Histoire du Québec

Année de records pour la Banque Royale du Canada

1942, une année de records pour la Banque Royale du Canada

Depuis le début du mois nous ne cessons de commenter des rapports bancaires. Si la plupart furent fort intéressants, nous n’hésitons pas à dire que celui de la Banque Royale du Canada, l’est davantage et pour cause… ne révèle-t-il pas que cette institution possède le plus gros actif de toutes les banques à charte du Canada?

Actif-record et degré de liquidité, inconnu dans son histoire

Un coup d’oeil sur le bilan que la Banque Royale du Canada rend public ce matin, montre en effet, un actif global de $/,19/,6/5,946, soit un total inconnu dans l’histoire de cette importante entreprise et soit l’actif le plus élevé jamais vu par aucune institution bancaire canadienne. Si l’on considère que son actif ne s’établissait qu’à $1,075,119,761 et seulement $758,423,904 en 1934, l’on ne peut s’empêcher d’admettre que cette banque a grandement progressé depuis que nous avons touché le creux de la dernière dépression. Point n’est besoin d’insister longuement sur le fait que l’ampleur de notre effort de guerre au cours de la période 1939 à 1942 inclusivement s’est reflété particulièrement dans les activités de cette banque.

Si l’on procède maintenant à l’analyse de cet actif-record, l’on constate que ses disponibilités s’établissent à $906,440,239, en regard de $681,918,309 en 1941 et d’à peine $382,172,287 en 1934, soit donc l’équivalent de 75,44 pour cent de ses engagements envers le public, contre 65 pour cent et 54.50 pour cent 1n 1941 et 1934 respectivement. L’on notera, ici, que durant l’année prospère de 1929, le pourcentage de liquidité ne dépassait même pas 44.19 pour cent. L’établissement d’un tel record dans son degré de liquidité est dû non seulement à une augmentation de $27,805,766 dans son encaisse, etc., mais, encore à des hausses de $148,650,386 dans le total des valeurs gouvernementales, fédérales et provinciales, en portefeuille et de $39,117,151 dans le total des obligations américaines et anglaises détenues.

Contrairement aux autres banques, son volume de prêts commerciaux a augmenté en 1942

Il n’y a pas que sa structure financière qui se soit améliorée durant l’exercice fiscal terminé le 30 novembre, car, il y a eu, aussi, augmentation du côté des prêts commerciaux. En effet, le volume de ces derniers, consentis au pays, s’est chiffré par $255,148,401, soit $13,365,000 de plus qu’en 1941. Une telle augmentation mérite d’autant plus d’être signalée à nos lecteurs que tous les rapports bancaires, publiés à date, ont accusé des contractions pour cet item. Sans les avances consenties par la Banque Royale du Canada à maints souscripteurs au dernier emprunt de la victoire, il n’y aurait pas eu augmentation dans son volume de prêts courants, vu les restrictions que nos autorités fédérales imposent de plus en plus à notre économie de paix. Personne n’ignore, en effet, qu’à mesure que nos industries se transforment en usines de guerre, une bonne partie de leurs finances provient du gouvernement, et, de plus,. L’écoulement rapide des stocks, le règlement empressé des comptes et, enfin, la diminution dans les inventaires à la suite de la pénurie des marchandises constituent autant d’autres facteurs responsables d’une demande moins élevée de crédits de la part de nos commerçants, de nos industriels, de nos fermiers, etc.

Ses dpôts représentent près du teirs de l’ensemble des dépîts bancaires au pays

Si les activités de la Banque Royale du Canada se sont ressenties des conditions de guerre, elles réflètent, par contre, l’heureusement l’amélioration manifestée dans le revenu national. C’est ainsi que le total des dépôts cofiés à ses soins s’établissait, au 30 novembre 1942, à $1,181,217,192, soit $225,000,000 de plus qu’au 30 novembre 1941 et soit pratiquement le double du total de $632,000,000 figurant au lendemain de la dernière crise, soit au 30 novembre 1934. S’il est vrai que le dépôt dans les banques par le gouvernement d’une partie des argents, provenant des souscriptions au dernier emprunt de la victoire, est cause du fait que le total des dépôts de ce dernier à la Banque Royale se chiffre par $144,192,823, il n’est est pas moins vrai que le total des dépôts du public dans cette même banque a passé de $902,152,676 l’an dernier à $1,002,567,405 cette année, soit pour elle seule près du tiers de tous les dépôts bancaires au pays. Une telle augmentation d’au-delà de cent millions de dollars dans les dépôts n’est, certes, pas sans importance, si l’on considère que les Canadiens ont souscrit près de $2,000,000,000 cette année aux deux emprunts de la victoire lancés par nos autorités fédérales. A la suite des succès remportés par ces emprunts – personne n’ignore qu’ils furent sursouscrits – et, aussi, à la suite de l’augmentation marquée dans les dépôts d’épargne, il est permis d’en conclure que nos gens reconnaissent de plus en plus la nécessité de pratiquer présentement la belle vertue de l’épargne, afin non seulement d’enrayer la spirale inflationnaire, mais, encore, afin de se prémunir contre les incertitudes de l’avenir.

Contraction dans les bénéfices, mais surplus reporté plus élevé

Bien que l’actif et les dépôts de la Banque Royale aient atteint cette année « des chiffres sans précédent », et même, en dépit de la légère augmentation accusée dans le volume de ses prêts commerciaux – la principale source de revenus d’une banque – le total de ses bénéfices réalisés en 1942 se chiffre par $3,390, 123, contre $3.535.928 en 1941. Point n’est besoin d’insister sur le fait que ces derniers sont moins élevés que les profits d’avant-guerre particulièrement à cause des impôts élevés à payer. Sait-on que, durant le dernier exercice fiscal, ils se sont chiffés par $2,014,166, contre à peint $1,037,772 en 1934?

Pour ces raisons donc et pour bien d’autres qu’il nous est impossible d’énumerér dans l’espace restreint réservé à notre chronique quotidienne, nul doute que ses actionnaires s’epresseront d’adopter ce bilan qui leur sera soumis à l’assemblée annuelle qui aura lieu le 14 janvier 1943, dans son imposant immeuble – un véritable actif pour notre ville – d’autant plus qu’il se dolde par une banace au compte de profits et pertes de $3,259,198, en regard de #3,209,074 en 1941 et de $1,506,605 en 1934, et, cela, après avoir pourvu au paiement cette année d’un dividende global de $2,625,000 affecté $315,000 au fonds de pension et, enfin, mis de côté $400,000 pour la dépréciation des immeubles.

Si les actionnaires de la Banque Royale du Canada ont donc lieu de se déclarer satisfaits du rapport qui vient de leur être soumis, ses clients et déposants de même que le public en général se doivent de considérer aussi d’un fort bon oiel ce rapport, d’autant plus qu’il démontre que cette importante institution bancaire en plus de se classer au 1er rang parmi nos 10 banques à charte, se classerait au 20e rang parmi les 150 principales banques du monde anglo-saxon. C’est est assez, certes, pour justifier la confiance des Canadiens envers ses institutions et, en particulier, envers le Canada, puisque, avec des institutions aussi progressives que la Banque Royale, notre pays ne saurait qu’avancer dans la voie du progrès, si l’après-guerre ne nous réserve pas des surprises inattendues.

Marcel Clement (Texte paru dans le journal Le Canada, lundi, le 28 décembre 1942).

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Terrasse Dufferin, ville de Québec. Photo : Histoire-du-Québec.ca.