Histoire du Québec

La toilette des religieuses

Comment les soeurs religieuses faisaient leur toilette

Faire sa toilette sans pécher

La religieuse doit prendre son bain sans regarder son corps, ni permettre à son ange gardien de la voir nue. Car l’ange gardien a beau être un pur esprit, il est bien réel. On ne doit pas l’offenser, ni lui manquer de respect.

Avant d’entrer dans la baignoire, le religieuse doit enfiler une chape ample qui la recouvre du cou au bout des pieds. Elle enlève ses vêtements sous cette pièce de coton, qu’elle conserve dans l’eau. Elle se savonne et se rince rapidement à la débarbouillette. Jamais elle n’a le droit de relever la chape pour examiner sa peau. Jamais elle n’a le droit d’éprouver du plaisir à se laver.

Puis elle sort du bain, se sèche, revêt sa propre robe de nuit sous la chape, qu’elle laisse près de la baignoire pour la religieuse qui la suit. Car la chape – aussi appelée jaquette de bain – est commune.

D’une durée limitée

Quand le couvent ne dispose pas de baignoire, ce qui est la norme avant le XXe siècle, la religieuse se lave dans un bassin. Mais elle doit se plier au même rituel.

Pour prendre son bain, elle dispose de dix minutes. Une retardataire est avertie par la surveillante, qui frappe à la porte de la salle. La supérieure, ou l’une de ses assistantes, est prévenue. La coupable est convoquée, questionnée, réprimandée, Parfois, elle doit confesser sa faute devant toute la communauté réunie pour la coulpe. Elle présente ses excuses à ses soeurs dont le bain a été retardé par sa faute. Elle leur demande pardon.

Se laver est une obligation que l’hygiène impose à une personne humaine, donc imparfaite, donc impure. Il n’est pas question de transformer cette obligation en joie.

De toute façon, la religieuse ne prend pas plus de bains que ce qui se fait normalement dans la société. À une époque où beaucoup de foyers québécois ne disposent pas de baignoires, surtout dans les campagnes et les quartiers ouvriers, les hommes et les femmes se lavent une fois la semaine, voire toutes les deux semaines, dans des cuves de tôle. Et ils portent souvent les mêmes sous-vêtements pendant une semaine.

Conforme à la pratique sociale

En se lavant à la même fréquence et en ne se changeant pas plus souvent, la religieuse se conforme donc à une pratique sociale établie. Mais, si elle fait les mêmes gestes, elle ne leur donne pas le même sens.

La toilette de tous les jours est plus simple. Quand elle n’a pas de lavabo dans sa chambre, ce qui est assez fréquent, la religieuse utilise son pot d’eau pour se laver les mains et la figure. Elle n’a pas à se coiffer, car elle n’a plus de cheveux depuis qu’on les lui a coupés au noviciat. Et, souvent, elle ne dispose pas de miroir pour se regarder. Dans un monastère, son dernier miroir lui a été enlevé lorsqu’elle a commencé son postulat.

(Source : Claude Gravel, La vie dans les communautés religieuses. L’âge de la ferveur, 1840-1960. Édition Libre Expression, une compagnie de Québecor Media. 2010, pp.134-145).

Religieuse

Une religieuse. Photo de Histoire-du-Quebec.ca