Histoire du Québec

Le rôle du christianisme

Le rôle du christianisme

Grâce à l’action des Francs évangélisant les peuples germaniques et défendant l’Europe chrétienne, le rôle du christianisme s’accroît et l’Église romaine va développer son emprise sur l’ensemble de la vie sociale.

L’installation définitive du christianisme

Sur le plan de la vie culturelle, le fait dominant est bien sûr l’installation définitive du christianisme « romain » en Europe. Elle est le fruit d’un travail en profondeur de tous les croyants, où les femmes occupent une place importante (rôle de sainte Geneviève à Paris, de Clotilde dans la conversion de Clovis, etc.)

Mais c’est aussi le résultat d’une action organisée de l’Église qui saint maintenir un quadrillage de l’espace au-delà des « frontières » territoriales et des vicissitudes politiques : l’Église constituant la seule société unifiée, permanente dans sa structure, pacifique et conservatrice du savoir et de la mémoire collective de ces temps troublés et instables.

Enfin, et peut-être avant tout, son succès provient d’un « contrat » aux effets gigantesques pour l’histoire de l’Occident, passé entre les Francs et le pouvoir pontifical : les premiers se font les champions du christianisme, le bras armé de l’Église, «évangélisant » les peuples païens, défendant les vies et les biens des représentants de l’Église, et le Pape lui-même, menacé à plusieurs reprises dans son existence par le danger lombard. En échange, les Francs peuvent conquérir et soumettre à leur volonté les nouveaux « Barbares » sans entrer en contradiction avec la morale prêchée par l’Église, et les rois se trouvent investis d’une légitimité divine symbolisée par la cérémonie du sacre.

Église du Saint-Enfant-Jésus de Montréal. Photo : Histoire-du-Québec.ca

Église du Saint-Enfant-Jésus de Montréal. Photo : Histoire-du-Québec.ca

Un empire chrétien

Le sacre de Charlemagne, à Noël de l’an 800, en fournit le plus brillant exemple : après que son grand-père eut sauvé le monde chrétien de la menace arabe, que son père eut reçu l’onction pontificale et après avoir lui-même sauvé le pape des Lombards, encore païens et désireux de s’étendre vers le Sud de l’Italie, Charlemagne est sacré Empereur à Rome par le pape reconnaissant. Il tente par là-même de faire renaître un Empire chrétien bicéphale, ayant pour centre spirituel Rome et pour centre temporel le roi des Francs.

Le sentiment religieux

Mais l’affermissement du christianisme, c’est aussi le développement de la vie monacale, pour hommes et femmes (même si l’extraordinaire explosion des grands ordres bénédictins ne se fera que durant la période suivante) : c’est en effet au VIIe siècle qu’est fondé le monastère de Saint Wandrille, et en 780 que Saint Benoît d’Aniane, crée son Abbaye en Languedoc. C’est la généralisation de la construction d’églises, souvent point de départ des futures cathédrales, églises qui pour le moment restent modestes dans leurs dimensions.

Le poids de L’Église dans la société

Sur le plan économique, l’Église joue un rôle important dans la non-destruction de richesses : les coutumes germaniques voulaient en effet que l’on fût enterré avec des biens précieux ayant appartenu au défunt. Cela contribuait à faire disparaître des pièces d’or ou d’argent, des armes, des bijoux, ou des objets plus ordinaires. En condamnant ces pratiques et en encourageant au contraire les dons à l’Église, le clergé va certes entretenir la thésaurisation, puisque ces richesses ne circuleront toujours pas ; mais l’Église accumulera une gigantesque fortune (en objets de culte, trésors ou terres) qui alimentera ultérieurement, par ses dépenses, le stock de moyens de paiement.

Par ailleurs, l’Église interviendra pour réglementer la pratique du prêt personnel : l’idée générale est que l’argent est en soi improductif, et que l’on ne saurait s’enrichir en prêtant à autrui. Il s’agit par là de protéger les plus pauvres qui, s’ils sont obligés de s’endetter, doivent faire face à des taux d’intérêt exorbitants, les condamnant à tomber sous la coupe de leurs créanciers; cela peut les mener à vendre leur propre personne, et avait d’ailleurs contribué à développer l’esclavage aux premiers siècles de Rome.

Cette interdiction est cependant contournée par divers moyens : on peut inscrire sur la reconnaissance de dette une somme supérieure à celle effectivement prêtée, payer des intérêts en nature ou en travail gratuit, ou encore jouer sur le cours des différentes monnaies; mais cela ne se fera couramment que plus tard, quand les échanges et les places financières seront plus actifs.

L’Église et l’écriture

L’écriture est essentiellement l’oeuvre du clergé : ce sont les moines ou les prêtres qui écrivent, le plus souvent en latin, soit en tant que scribes des grands, plus à l’aise une épée qu’une plume à la main, et qui leur dictent leurs missives, édits ou sentences; soit pour leur propre compte, quand ils consignent par écrit les règles de leur communauté, communiquent entre les différents niveaux de la hiérarchie, ou relatent la vie de tel roi ou de tel saint homme; c’est surtout grâce à leur témoignage que l’on peut aujourd’hui connaître le peu que l’on sait de cette période.

rôle du christianisme

Église Saint–Julien-le Mans, en France. Un timbre postal.

La tradition orale

La tradition orale allait encore dominer durant les temps féodaux; elle est en effet quasi exclusive, en dehors de l’Église, durant ces siècles. Les seules exceptions d’importance sont les capitulaires carolingiens déjà évoqués; il faut également signaler les « polyptyques », énorme travail de recensement des biens et propriétés du royaume entrepris par Charlemagne, et qui constituent pratiquement la seule source d’information dont on dispose sur les patrimoines de l’époque.
Pouvoir temporel et pouvoir spirituel

Le grand « compromis historique » entre le pouvoir royal et le pouvoir religieux renforcé par les premiers Carolingiens, allait durer de longs siècles et résister aux querelles de préséance qui opposeront à de multiples reprises papes et souverains : les rois continueront à être les défenseurs de l’Église, du moins jusqu’aux guerres de Religion. Ils recevront toujours la bénédiction sinon l’investiture de l’Église : un roi non « sacré » ne sera pas un vrai roi, et un roi « excommunié » ne pourra résister longtemps à la pression des fidèles vivant dans un royaume sur lequel est jeté l’interdit de la vie religieuse (plus de messes, de baptêmes, d’enterrements, églises fermées, etc.)

L’Église et les femmes

Contrairement à une idée reçue, la femme n’est pas, durant les siècles V-X un « être sans âme », nécessairement impur. Les femmes au contraire jouent un rôle essentiel dans le développement du christianisme : elles rejettent la religion et le patriarcat romains, puis poussent à la conversion des Germains athées, polythéistes ou adeptes de l’arianisme. Leur rôle est attesté par le nombre de saints et de martyres reconnues par l’Église et trouvant leur place dans le calendrier chrétien