Histoire du Québec

Début de la Révolution tranquille

Début de la Révolution tranquille

En 1959, l’élection des libéraux au pouvoir était loin d’être acquise. Durant l’été 1959, le Parti libéral demande à l’experte Maurice Pinard de sonder l’opinion publique. Résultat? Deux tiers des électeurs se disent encore favorables à l’Union nationale de Maurice Duplessis, au pouvoir depuis une vingtaine d’années.

Tout change après le décès du premier ministre, survenu le 7 septembre 1959. L’élection du 22 juin 1960 suscite beaucoup d’intérêt et 81% des électeurs se présentent aux urnes. La victoire des libéraux, qui ont fait campagne avec le slogan C’est le temps que ça change, est claire, mais on est du raz-de-marée.

En effet, l’Union nationale conserve de solides appuis dans les milieux ruraux. Le parti de feu Maurice Duplessis fait élire 43 députés, seulement 8 de moins que le Parti libéral. De plus, 34 des 51 nouveaux députés libéraux obtiennent une majorité inférieure à 5%. Même des vedettes du Parti libéral, comme René Lévesque et Paul Gérin-Lajoie passent près de mordre la poussière.

Mais une victoire est une victoire. Jean Lesage exulte : “C’est plus qu’un changement de gouvernement. s’exclame-t-il devant ses partisans, c’est un changement de la vie. Le peuple méritait cette victoire. Malgré les chaînes, il a voulu se libérer de l’esclavage!

Le 5 juillet 1960, Jean Lesage est assermenté comme le nouveau premier ministre du Québec (il se réserve d’ailleurs le ministère des Finances). Pour le cartel financier anglophone, maître économique du Québec, c’est la fin d’une époque.

C’est le 6 juillet 1960 que se tient la première réunion du conseil des ministres qui réalisera les réformes de la Révolution tranquille. L’honorable Jean Lesage préside le conseil. Autour de la table, des hommes de talent, comme Paul Gérin-Lajoie, René Lévesque, Georges-Émile Lapalme, impatients de réaliser de grandes choses. En effet, la tâche à accomplir est énorme et dans cette équipe de tonnerre, Lesage est le seul à disposer d’une expérience ministérielle.

Le gouvernement Lesage a inauguré une nouvelle façon de gouverner qui est sans précédent dans l’histoire du Québec. Ce gouvernement s’est distingué par un mouvement de réformes spectaculaires. C’est le début de l’État interventionniste, de l’État-providence.

Au début, le gouvernement Lesage, appelé l’équipe de tonnerre, profite des surplus accumulés par le gouvernement précédent qui était l’un des rares gouvernements provinciaux du Canada à obtenir un bilan économique positif. (À la mort de Maurice Duplessis, le Québec n’a pas de déficit mais, au contraire, accumule un surplus qui sera utilisé par les Libéraux).

Le programme libéral est audacieux et novateur. Il est résolument nationaliste et réformiste. Au premier chapitre du programme du parti, consacré à la Vie nationale, la proposition de créer un ministère des Affaires culturelles est formulé C’est avec la mise sur pied de l’Office de la langue française que le nouveau ministère débute ses travaux. D’autres articles du programme promettent la gratuité scolaire à tous les niveaux de l’enseignement, y comprise l’université et la fréquentation scolaire obligatoire jusqu’à 16 ans.

En 1960-61, la première phase de la Révolution tranquille débute. Le Québec crée l’assurance maladie québécoise, l’assurance-hospitalisation, les ministères des Affaires culturelles, du Revenu et des Affaires fédérales-provinciales, des Richesses naturelles, de la Famille et du Bien-être social. La représentation du Québec à l’étranger est développée, avec l’inauguration des Délégations générales du Québec à Paris en 1961 et à Londres en 1963. En 1962, la loi mettant les hôpitaux sous le contrôle de l’État, est adoptée. La même année, Société générale de financement est créée, dont Jacques Parizeau est membre du premier conseil d’administration.
Ces réformes coûtent cher, les déficits atteignent des niveaux assez élevés et les taxes augmentent en conséquence.

Le programme du gouvernement va bien au-delà de simples réformes économiques. Ancré dans une tradition conservatrice, le Québec dispose d’une autonomie relative, tant au plan politique qu’au plan économique. Jean Lesage veut transformer les institutions et les mentalités. La nationalisation des toutes puissantes compagnies hydroélectriques de la province doit être un détonateur, alors les libéraux de Lesage s’engagent de mettre sur pied le ministère des Ressources naturelles.

À l’élection de 1962, débattue sur la question de l’étatisation des compagnies de pouvoirs, notamment, sur la nationalisation de l’électricité, le parti libéral consolide le pouvoir et son premier ministre est lui-même réélu à une majorité éloquente par le comté de Québec Ouest. À l’aube des élections (qui se tiennent le 14 novembre 1962), un débat politique télévisé, le premier de l’histoire du Canada, a lieu le dimanche 11 novembre. Ce débat oppose le chef du gouvernement et président du Parti libéral Jean Lesage, au chef de l’opposition et chef de l’Union nationale Daniel Johnson. Les libéraux remportent une victoire plus décisive qu’en 1960 avec 63 candidats élus contre 31 unionistes et 1 indépendant. 56 % de la population a voté pour le Parti libéral et 42 % pour l’Union nationale.

C’est le commencement de la deuxième phase de la Révolution tranquille.

Révolution tranquille

Révolution tranquille

René Lévesque, le premier ministre Jean Lesage et Paul Gérin-Lajoie ont été des acteurs de premier plan dans la Révolution tranquille. Photo : Réal Saint-Jean, Archives de La Presse

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