Histoire du Québec

Travail au noir

Le travail au noir : 500 millions

La moitié des travaux de rénovation résidentielle faits au Québec échappent à tout contrôle à cause de la multiplication du travail « au noir », qui représente au moins 500 millions de dollars par année. Telle est la conclusion qui l’on peut tirer d’une étude confidentielle menée l’an dernier pour le compte du ministère de l’Habitation et de la Protection du consommateur, qui s’apprête à présenter une politique globale de l’habitation au Québec.

Le rapport d’étude s’intitule Étude sur la situation de l’industrie de la rénovation résidentielle au Québec. Le document, gardé confidentiel depuis son dépôt en mai 1983, est signé par Danièle Tanguay-Renaud, une économiste montréalaise qui a rencontré les divers interventions de cette industrie nouvelle et fort lucrative (plus de 1 milliard de dollars en travaux de rénovation faits par des artisans ou des entrepreneurs, actuellement – en plus de 600 millions de dollars de travaux effectués par les propriétaires eux-mêmes, – et près de 2 milliards par an au cours des prochaines années, selon Statistique Canada, c’est-à-dire la moitié de toute la construction domiciliaire au Québec. Le rapport cite divers porte-parole de l’industrie de la construction, qui situent la part du travail au noir entre 35% et 75% dans la rénovation selon les interlocuteurs.

L’Association provinciale des constructeurs d’habitations du Québec – ARCHQ qui a participé à la recherche, estime que le travail au noir dans la rénovation représente jusqu’aux trois quarts des travaux dans certains cas (travaux de moins de 10 000$) et au moins 50% dans l’ensemble du secteur.

Cette estimation porte à au moins 500 millions la valeur des travaux non déclarés officiellement (tarifs sous les normes du décret de la construction et falsification du nombre d’heures travaillées déclarées à l’Office de la construction du Québec), considère M. Hugues Moisan, économiste de l’APCHQ.

Le travail au noir existe autant dans les travaux subventionnés par les gouvernements que dans ceux qui ne le sont pas, disent l’étude et l’APCHQ. À l’office de la construction du Québec, on admet qu’il y a de la fraude, mais on s’avoue impuissant à la quantifier et à contrôler le travail au noir.

(Cela se passait en février 1984).

avenue_des_pinsPhoto : Histoire-du-Quebec.ca