Il eut le regret de constater, au bout de quelques années, que non seulement les Canadiens se montraient réfractaires à toute écossaicisation, mais que les Highlanders établis à la Malbaie, en même temps que lui et Fraser, étaient devenus Français. Ce ne fut là que la moitié de son désappointement. Il écrit un jour à un ami d’Ecosse que le Français s’est faufilé dans le Manoir et que, horreur des horreurs, ses propres enfants ne parlent plus que la langue du pays.

Les Fraser résistèrent encore moins à l’influence ambiante, puisque le dernier membre de cette famille devint catholique. Il mourut en 1832.

Il repose, dans le cimetière de la Malbaie sous une pierre tombale portant une inscription en langue française.

Cette transformation d’Anglais et d’Écossais en Français, s’est reproduite en maints endroits de notre province. Par contre, elle s’est faite et se fait en sens inverse parmi les nôtres, perdus dans des groupes anglais considérables.

C’est ainsi qu’à Toronto, presque tous les enfants de parents canadiens-français, établis dans cette ville depuis une vingtaine d’années, ne parlent que l’anglais.

(L’histoire d’une paroisse Canadienne par M. le Professeur Wrong, 1908. Par A.-D.Decelles).

Les Écossais au Canada

Le comte de Lovât, du clan des Fraser, d’Écosse, venu aux fêtes du IIIe Centenaire de Québec en 1908, a trouvé métamorphosés en Canadiens-Français la plupart des Fraser qui s’établirent parmi nous vers 1764, après le licenciement du régiment formé d’eux.

Le marquis de Lorne avait déjà fait la même constatation pour les Campbell, autres Écossais passés, os et chair, dans nos rangs et qui en plusieurs endroits — à Montebello, à la Pointe-au-Chêne, par exemple, sont le plus souvent appelés Gamelle.

Écossais et Canadiens-Français ont été, dès le début, des amis, des voisins sympathiques.

La Canadienne « aux yeux doux » n’a pas été lente à faire la conquête des galants Macs. De ces unions sont sortis, presque toujours, de beaux types notés, à la fois, pour l’intelligence, pour l’endurance et pour l’adresse.

Dans une courte étude, sur ce même sujet, M. Benjamin Suite disait : Des trois groupes qui forment ce que nous appelons « les Anglais », le plus ancien au Canada et le plus remarquable est le groupe écossais. Pour nous, Canadiens-Français , il est aussi le plus sympathique.

Les montagnards highlanders arrivèrent les premiers, formant le noyau solide de l’armée de Wolfe en 1759. A la paix, ou les licencia, ils prirent des terres autour de Québec ; leurs familles sont encore là, nombreuses et agissantes, mais ne parlant pas ni la langue gaélique ni l’anglais : la mère canadienne a imposé sa langue.

Ils se sont fondus parmi nous et vivent de nos sentiments. Les uns se nomment Clendenning, McQuiyre, Fraser, Macfarland, etc., les autres ont pris des noms français ; en un mot, ils se sont fondus en u n même peuple avec nous. Tous ceux-là sont cultivateurs ou l’étaient , car de nos jours les Écossais se sont assujettis à une grande variété de professions.

Le deuxième contingent arriva par familles isolées, peu après le traité de 1763 qui cédait la colonie de la Grande-Bretagne, et cette immigration s’est prolongée jusque dans notre siècle.

Ces gens étaient des Lowlandcrs. Ils apportaient la connaissance de l’industrie. Nous leur devons le relèvement merveilleux du Bas-Canada au lendemain des désastres de la conquête.

Très sympathiques à notre élément, ils n’ont jamais été en désaccord avec nous.

(Revue populaire. Jean Lévêsque.)

Arbre aux racines fortes. Photo d’Histoire-du-Québec.ca.