Histoire du Québec

Le Québec entre 1900 et 1914

Fin du XIXe siècle et le XXe siècle, jusqu’à 1914

Si le Québec est le coeur de la Franco-Amérique pour le fait même qu’il regroupe plus de 90 % des francophones du Canada à l’époque, la francophonie au Canada existe et est bien présente. Elle n’est pourtant pas une, mais multiple : la francophonie canadienne est constituée d’identités plurielles dispersées aux quatre vents d’un immense territoire, de l’Acadie au Yukon en passant par le Québec et les Prairies. Chaque communauté s’était repliée sur son identité provinciale, comme l’on mis en évidence les géographes Dean Louder et Eric Wadell, qui parlent de l’Amérique (États-Unis compris) francophone comme d’un archipel.

En fait, une francophonie en lambeaux survit aux États-Unis. En effet, en Nouvelle-Angleterre, lieu d’une importante immigration québécoise entre 1840 et 1930, les “Franco-Américains” ont été progressivement assimilés par la culture dominante, et c’est l’État de Louisiane qui reste aujourd’hui le foyer principal de la francophonie étatsunienne.

Le soir du 10 septembre 1910, à la basilique Notre-Dame de Montréal, devant un aréopage des plus hautes personnalités politiques, intellectuelles et religieuses du Canada et de l’étranger s’ouvrit le Congrès eucharistique international. C’était la première fois qu’un congrès eucharistique se tenait en Amérique du Nord. L’archevêque de Montréal, Mgr Paul Bruchési, et tous les évêques du Québec et du Canada s’étaient investis dans l’organisation d’un événement qui se déroulerait en cinq jours. Trois cardinaux, 700 évêques et 10 000 religieux y étaient attendus. Le cardinal-légat du pape, Mgr Vincenzo Vannutelli, l’archevêque de Westminster, Mgr Francis Bourne, le premier ministre de la province de Québec, Lomer Gouin, celui du Canada,, Wilfrid Laurier, le futur cardinal Pierre-Marie Gerlier, archevêque de Lyon, et d’autres prendront la parole à divers moments. La dernière séance est prévue à la basilique Noter-Dame, la veille de la procession finale.

Tout le monde avait en mémoire les controverses suscitées, au cours des dernières années, par les coups portés aux droits des minorités hors Québec. Loin de se résorber, les tensions linguistiques se sont accrues du fait de l’entrée en scène des évêques catholiques anglophones, qui voient d’un mauvais oeil l’influence des évêques canadiens-français sur la diffusion du catholicisme dans l’ensemble canadien. De leur côté, les Irlandais catholiques de l’Ontario, Mgr Michael Francis Fallon en tête, combattent la présence d’écoles bilingues. Pour eux, l’évangélisation en Amérique du Nord est naturellement dévolue à la langue anglaise. Qui plus est, il s’est opéré une jonction objective entre eux et les protestants anglophones, doublement hostiles à ce qui est francophone et catholique. Jusqu’à la séance de clôture, Mgr Bruchési et ses collègues organisateurs ont réussi à jeter une chape de plomb sur ce différend explosif…

Site historique de Val-Jalbert

En 1898, Damase Jalbert, marchand de Roberval au Lac-Saint-Jean, conçoit le projet d’exploiter le potentiel de la chute Ouiatchouan sur la rivière du même nom. Déjà détenteur de concessions forestières au lac Bouchette, il achète les terres environnant la chute et réunit des capitaux de la région pour fonder la compagnie des pâtes à papier Ouiatchouan.

Les travaux débutent en 1902 et la production va bon train. Le fondateur Jalbert décède en 1904 et le nouvel acquéreur change le nom du hameau de Ouiatchouan-Village en Val-Jalbert. Une paroisse est instituée en 1911 sous le nom de Saint-Georges-de-Val-Jalbert et un village modèle électrifié est érigé en 1915. L’usine de pâtes à papier connaît des heures de gloire mais, en 1927, une crise du marché provoquée par des surplus de papier entraîne sa fermeture définitive. Dès lors, le village est délaissé graduellement et il n’y reste que 62 personnes en 1932, comparativement à plusieurs centaines de personnes dans sa période d’activité intense. Un bureau de poste y est en service de 1914 à 1947. Après de longues années d’abandon, le gouvernement du Québec prend le site en charge en 1960 et des travaux de restauration y sont effectuées. Le village reprend vie et commence à recevoir des visiteurs en 1964. Devenu site historique et maintenant intégré à la municipalité de Chambord le village fantôme est considéré comme une attraction touristique importante dans la région.