Histoire du Québec

Le règne de Louis XIV

Le règne de Louis XIV

Un Roi-Soleil qui brûle ses sujets (1643-1715)

Le prestige du roi, les initiatives de Colbert et les fastes de Versailles ne peuvent faire oublier le coût des guerres incessantes et les difficultés d’un pays paralysé.

L’Académie royale des sciences fondée en 1666 par Colbert et installée au Louvre. Composée à l’origine des sections de géométrie, de mécanique, d’astronomie, de chimie, d’anatomie et de botanique, elle est élargie en 1785 à la physique et aux sciences naturelles. Partie de l’Institut créé en 1795, elle redevient Académie des Sciences en 1816. Elle comprend alors deux divisions : sciences mathématiques et physiques, sciences chimique et naturelles.

Dès le lendemain de la mort de Mazarin (9 mars 1661), Louis XIV affirme son autorité sur le Conseil et prend à vingt-deux ans les rênes du pouvoir. Travailleur, mais aimant les plaisirs, orgueilleux mais réfléchi, il exerce un pouvoir personnel qu’il pense tenir de Dieu, tout en s’entourant de collaborateurs et conseillers fidèles et efficaces comme Colbert, Louvois, Vauban… Il allie en fait la poursuite d’un grand dessein politique à une vie vouée au luxe et aux arts.

On peut distinguer trois grandes périodes dans le règne de Louis XIV : l’ascension (1661-1679), l’apogée (1679-1689), le déclin (1689-1715).

L’ascension (1661 – 1679)

Durant ces années, le roi consolide son pouvoir à l’intérieur et mène une politique de grandeur à l’extérieur, en s’appuyant sur les ministres de Mazarin (sauf Fouquet, arrêté dès 1661) : Colbert développe l’administration royale, stimule l’économie, tente de relancer le commerce extérieur, fonde la Petite Académie en 1663 (qui deviendra en 1716 l’Académie royale des inscriptions et belles-lettres), et l’Académie des sciences en 1666.

Le Tellier puis son fils Louvois mènent une habile politique en Europe, Vauban fortifie les frontières. Turenne conduit contre la Hollande la guerre de Dévolution (1667 – 1668), terminée par la Paix d’Aix-la-Chapelle, qui donne à la France une douzaine de villes flamandes; entre-temps, l’aide apportée à l’empereur a permis la victoire de Saint-Gothard sur les Turcs (1664).

Cette période est aussi celle où débute la construction de Versailles où s’illustrent Molière et Lully, où la cour mène grand train, aux frais des contribuables. Mais les plaisirs ne sot pas tous innocents C’est ainsi que certains grands de la cour se laissent entraîner dans des rites de sorcellerie et des empoisonnements, révélés par le procès de la Brinvilliers et celui de la Voisin, brûlée en place de Grève en 1680 : les noms de Madame de Montespan, de la Duchesse de Bouillon, de la comtesse de Soissons, du maréchal de Luxembourg et de Racine sont évoqués dans cette Affaire des poisons.

En plus du financement des plaisirs de la cour, les contribuables doivent aussi supporter l’effort de guerre redevenant exigeant en 1672 quand débute le nouveau conflit avec la Hollande. Il durera jusqu’en 1678, car après l’invasion bien inutile des Pays-Bas en 1672, Louis XIV doit faire face à une coalition européenne, l’entraînant dans une guerre longe et ruineuse où Turenne et Condé (réhabilité depuis la Paix des Pyrénées) sauvent la France par leurs succès en Alsace. Elle se termine par la Paix de Nimégue (1678) et le Traité de Saint-Germain (1679) permettant l’annexion de la Franche-Comté et d’une partie de la Flandre, mais reconnaissant des avantages commerciaux à la Hollande. Cette guerre qui constitue un aveu d’impuissance, face à la réussite économique de la Hollande, ne fait en définitive que la renforcer, et ser de prélude aux vaines aventures militaires de la fin du siècle.

Durant ces années disparaissent de Lionne (1671), Molière (1674), Turenne (1675), et si l’on appelle le roi Louis le Grand, le succès apparent de sa politique extérieure et son prestige en Europe masquent une situation qui reste précaire sur le plan économique et toujours menacée à l’extérieur.

L’apogée ou le durcissement (1679 – 1689)

Ces années ne connaissent pas de grand conflit, mais Louis XIV maintient l’armée sur le pied de guerre, qui se livre à des coups de mains sporadiques: prise de Strasbourg (1681), siège de Luxembourg, bombardement d’Alger (1684). Mais il ne participe pas à la bataille de Kahlenberg, où les armées chrétiennes écrasent les Turcs (1683). Malgré les traités de Ratisbonne signés avec l’Espagne et l’Autriche, la flotte française de Duquesne bombarde Gènes (1684), menace Cadix pour protéger les intérêts des négociants français participant au commerce avec les colonies espagnoles (1686); les occupations de Cologne, d’Avignon, du Palatinat (1688) achèvent de liguer toute l’Europe contre la France.

Cette agressivité et cette intransigeance face à ses ennemis extérieurs (réels ou supposés). Ce mépris face à tout ce qui lui résiste sont aussi présents dans la politique intérieure de Louis XIV : installé à Versailles depuis 1682, menant une vie fastueuse mais devenu dévot, le roi est de plus en plus persuadé de sa grandeur et de sa fonction quasi-divine. Il ne supporte plus la moindre opposition : il s’attaque aux Jansénistes, au Pape Innocent VI (faisant voter par l’Assemblée du clergé de France la déclaration des Quatre Articles (1682), qui subordonnent les décisions papales au concile oecuménique), et aux protestants (révocation de l’Édit de Nantes, en 1685). Louis XIV s’instaure ainsi à sa façon défenseur de la foi et affirme ses prétentions gallicanes et absolutistes.

Son entourage aussi se transforme : Colbert meurt en 1683, Condé en 1686, Louvois à demi-disgracié en 1689, meurt en 1691. Après ses aventures amoureuses (en particulier avec Mademoiselle de La Vallière et la Marquise de Montespan qui lui laisseront de nombreux enfants), et après la mort de la reine Marie-Thérèse en 1683, Louis XIV épouse secrètement la veuve du poète Scarron, qu’il fait marquise de Maintenon et qui contribue à son évolution religieuse.

Les épreuves et le déclin (1689 – 1715)

Après le sac du Palatinat et l’aide française à Jacques II qui débarque en Irlande (1689), l’Europe entre en guerre contre la France (seconde coalition, dite le la Ligue d’Augsbourg). Les Français l’emportent à Fleurus, et Tourville à Beachy Head contre les Hollandais, mais Jacques II et les Français sont battues à Brogheda, en Irlande (1690); en 1692 c’est la victoire de Steenkerque mais le désastre naval de la Hougue. Après la dure victoire de Neerwindon, et la La Marsaille (1693), qui ne changent pas véritablement le cours de la guerre, les adversaires épuisés, se harcelant en Europe, sur mer et dans les colonies, cherchent à traiter. Ils signent en 1697 les traités de Ryswick, qui ne permettent à la France de ne conserver que Strasbourg, Longwy et Sarrelouis, toutes les autres conquêtes effectuées (Flandres, Lorraine, Luxembourg, Trèves, le Palatinat, la rive droite du Rhin, la Savoie, la Catalogne…). Que de morts, de destructions, de gaspillages pour un tel résultat.

Mais à la mort du roi d’Espagne Charles II (novembre 1700), qui ne laisse pas d’enfant, l’Europe va à nouveau se déchirer à propos de sa succession, car les deux héritiers légitimes par les femmes e sont autres que Louis XIV et l’empereur Léopold 1er. Alors qu’un traité prévoit le partage des possessions espagnols, un testament arraché au roi peu avant sa mort par u parti hostile au partage propose la couronne au duc d’Anjou, second petit-fils de Louis XIV, à condition qu’il renonce au trône de France. Louis XIV finit par accepter cette proposition; sont petit-fils devient roi d’Espagne sous le nom de Philippe V, et mène aussitôt une politique d’intimidation. En 1701, il affronte en Milanais l’armée impériale, viole le traité de Ryswick en occupant une partie des Pays-Bas, et maintient les droits du nouveau roi d’Espagne au trône de France. De même, il précipite une intégration politique, économique, militaire de la France et de l’Espagne, sous la domination de la première, le roi Philippe V devenant l’homme de paille de Louis XIV. D’abord conciliante, l’Angleterre et la Hollande s’allient à l’empereur, formant la troisième coalition (1702 – 1714), à laquelle se joignent en 1703 la Savoie et le Portugal.

Après les victoire de Friedlingen (1702) et Höchstaedt (1703), c’est le désastre de Blenheim et la prise de Gibraltar par les Anglais (1704), qui contrôlent la Méditerranée. Enn 1706 les Français sont chassés des Pays-Bas espagnols, et Marlborough, le vainqueur de Blenheim, menace le Nord de la France après avoir pris Courtrai et Menin; dans le même temps, l’armée de Louis XIV est écrasée devant Turin et les Anglo-Portugais poussent jusqu’à Madrid (1706). en 1707 l’arme française commandée par Villar sauve la Provence; mais en 1708, la situation s’aggrave encore, l’armée du Nord, divisée par les dissensions entre le duc de Bourgogne-petit-fils de Louis XIV, et Vendôme, est défaite, et Lille occupée. L’année suivante, la bataille sanglante et indécise de Malplaquet (1709) est à l’image de cette guerre éprouvante, alors que le Grand Hyver (1709-1710) plonge le pays das la famine. Pourtant, un certain redressement apparaît à partir de 1711, tant sur le plan des récoltes, des rentrées d’impôts que sur celui de la défense du territoire (victoire de Denain en 1712). On se décide finalement à négocier et, après les préliminaires de Londres (1711), une série de traités met fin au conflit, les plus importants étant ceux d’Utrecht (1713) et de Rastadt (1714).

Le bilan

En définitive, cette nouvelle guerre, provoquée principalement par le rêve de Louis XIV de reconstituer au profit de la France une sorte d’Empire franco-espagnol englobant les colonies américaines, se termine encore plus mal que pour le rêve de Charles Quint et de Philippe II: ces années de guerre entraînent l’épuisement économique et financier du pays, l’alourdissement du fardeau fiscal, favorisent les disettes, les épidémies et la dépopulation, les révoltes et le brigandage ; cela est accentué par le recours aux « milices » constituées par tirage au sort parmi les célibataires; puis les jeunes mariés, qui doivent être entretenues par les paroisses rurales : on diminue ainsi le nombre de bras et l’on démoralise les campagnes.

Plus ou moins directement liés aux conflits extérieurs, un certain nombre d’événement marquent aussi cette dernière partie du règne de Lois XIV. On assiste ainsi à un essai de réforme fiscale, entrepris par Vauban et Pontchartrain, avec la création en 1695 de la première capitation, qui devait théoriquement toucher toutes les classes; elle est supprimée en 1698, puis rétablie en 1701, l’impôt du dixième apparaissent en 1710. Mais les plus favorisés réussissent toujours à ne payer que fort peu. Vauban, qui dans son Projet de dîme royale (1707) proposait un impôt proportionnel sur les revenus, a été disgracié.

Dans le domaine religieux, le roi se rapproche de Rome, combat le quiétisme, qu’il fait condamner par le Pape (1699) et le Jansénisme (destruction de Port-Royal (1709-1710), alors que les persécutions contre les protestants reprennent (écrasement de la révolte des Camisards, 1702-1705), durcissement législatif (1711-1715).

Quand il meurt le 1er septembre 1715, à l’âge de soixante-dix-sept ans, Louis XIV laisse une France enfermée dans l’absolutisme et l’intolérance, dotée d’un système fiscal vétuste et inefficace, et d’un pouvoir politique où la cour et les grands se sont habitués à vivre dans l’hypocrisie en attendant sa fin.

Colbert et le mercantilisme

Colbert illustre le mercantilisme, par ses aides et incitations à l’essor industriel (création ou développement des manufactures de tapis, de soierie, de faïence et de porcelaine, des savonneries, et fabriques d’armement…) Ce dirigisme et ce volontarisme, étatique visent ainsi à organiser et réglementer une production nationale insuffisante et de qualité souvent médiocre. Il s’agit, en développement les exportations (sauf celles de matières premières) et en limitant les importations, d’accroître la masse monétaire et les ressources de l’État. Cette politique repose sur une vision conflictuelle des relations entre États et sur une législation intérieure répressive travail des enfants, bas salaires, emprisonnement des vagabonds).

L’architecture

François Mansart (1598-1666) construit l’hôtel de la Vrillère (Banque de France), l’hôtel Tubeuf (Bibliothèque nationale), l’hôtel Carnavalet…

Jules Hardouin-Mansar (1646 – 1708). Premier architecte du roi en 1681, il achève l’hôtel des Invalides, édifie les ailes du nord et du midi du château de Versailles, et construit les Grandes et Petites Écuries, ainsi que le Grand Trianon. Il conçoit ensuite la place des Victoires et la place Vendôme ainsi que l’ensemble de Marly.

André Lenotre (1613 – 1700) crée le parc de Vaux-Le-Vicomte, transforme les jardins de Versailles, des Tuilleries, de Sceaux, de Chantilly, de Fontainebleau.

Au siècle suivant Jacques Gabriel (1698 – 1782) édifie à Versailles l’Opéra et le Petit Trianon. Il conçoit les plans de la place royale (Concorde) et de l’École militaire.

Les traités d’Utrecht et de Rastadt (1713 – 1714)

Par ces traités qui mettent fin à l’épuisante guerre de Succession d’Espagne, la France perd Tournai, Ypres, Menin, Furnes, cédés à la Hollande, mais reprend Lille, Béthune; elle rend Nice, la Savoie et l’est du Dauphiné au duc de Savoie, mais reçoit la vallée de Barcelonnette; Philippe V, reconnu roi d’Espagne par les coalisés, cède la Gueldre espagnole à l’Électeur de Brandebourg (reconnu par la France roi de Prusse), Gibraltar et Minorque à l’Angleterre. Par ailleurs, la France reconnaît la légitimité des rois protestants anglais et cède à la Grande-Bretagne la baie d’Hudson, l’Acadie, Terre Neuve (contre le droit de pêche reconnu aux marins français). De plus la France et l’Angleterre reviennent à la législation douanière de 1664, favorable à la pénétration des produits anglais.

Louis XIVLa France en 1715 (le royaume de France). Ses frontières sont déjà approximativement celles du XX siècle.