Histoire du Québec

Programme du Parti libéral en 1903

Notre Programme (Parti libéral du Québec)

Le parti libéral, par la voix de ses chefs, a confié à notre journal la tâche d’être son organe auprès de la population de notre province, d’exposer au corps électoral ses vues et ses idées de diriger l’opinion dans le sens des réformes qu’il veut opérer et de l’impulsion qu’il désire donner aux affaires du pays.

Nous avons accepté ce rôle utile et cette noble mission.

La soumission qu’elle impose aux avis des mandataires du peuple et du chef qu’il s’est choisi n’a rien que d’honorable et s’inspire uniquement de la loyauté bien entendue.

Les traditions du parti libéral que nous représentons protestent contre toute idée d’asservissement.
Notre chef, Sir Wilfrid Laurier, le disait encore l’autre jour en parlement, le parti libéral n’est pas une organisation où tous les cerveaux sont fondus dans le même moule, où toutes les roues évoluent sur le même pivot; ce n’est pas un troupeau de moutons qui tous, passent par où le premier a sauté : c’est une réunion d’esprits intelligents et libres, marchant à la réalisation commune de forces quelquefois divergentes en apparence.

Le parti libéral a un but, le parti conservateur n’a que des moyens et les groues intermédiaires se rabattent sur les expédients.

Le but auquel aspire le parti libéral l’objet de tous ses efforts s’est la prospérité et l’avancement de cette belle contrée, dont le nom seul résume tout notre programme.

Le Canada d’abord et avant tout!

Notre pays heureusement affranchi par la sage et habile politique de sir Wilfrid Laurier, des querelles de religion et de race qui, sous les régimes précédents, entravaient son progrès, doit aujourd’hui se livrer à l’extension de son domaine industriel, commercial et agricole.

Justice égale pour tous, respect de la liberté religieuse, affirmation de la liberté civile, tels ont été depuis l’avènement du parti libéral les termes de son programme moral auquel nous entendons strictement nous en tenir.

Quant aux questions d’intérêt matériel, au terrain industriel et commercial, nous considérons que la politique du parti libéral telle que condensée dans le tarif Fielding est celle qui a donné au pays la plus grande somme de prospérité. Les progrès de l’industrie sont visibles; ceux du commerce sont écrits dans les comptes publics et ceux de l’agriculture s’inscrivent en lettres d’or au chapitre de l’exportation de nos produits, dans les radiations d’hypothèques et dans les comptes de banque du cultivateur.

Toutefois, les temps de prospérité, la poussée si vivace imprimée aux affaires, les développements qui se produisent dans le pays, tout en témoignant de la sagesse de la politique fiscale du gouvernement Laurier, ne portent pas en eux un décret faisant du tarif actuel une chose intangible, éternelle.

Non, les hommes qui nous gouvernent, sont assez prudents et assez clairvoyants pour comprendre que des transformations économiques, des besoins imprévus. Que les âpres luttes des concurrences, les rivalités commerciales dont on devra tenir compte dans l’intérêt général du pays.

Nous ne resterons pas sourd aux avertissements; mais nous refuserons de laisser troubler l’esprit publi par des frayeurs sincères mais vaines, ou par des craintes simulées et intéressées.

Le principal facteur du développement matériel du pays est l’établissement de voies de communication nombreuses et puissamment outillées pour le transport, l’expédition ou la venue des articles d’échange et de production; des colons et des traficants. Le gouvernement s’occupe en ce moment de ce grand problème des transports à travers note immense pays, il aura notre concours absolu dans ses efforts pour résoudre cette rude proposition et notre rôle sera de lui faire parvenir à ce sujet la notion des vues et des sentiments de la population et des humbles qui ne peuvent pas être appelés dans les conseils de la nation.

L’administration libérales qui est à la tête des affaires à Québec a droit, au même titre que celle d’Ottawa, à notre attention et à notre appui que nous comptons lui donner largement.

La politique quelle suit, sur un terrain plus restreint évidemment, s’inspire des mêmes grands principes du parti libéral que nous avons énoncés plus haut et des mêmes idées économiques de progrès et de l’avancement. Elle les applique avec le même succès et les mêmes résultats heureux.

A Ottawa, comme à Québec, Sir Wilfrid Laurier et ses ministres, l’honorable M. Parent et ses collègues, ont à subir quelquefois des assauts farouches et de querelles fâcheuses.

Nous assumons aujourd’hui le soin de les défendre et de leur faire rendre justice. Nous ne faillirons pas à cette bonne besogne dont l’accomplissement est conforme aux intérêts bien entendus du pays.

L’intention du parti libéral qui a décidé la publication de ce journal, n’est pas d’entrer en concurrence, en controverse ou en lutte avec aucune feuille actuellement existante.

Notre organe sera avant tut un organe d’éducation, bornant ses désirs à instruire le peuple sur les questions du jour et les solutions qu’elles réclament. Ce travail, nous entendons l’accomplir loyalement et honnêtement, sans crainte ni bravade inutile.

Cependant, nous ne chercherons certainement pas à éluder une parcelle des responsabilités qui nous incombent et nous ne laisserons personne porter atteinte aux doctrines qui nous sont chères, aux idées que nous pensons justes, aux desseins que nous jugeons propres à agrandir le Canada, à améliorer sa situation et à glorifier son nom.

Nous ferons respecter le parti libéral et ses chefs, quels que soient ceux qui voudraient les atteindre et protégerons contre toute souillure son programme et son drapeau.

A la grande masse libérale qui, depuis quelques mois déjà, attend notre venue et nous a prodigué d’avance les marques non équivoques de ses sympathies et de son approbation, nous faisons la sincère promesse que notre conduite, en tout temps et en tout lieu, s’inspirera des vertus qui font la force de notre parti et qui ont illustré ses grands hommes, vertus résumées dans ces deux mots : « Loyauté et patriotisme ».

(Journal Le Canada, 4 avril 1903)

Château de Frontenac. QuébecPhoto: Histoire du Québec.ca