Histoire du Québec

Le traîte de l'Alaska

Le traité de l’Alaska et le Canada

Le traité conclu par le gouvernement anglais et le gouvernement des États-Unis, au sujet de la délimitation de la frontière de l’Alaska a provoqué une intéressante discussion tant chez nos voisins qu’au Canada. Ici, comme dans la République, il s’est rencontré qui pour applaudir, qui pour blâmer, qui pour accuser de faiblesse ses gouvernants, qui pour louer leur diplomatie triomphante.

Pour ce qui regarde notre pays, l’attitude prise par le cabinet Laurier est, en définitive, la plus avantageuse qu’il fût possible de souhaiter, dans une situation ainsi difficile.

On sait que, lors de la conférence anglo-canado-américaine de 1898, nos représentants s’étaient heurtés, à ce propos, à des résistances imbrisables de la part des représentants américains. Les nôtres avaient proposé de soumettre la question de la frontière de l’Alaska à un tribunal d’arbitrage, selon les conditions stipulées dans l’affaire du Vénézuéla. Les commissaires des États-Unis étaient prêts à y consentir, pourvu, toutefois, qu’une clause spéciales fût insérée dans la convention entre nos deux pays, portant que « les villes et les établissements situés sur le parcours des marées et formés sous l’autorité des États-Unis et leur juridiction, à la date de ce traité, continueront d’être sous leur autorité et juridiction. »

Nos représentants, o s’en souvient, refusèrent de sacrifier ainsi nos droits et les choses en restèrent là. Depuis, nos voisins se sont ravisés. L’obstination et la ténacité du gouvernement canadien ont eu raison de leurs demandes exagérées. En vertu du traité signé à Washington, « les villes et établissements sous l’autorité des États-Unis », jusqu’ici, feront l’objet de la discussion devant la commission des six arbitres.

Cela s’applique, par suite à Skagway et à Dyca, entre autres villes, que les Américains considéraient comme partie de leur territoire.

Voilà, certes, un grand point de gagné. Il faut le reconnaître. Même certaine presse américaine, la plus sérieuse, la moins portée au chauvinisme, en fait reproche à son gouvernement. La Review of Reviews, par exemple, rédigée par le Dr. Shaw, un écrivain de haute culture, à l’esprit libre des attaches de partis, trouve que l’avantage reste au Canada.

« Ce nouveau traité, écrit-il, a été conclu grâce à l’énergie de sir Wilfrid Laurier. Le sujet à débattre était tel que les Canadiens avaient tout à gagner et rien à perdre. »

Le rédacteur de la Review of Reviews va plus loin. Advenant le cas où aucune décision ne serait rendue par la soumission d’arbitrage, les membres étant également partagés, trois contre trois, il déclare :

« Nous ne serons pas en ainsi bonne posture qu’auparavant, car nous aurons donné au monde entier raison de croire que nous attachons une grande importance à une prétention du Canada que nous considérions jusque-là comme purement spéculative et frivole. »

C’est là un témoignage considérable qui vaut d’être signalé, à l’honneur de notre gouvernement.

Et puis, un autre motif milite en faveur de ce traité de l’Alaska. Il a donné à notre pays une occasion nouvelle de s’affirmer, de parler haut, d’imposer ses désirs à la métropole. Le Canada compte deux commissaires sur trois représentants des intérêts britanniques. Sir Louis Jetté et le juge Armour; et le troisième Lord Alvertstone, comme, du reste, les deux autres, à été nommé sur la désignation du gouvernement canadien. M. Chamberlain l’a déclaré devant la Chambre des Communes.

Nos adversaires nous accorderont que M. Laurier, en toute cela, n’a pas trop mal servi les intérêts supérieurs du Canada. Sa position était délicate, on l’admettra, et pouvait offrir des dangers redoutables. Car il s’agissait de maintenir de bonnes relations, dans le présent pour l’avenir, entre deux grands pays voisins, entre une puissante république de quatre-vingts millions d’âmes et une jeune nation de cinq millions d’habitants. Et ce n’est le moindre service que le Canada aura rendu à l’Empire.

Les adversaires du Home Rule au Canada ont une curieuse logique : M. Clarke qui prononça sur cette question un très remarquable discours soutint avec beaucoup de force que le Parlement canadien n’a pas à s’occuper de la façon dont sont administrées les affaires de l’Angleterre qui a le droit de se mal administrer si cela lui plaît sans que nous ayons rien à y voir, même pour lui donner un conseil.

Ceci était à propos du Home Rule.

Hors, deux jours avant, lorsqu’il s’était agi des achats de foin faits par le gouvernement impérial en Canada pendant la guerre Sud-Africaine, le même M. Clarke prétendait que nous avions le droit de vir su ces achats avaient été faits dans de bonnes conditions, si les affaires du gouvernement impérial avaient été bien faites. M. Clarke prétendait que nous devions protéger la Grande-Bretagne contre ses propres erreurs.

Voilà deux opinions absolument différentes exprimées par le même homme sur le même sujet.

D’après M. Clarke nous avons le droit de nous occuper de la façon dont la Grande-Bretagne nourrit les chevaux de son armée mais pas de la façon dont elle traite ses sujets irlandais. Voilà qui est absurde.

Texte paru dans l’hebdomadaire Le Canada, samedi, le 4 avril 1903.

mouton d'orJardin de la Croix, adjacent à l’Oratoire du Mont-Royal. Photographie : Histoire-du-Canada.ca