Agriculture régionale au XIXe siècle

L’agriculture régionale québécoise au dix-neuvième siècle

L’ouverture d’une nouvelle région signifie souvent la reproduction à une plus petite échelle du système socio-économique dominant. Ce système et reproduit parfois avec des variantes, mais sans cassure. Ainsi en est-il de l’agriculture régionale qui compte tenu de certaines couleurs locales, reprend les grands traits du modèle québécois.

Au XIXe siècle, la ferme québécoise est une entreprise fondée sur la cellule familiale. La famille, et le voisinage, si nécessaire, fournissent à l’entreprise agricole la main d’œuvre utile à son fonctionnement. Amorcée vers 1850, l’ère de la mécanisation diminue lentement le besoin de bras, sans toutefois remettre en question l’existence de l’unité d’exploitation familiale.

Du blé au lait

La culture du blé, dont le rendement décline, cède lentement le pas à d’autres productions. La conjoncture internationale favorise ce mouvement. Le traité de réciprocité de 1854 stimule les exportations canadiennes vers les États-Unis. La forte demande d’animaux et des fourrages décide les agriculteurs québécois à délaisser partiellement le blé. La guerre de Sécession (1860-1865) stimule également la demande en denrées agricoles. Après la guerre de Sécession et après l’abolition du Traité de réciprocité (1866), le Québec continue d’exploiter des produits agricoles vers les États-Unis et surtout vers les États dès la Nouvelle-Angleterre. Mais les produits agricoles québécois supportent difficilement la concurrence des producteurs de l’Ouest américain. L’industrie laitière s’offre alors comme une solution de rechange, une alternative que favorise la crise économique des années 1876-1896.

Le commerce agricole avec les États-Unis concerne les régions à proximité des frontières américaines. Les régions éloignées, comme la Gaspésie et le Saguenay-Lac-Saint-Jean, bénéficient peu on nullement du marché américain. Aussi, dans ces régions, la production du blé s’est poursuit-elle intensément jusqu’au cours des années 1870, pendant que les régions en périphérie les marchés la délaissent pour l’industrie laitière.

Une agriculture commerciale domine donc partiellement l’agriculture québécoise jusqu’aux années 1870, du moins dans les régions situées à proximité des marchés. L’exploitation des matières premières agricoles – blé, foin, chevaux – maintient l’agriculture québécoise à ce premier stade de développement économique. Elle produit sans transformer. Le rétrécissement des marchés importateurs de matières premières agricoles oblige toutefois à une nouvelle orientation de l’activité agricole. C’est lors de ce réajustement que se développera une agriculture de transformation axée et essentiellement sur la production industrielle du cheddar pour le marché anglais.

La ferme laitière c’est imposée parmi diverses alternatives, allant de la culture fruitière à la production de la betterave à sucre. Des expériences sur ces dernières cultures ont même été effectuées au Saguenay-Lac-Saint-Jean à la fin du dix-neuvième siècle. Le besoin plus modeste de main-d’œuvre, les risques moindres sur le plan climatique – la croissance de l’herbe exige moins que celle de du blé – et l’existence d’un marché international constituent autant d’atouts pour le option laitière, diront les spécialistes agricoles.

La production laitière a, comme celle du blé, le défaut d’axer le développement de l’agriculture dans une seule direction. Elle a toutefois un avantage de taille en permettant non seulement le maintien, mais aussi l’ajout de productions complémentaires pour le marché ou la consommation domestique. L’utilisation du lait écrémé pour l’engraissement des porcs stimule, vers la fin du dix-neuvième siècle, la production de bacon destinée à l’exportation. À la ferme laitière se greffe aussi l’élevage du mouton des oiseaux domestiques. Dans la majorité des fermes, ces élevages revêtent un caractère de subsistance. Ils assurent une certaine autarcie et la sécurité dans les périodes de crise.

La naissance des sociétés agricoles

L’industrie laitière oriente l’agriculture vers les activités des transformation : le lait devient beurre, fromage… Les vertus d’une économie agricole axée sur les accès sur les produits de transformation sont soulignées. En 1893, des spécialistes agricoles du gouvernement canadiens estiment que le foin rapporte seulement 9$ des tonnes métrique comparativement à 400,00$ pour le beurre, sans compter les bienfaits de l’élevage bovin pour la fertilité du sol. Les expéditions à l’état brut de porc et de mouton sont alors jugés peu rentables à long terme. Malgré ces faiblesses, il demeure que la ferme québécoise évolue, au cours de la seconde moitié du XIXe siècle vers une agriculture mixte qui supporte la production fromagère.

Enfin, parallèlement à cette réorientation de l’agriculture on remarque une sensibilité particulière aux pratiques agricoles. Sociétés d’agriculture, cercles agricoles, expositions, enseignement font partie du paysage agricole québécois. Les succès mitigés de ces efforts mettent en relief la difficulté de briser les mauvaises habitudes des paysans québécois. Toutefois, les déficiences multiples de l’infrastructure des transports ont pu, presque à elles seules, suffire d’annihiler toutes les efforts.

Ce bref bilan de l’agriculture québécoise permet de comprendre dans quel contexte évolue l’agriculture locale au dix-neuvième siècle. L’agriculture saguenayenne est jeannoise a des avantages et désavantages comparatifs, que ce soit dans la période avant 1880 avec la production céréalière ou après 1880 avec la production laitière.

(Tire de Histoire du Saguenay-Lac-Saint-Jean par Camil Girard et Normand Perron, 1989. Institut québécois de recherche sur la culture).

Voir aussi :

Agriculture régionale au XIXe siècle
Illustration : Dupré Julien (1851-1910). La récolte des foins. Image libre de droits.

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