Histoire du Québec

Enfants sauvés

Au péril de sa vie

Un brave ouvrier de Lachine, du nom d’Ambroise Desrochers, sauve des flammes ses trois enfants – Une demi-heure, nu-pied dans la neige, à combattre un incendie

Montréal, 4 janvier 1905. Un assez sérieux incendie, au cours duquel plusieurs personnes ont failli perdre la vie, s’est produit la nuit dernière à Lachine. L’immeuble ravagé par les flammes se trouve situé rue Saint-Joseph, tout près de l’encoignure de la rue Bridge, à quelques pas du pont du canal. Dans le bas était installé un restaurant tenu par un nommé John Pigeon; un ouvrier du nom d’Ambroise Desrochers occupait le hat de la maison, avec sa femme, ses six enfants, dont trois en bas âge, son frère, Napoléton Desrochers, et trois pensionnaires, dont le père, la mère, et un bébé d’un an.

C’est dans le restaurant Pigeon qui le feu s’est déclaré.

Vers trois heures du matin, le père Ambroise Desrochers, s’étant levé pour descendre au deuxième étage, aperçut soudain de la fumée qui montait dans l’appartement à travers le plancher.

Il s’empressa de jeter quelques vases d’eau à l’endroit par où passait cette fumée, mais tout d’un coup les flammes s’élancèrent par une large ouverture.

Déjà toute la partie inférieur de la bâtisse était en feu et le deuxième étage était attaqué de toutes parts.

Les dix personnes endormies dans le logis se réveillèrent aux cris « Le feu est à la maison! ». Mme Desrochers avec les plus vieux de ses enfants, parvint à s’enfuir au dehors à travers la fumée et les flemmes, ainsi que M. Napoléon Desrochers. Il en fut de même des deux pensionnaires qui sauvèrent, en vêtements de nuit, emportant leur enfant dans leurs bras.

Mais une fois toutes ces personnes rendues dehors, M. Ambroise Desrochers, le père, constatant l’absence de ses trois plus jeunes enfants, encore dans leurs lits sans doute, où les flammes ne pouvaient manquer de les atteindre d’un moment à l’autre, se précipita au risque de sa vie jusqu’au troisième étage par les escaliers déjà à demi brûlés. Au prix d’efforts inouïs, après s’être brûlé douloureusement à plusieurs endroits et de s’être fait roussir les cheveux, il se retrouva dans la rue avec sa famille au complet, autour de lui. « C’est un miracle, disaient les témoins de cette scène que le courageux sauveteur n’ait pas perdu la vie dans cette aventure. »

Pendant que les femmes et les enfants étaient recueillis par des voisins charitables, les hommes s’occupaient à donner l’alarme et à se rendre au poste de pompiers, situé à quelques cents pieds de l’endroit de l’incendie.

En sous-vêtements, nu-tête et nu-pieds, M. Desrochers et son frère, avec l’aide de deux voisins secourus à leurs cris, travaillèrent pendant une demi-heure à éteindre l’incendie. Ils avaient réussi à traîner jusqu’à la maison le dévidoir à boyaux dont ils surent se servir de telle façon que les flammes étaient pratiquement maîtrisées à l’arrivée des pompiers volontaires.

Les pertes subies seulement par M. Desrochers dépassent cinq cents piastres. Les dommages causés à l’immeuble sont très considérables.

(Publié dans le journal Le Canada, le 5 janvier 1905).

sauvetage des enfantsVieux-Montréal. Crédit photo : Megan Jorgensen