Histoire du Québec

Transformations techniques au Moyen Âge

Les transformations techniques au Moyen Âge

Une « révolution industrielle » aux temps féodaux ? Les progrès de la productivité réalisés aux XIIe et XIIIe siècles permettent de nourrir une population plus nombreuse et de diversifier les produits et les activités.

Le développement de la production et des échanges, l’essor démographique et urbain s’expliquent en partie par l’évolution des rapports sociaux au sein de la classe seigneuriale et entre celle-ci et la paysannerie. Mais tout cela est étroitement lié à la transformation des techniques de production, qui touche un grand nombre d’activités et qui a pu conduire à parler de « révolution industrielle du Moyen Âge ».

La révolution agricole

Ainsi dans le domaine agricole, l’utilisation du cheval comme force de trait, permis par l’emploi d’un collier rigide ne gênant pas sa respiration, par l’usage des fers cloutés et par l’attelage des chevaux à la file, se développe à partir du XIe siècle. Or le simple fait de substituer un cheval à un bœuf permet d’augmenter la puissance motrice de 50%, et le cheval peut travailler environ deux heures de plus par jour. Mais le développement de l’usage du cheval sera lent, car conditionné par les possibilités financières des agriculteurs, par leur connaissance de l’élevage et des soins des bêtes de trait. Cela demande aussi de surmonter l’obstacle constitué par l’image du cheval-instrument de combat réservé aux nobles. Cela implique enfin le développement de la culture de l’avoine (donc que les hommes soient déjà nourris) et que l’on pratique plus fréquemment la rotation triennale qui apparaît vers le IXe siècle, mais qui sera longue à s’imposer.

Parallèlement, une réflexion importante sur les méthodes de culture, la sélection des espèces et l’usage des engrais, se produit, comme en témoignent au XIIIe siècle le Traité d’agronomie de Walter de Henley, ou d’autres textes consacrés à ses questions, comme celui de Robert Grosse-tête (1240).

D’autre part, le développement de l’élevage, et en particulier de celui du mouton, permet d’accroître la production de viande, de laine, de lait, de cuire et de fumier, y compris sur des terres ingrates. Cela permet donc de mieux nourrir les populations et de procurer des matières premières à l’artisanat textile.

Ces phénomènes correspondent en fait à une période où l’on a le temps de penser à mieux produire, et où l’on n’est pas sans cesse menacé par tel ou tel envahisseur ou destructeur. D’ailleurs, le temps des guerres revenu, l’agriculture cesse à nouveau d’innover, jusqu’au XVIII ou XIXe siècle.

La mécanisation

À côté des activités agricoles proprement dites, celles qui dérivent de l’agriculture (meunerie, fabrication des huiles, de la bière, travail de la laine ou des peaux) comme celles qui concernent l’industrie des métaux connaissent des progrès décisifs grâce à la maîtrise de l’énergie et de la mécanisation. Celle-ci est due au développement de l’usage des moulins à vent et surtout à eau, déjà connus à l’époque romaine mais qui se multiplient et se perfectionnent du XIe au XIIIe siècle, en particulier grâce à la mise au point de l’arbre à cames. Cela permet de mécaniser des travaux qui se faisaient jusqu-là au pied ou à la main pour moudre des grains, fouler les draps, préparer la bière, la moutarde, mais aussi le papier (en écrasant du lin et du coton), piler les olives, aiguiser les instruments; la force humaine est décuplée; dans un moulin à foulon mécanisé, un seul homme peut en remplacer quarante.

Mais si la construction d’un moulin est onéreuse, son rapport est élevé car tout le monde (de gré ou de force) est amené à louer son utilisation. D’autre part, les hommes s’unissent pour financer l’opération, tels les Toulousains qui constituent au XIIe siècle la Société du Bazacle, société par actions qui gérait les moulins de la Garonne, et dont les cours varient avec le rendement annuel de ces moulins. Elle existera encore au XXe siècle et sera nationalisée avec E.D.F.

Le travail des métaux

Pour ce qui est de la sidérurgie, on sait que les besoins en fer sont considérables, aussi bien à des fins militaires (armes à main, cotes de mailles, armures, casques, pièces d’arbalète) que civiles (socs de charrues, fers à cheval, clous, serrures, chaînes, ustensiles de construction). La réponse à cette demande énorme de produits extrêmement diversifiés est possible grâce à la force hydraulique permettant d’équiper les forges de marteaux pesant plusieurs centaines de kilos, et de soufflets élevant la température des fours. Les abbayes cisterciennes jouent ici, comme dans le domaine agricole, un rôle important dans l’élaboration et la propagation de ces nouvelles techniques. En dehors du travail de fer, on exploite également sur une grande échelle les mines d’argent, de plomb, de cuivre et de zinc, qui constituent d’ailleurs des produits d’exportation.

Les bâtisseurs de cathédrales

Il convient aussi d’évoquer la grande maîtrise architecturale des bâtisseurs de ces temps; ils nous ont laissé tant de chefs-d’oeuvre qui ont plus souffert de l’agression des hommes que de celle des siècles. Les cathédrales abbayes ou les simples églises, les châteaux et les remparts que l’on rencontre partout en France comme en Europe témoignent de leur aptitude à travailler la pierre et à joindre l’esthétique à la solidité. Les constructeurs (de l’architecte au simple maçon) bénéficient de plus du statut privilégié de spécialistes recherchés allant de chantier en chantier apporter leur savoir-faire.

D’autre part, on construit des barrages, on cherche à utiliser l’énergie des marées, on met au point une boussole (au XIIIe siècle); l’horloge mécanique en provenance de l’Italie se répand en France au XIVe siècle.

Une révolution industrielle féodale ?

Les progrès techniques de cette période montrent l’existence d’un esprit créatif préoccupé par l’amélioration de la productivité et de la production. Cela nous oblige à rompre avec une vision sommaire de cette époque qui en faisait celle de l’obscurantisme intellectuel et de la grossièreté des mœurs. Mais il s’agit plus d’une mobilisation des connaissances existantes, d’une utilisation plus rationnelle des moyens de production courants, parfois améliorés avec ingéniosité, que d’un « saut qualitatif » dans des techniques radicalement nouvelles amorcent un processus cumulatif d’innovations complémentaires, comme au XIXe siècle. C’est d’ailleurs en partie pour cela que la croissance économique plafonnera à la fin du XIIIe siècle.

Fort Stewart

Fort Stewart sur l’île de Sainte-Hélène. Ancre ancienne. Photo : GrandQuebec.com