Histoire du Québec

Roman et Gestes

Le roman et les gestes dans la société féodale européenne

Avec la société féodale apparaissent deux phénomènes culturels nouveaux : les chansons de geste, puis le genre romanesque.

Les chansons de geste

(de « gesta » : action). Elles ne peuvent être attribuées à des auteurs particuliers, car leurs origines sont mal connues, et elles firent l’objet de suites, de remaniements et de regroupements ultérieurs qui les ont sans cesse modifiées. Il s’agit de poèmes destinés à être récités devant la cour des châteaux, dans les rues ou sur les champs de foire; ils racontent des épisodes déformés et présentés sous forme héroïque et légendaire de la vie de grands personnages ayant vécu le plus souvent à l’époque de Charlemagne ou au IXe siècle. Composées plus de deux siècles après les événements relatés, leur trait principal n’est certes pas la rigueur historique, mais plutôt leur qualité épique.

On dénombre une centaine de chansons de geste dont il reste trace, les plus célèbres étant celles qui constituent la Geste du roi, racontant la jeunesse de Charlemagne (« Berthe au Grand pied »…), sa vie de chrétien (« Le pèlerinage de Charlemagne »), son combat contre les Sarrasins ( « La Chanson de Roland ») ou contre les Saxons (« Les Saisnes), et la fin de sa vie (« Le couronnement de Louis »). D’autres gestes connaissent aussi un grand succès, telles la « Geste de Garin de Monglane », qui se déroule en Languedoc et en Provence, ou la « Geste de Doon de Mayence », racontant les luttes féodales entre grands ou contre le roi, et évoquant les guerres qui mirent aux prises, au Xe siècle, les maisons de Cambrésis et de Vermandois.

Le roman courtois

Il apparaît et se développe rapidement au XIIe siècle. Le premier grand « romancier » connu est Chrétien de Troyes qui vécut sans doute de 1135 à 1183). Il traduit d’abord l’ « Art d’aimer » et les « Métamorphoses » d’Ovide, puis il se consacre à la rédaction de ses récits arthuriens, qui vont faire du roman courtois un genre nouveau alliant l’art d’aimer aux aventures chevaleresques. Il s’inspire des vieilles légendes celtes, mais aussi des écrits de Wace, chanoine de Bayeux, protégé d’Henri II Plantagenêt, qui écrit vers 1155 le « Roman de Brut » (inspiré par l’« Historia Regum Britanniae » de Geoffroi de Monouth, où est évoqué le personnage du roi Arthur), et une suite, le « Roman de Rou », qui raconte l’histoire de la Normandie jusqu’au début du XIIe siècle.

Chrétien de Troyes, a aussi dépeint des aspects de la société dans laquelle il vivait : c’est ainsi que dans « Yvain ou le Chevalier au lion », il évoque la situation de trois cents jeunes filles qui travaillent dans un atelier textile de Champagne pour le compte d’un « seigneur » s’enrichissant de leur labeur alors qu’elles ne parviennent qu’à survivre difficilement.

L’inspiration celtique

On la trouve à l’origine de Tristan et Yseult, aux auteurs divers, et du cycle arthurien de Chrétien de Troyes : dans Erec Enide, Lancelot ou le Chevalier à la Charette, Perceval ou le Conte du Graal, l’action se situe à la Cour du légendaire roi celte Arthur (et de la reine Guenièvre), En guerre conte les Saxons au Ve siècle ; mais le tout est transposé dans le contexte féodal des Chevaliers de la Table Ronde, et de la lutte plus récente entre Normands et Saxons.

Les lais

D’autres récits se situent dans l’antiquité, comme le Roman de Thèbes, rédigé vers 1155 par un auteur inconnu, et qui narre l’histoire d’Oedipe, ou le Roman de Troie, écrit vers 1165 par Benoît de Saint-Maure. C’est aussi durant la deuxième partie du XIIe siècle, que Marie de France, qui vit à la cour de Henri II d’Angleterre et d’Aliénor d’Aquitaine, écrit ses Isopets (récits moralisateurs) et ses Lais ou chansons. Il s’agit en fait de brefs poèmes inspirés des romans courtois et mêlant le merveilleux à l’évocation délicate de l’idéal amoureux. Aliénor d’Aquitaine et ses filles Aélis et de Blois et Marie de Champagne (protectrice de Chrétien de Troyes), contribuent d’ailleurs fortement au développement de cette littérature « courtoise » : elles organisent des « tribunaux » et des « cours d’amour » où l’on définit un code de conduite amoureuse et où nobles raffinés et poètes jugent de la meilleure façon de courtiser les dames.

Le roman populaire

Mais à côté de cette littérature et de cette poésie seigneuriales, une production littéraire « populaire » va apparaître à la fin du siècle et s’épanouir au suivant.

Le Roman de Renart se compose de 27 poèmes, dont les personnages sont des animaux: Goupil (le renard), Isengrin (le loup), Noble (le lion), Brun (l’ours), Baudoin (l’âne), Tibert (le chat). Les deux sources principales semblent être un poème latin du Xe et l’Ysengrimus de Nivard de Gand (1148), mais les auteurs des poèmes sont souvent inconnus, mis à part Pierre de Saint-Cloud. La satire se développe dans les suites, telles que Renart le Nouveau et Le Couronnement de Renart (fin XIIIe) ou Renart le contrefait composé à Troyes entre 1319 et 1342. Il s’agit en fait de parodies des chansons de geste, manifestant la percée de l’esprit bourgeois contre l’esprit chevaleresque.

Le trouvère Rutebeuf qui meurt vers 1285 illustre la diversité des styles littéraires du XIIIe siècle. Il écrit un poème dramatique, Le Miracle de Théophile, un roman Renart de Bestoruné, des dits le Dit de l’Erberie, des fabliaux et des poèmes satiriques. Il se mêle aussi aux débats politiques de l’époque, se rangeant du côté de l’Université dans sa critique des ordres mendiants, et parmi les défenseurs de l’idée de la croisade.

Le Roman de la Rose se compose de deux parties. Guillaume de Lorris écrit la première durant les années 1230. Elle raconte la conquête d’une rose dans un verger, par Amant, qui rencontre des alliés (Pitié, Franchise, Bel-Accueil), mais se heurte à Jalousie, Honte, Refus.

Ce poème de 4058 vers conserve l’esprit du roman courtois, fait de délicatesse amoureuse et où est magnifiée la difficulté d’atteindre l’objet du désir. Mais l’on tend déjà à s’éloigner de l’idéal d’une classe particulière. Jean de Meung, de son vrai nom Jean Chopinel, écrit la seconde partie vers 1275-1280. Longue de 17 772 vers, elle diffère complètement de celle de Guillaume de Lorris: il s’agit d’une satire qui et aux prises les mêmes personnages mais qui dépeint et critique aussi bien les moeurs et les croyances de l’époque, le respect voué à la naissance, que le culte de la femme ou certains aspects de la vie religieuse, celle des moines en particulier.

Le style lui aussi change; il devient réaliste, même parfois agressif et grivois.

 Les historiens de l’ère féodale

  • Geoffroi de Villehardouin (1150-1211), maréchal de Champagne, écrit une Histoire de la conquête de Constantinople, à l’occasion de la quatrième croisade.
  • Jean de Jainville (1224 – 1317). Sénéchal de Champagne et confident du roi, participe à la VIIe croisade et écrit une Histoire des faits de notre Saint roi Louis.
  • Jean Froissard (1333 – 1400?) est clerc de la reine d’Angleterre puis du comte de Blois. Il parcourt les deux royaumes durant la guerre de Cent Ans, qu’il décrit dans ses Chroniques. Mais il peint aussi les fastes des cours féodales.
Monsieur le baron était un des plus puissants seigneurs de la Vestphalie, car son château avait une porte et des fenêtres. (Voltaire (Candide). Photographie par Megan Jorgensen.

Monsieur le baron était un des plus puissants seigneurs de la Vestphalie, car son château avait une porte et des fenêtres. (Voltaire (Candide). Photographie par Megan Jorgensen.