Histoire du Québec

Affaires religieuses : Fondation de l'Ordre monastique

Affaires religieuses : Fondation de l’Ordre monastique des Hospitalières de Saint-Joseph de l’Hôtel-Dieu

En 1666, il se produisit à Ville-Marie un événement d’un caractère peu bruyant, mais important pour l’église canadienne. Par un bref apostolique, le pape Alexandre VII élevait à la dignité de religieuses cloîtrées les Hospitalières de Saint-Joseph de l’Hôtel-Dieu et faisait de tout l’institut un Ordre monastique relevant directement du Saint-Siège. Ce jour-là, le nom du pieux laïque, Jérôme le Royer de La Dauversière, s’illustra d’une gloire nouvelle, lui qui avait fondé dans l’humilité et les épreuves l’admirable Institut des Hospitalières de La Flèche. C’est le seul Ordre religieux de femmes à Montréal, jusqu’à l’arrivée des Carmélites à la fin du siècle dernier.

Le bref pontifical, reçu avec joie par les nouvelles Religieuses, causa quelque surprise parmi ceux qui rêvaient toujours de réunir les soeurs de PHôtel-Dieu de Ville-Marie aux Hospitalières de Québec, sous la juridiction du Vicaire apostolique. Cette décision inattendue du pape faisait passer à la tête des fondations religieuses du Canada les Religieuses cloîtrées de Montréal. On n’admettait pas facilement que la chose fût opportune ni même possible. On regrettait qu’elle se fût faite sans qu’on eût été consulté. On s’en plaignit à Rome même, (Archives de la Propagande, vol. «America», 3, Canada. Lettre de Mgr de Laval, 26 août 1667), au lieu de réjouir d’un événement si heureux. Il fallut pourtant bien se soumettre, Rome avait parlé ; on on le fit avec restriction(Archives de la Propagande, vol. «America», 3, Canada. Lettre de Mgr de Laval, 26 août 1667: Si ita a Suprema Sede definitum est: nihil habeo quod opponam; verum multa me inducunt ut suspicer Breve subreptitium esse.»).

Ville-Marie éprouva un autre bonheur, plus universellement apprécié celui-là, le retour toujours vivement souhaité de M. de Queylus. Un ordre du roi, inspiré peut-être par les nouveaux chefs civils, le voulait ainsi. Monseigneur de Laval, quelque peu prévenu jusque-là contre lui, fit cette fois bon accueil à ce digne prêtre de Saint-Sulpice. Il le nomma même son grand vicaire pour le district de Montréal (1668). Venu en qualité de supérieur du séminaire, M. de Queylus put enfin librement consacrer toutes ses énergies et employer ses grands biens au développement de Villemarie, qu’il avait, dans l’épreuve, si généreusement contribué à établir.

Par la rentrée en grâces de leur supérieur, les Sulpiciens purent ajouter à leurs activités des oeuvres nouvelles, nécessitées par les circonstances. Des prêtres de la Compagnie furent envoyés par le séminaire de Paris pour établir des missions chez les sauvages à la tête du fleuve Saint-Laurent.

C’est ainsi que fut fondée la mission indienne de Quinté, sur la rive nord du lac Ontario. L’abbé François de Fénélon, frère du célèbre évêque de Cambrai, commença cette mission chez les Goiogouins en 1668. Il fut secondé dans son apostolat par MM. Trouvé et d’Urfé, deux de ses confrères sulpiciens.

Cet établissement lointain fut dans la suite abandonné par la Compagnie de Saint-Sulpice, qui se limita aux oeuvres paroissiales et aux soins spirituels des sauvages iroquois et algonquins, qui commençaient à s’établir à demeuré dans l’île de Montréal.

Les Sulpiciens, désormais tout à leur première oeuvre, formèrent le dessein, pour gagner davantage les Iroquois à l’amitié française, de fonder un hospice pour les invalides, les vieillards et les enfants sauvages.

M. de Queylus, l’auteur du projet, s’engageait pour sa part, à doter la fondation de 300 arpents de terre et de lui verser un capital initial de 10 000 livres. Talon dit même que l’Abbé devait “vendre et employer tous ses biens pour cet objet.” (Mémoire de Talon au roi, 2 novembre 167T. — Archives de la Marine, Collection Moreau St-Méry; « Mémoires », p. 23).

Les Hospitalières de Québec, qu’il avait voulu antérieurement établir à l’Hôtel-Dieu de Villemarie, avaient même accepté de prendre la direction de l’institution projetée.

L’intendant, le gouverneur, le ministre et le roi s’étaient déclarés favorables à un établissement de ce genre et promettaient de l’aider de toutes façons. Rien ne paraissait devoir s’opposer à sa réalisation.

On ignore quelle influence contraire a pu empêcher la réussite d’une entreprise si utile, que les plus hautes autorités avaient d’abord approuvée et qui ne fut même pas commencée. On peut croire que le départ définitif de M. de Queylus, le grand promoteur de l’affaire, fut 1’une des causes de son abandon.

Sainte-Marie, oratoire de Saint-Joseph. Photo de Megan Jorgensen.