Histoire du Québec

Production et prix aux XV-XVIIIe siècles

Production et prix

On ne peut dégager pour l’ensemble de la période des XVe au XVIIIe siècles une tendance nette dans l’évolution économique de la France, car les phases d’essor, de stagnation et de déclin vont se succéder, et l’amélioration du sort des uns se fera le plus souvent au détriment de celui des autres.

Les cycles de la production

On peut distinguer quatre grandes périodes : la seconde partie du XVe siècle marquée par un essor de l’activité; un XVIe siècle de « stagflation »; le XVIIe siècle sans croissance ni inflation; le XVIIIe siècle qui connaît une reprise de la production, accompagnée d’une légère hausse des prix.

Croissance et stagnation

On observe tout d’abord une période de croissance des années 1430-1450 aux années 1500-1520, permise par le retour d’une paix relative à l’intérieur du royaume, par la reprise de la croissance démographique, le « rattrapage » de la productivité, et certaines améliorations techniques dans le domaine non agricole (textile, navigation, extraction et travail des métaux). Cet essor fait place à un palier dans les années 1520-1550 Puis à un recul de l’activité. Vers 1560 la crise économique est amplifiée par la crise sociale qu’elle a provoquée; le temps des guerres civiles commence. Elles seront bien plus meurtrières pour les populations et paralysantes pour l’économie que celles et partout présentes. La guerre extérieure les accompagnera puis persistera (après le retour de la paix civile au milieu du XVIIe siècle) jusqu’au début du XVIIIe siècle.

On comprend, dans ces conditions, que les deux siècle qui vont des années 1520 aux années 1720 soient, globalement, ceux de la stagnation économique, malgré des périodes de redressement, comme sous Henri IV ou avec Colbert. Cela est d’autant plus lié au rythme des conflits armés que la France est déjà fortement intégrée aux courants d’échanges internationaux, et que ceux-ci souffrent des guerres européennes. Ainsi, on estime le revenu national de la France à environ 1 000 millions de livres tournois en 1600, 900 en 1625, 1200 en 1650 et 1100 en 1675 et 1700 : on ne peut à la fois s’entretuer et produire, financer la guerre et l’investissement industriel et agricole.

Pourtant, l’économie française aurait bien besoin d’un effort de modernisation. Dès la fin du XVIe siècle, elle présente par certains côtés les traits d’une économie fragile : elle exporte surtout des blés, du vin et du sel, des draps et des toiles de qualité ordinaire, du pastel, c’est-à-dire essentiellement des produits traditionnels ou des produits primaires qui se vendent à bas prix; dans le même temps, elle importe des épices (des condiments tels que le poivre, la girofle, le gingembre, la muscade, le sucre, des matières tinctoriales, des produits médicinaux), de l’alun pour fixer les teintures, des draps de laine, des toiles de lin de qualité et surtout des soieries, des matières premières pour l’industrie et la fabrication des armes (acier, étain, plomb, fer-blanc, cuivre, laiton), de l’or et de l’argent; il s’agit là de marchandises onéreuses, incorporant davantage de « valeur ajoutée ». Et de savoir-faire. Bien qu’à la fin du XVIe siècle le solde commercial de la France soit positif, le développement des idées mercantilistes au XVIIIe siècle montre l’importance prise désormais ar le commerce extérieur.

L’enjeu du colbertisme

C’est ainsi que Colbert s’efforce de développement la production intérieure en créant les manufactures royales (fabriquant des tapisseries, des porcelaines et de la verrerie), en aidant diverses entreprises (forges, arsenaux, compagnies commerciales), et cherche à développer la marine de guerre et la colonisation : il s’agit d’exporter le plus possible de produits finis, et de réduire les importations de façon à accroître le stock d’or et d’argent national. Mais si l’on assiste dans les années 1660-1672 à une relative amélioration de la situation économique, la reprise des guerres révèle à nouveau les faiblesses structurelles de l’économie française : budget déséquilibré. Revenus publics consommés d’avance, production agricole et textile stagnante, déclin des entreprises qui cessent d’être aidées, faillite des compagnies commerciales, mauvaise qualité des produits métallurgiques (fers et aciers).

Ainsi, la fin du règne de Louis XIV est marquée par de grandes difficultés, liées à l’entrée de la France dans la guerre de Succession d’Espagne, et à des conditions climatiques désastreuses (1693-1694), « Grand Hyver » de 1709, 1713) provoquant famines et flambée des prix. Pourtant, avec le retour de la paix les années 1730-1770 sont celles de l’amorce d’une transformation structurelle appuyée sur un essor nouveau de l’agriculture.

La reprise du XVIIIe siècle

L’amélioration de la productivité dans ce secteur permet à la fois de mieux nourrir la population’ d’éviter les brutales flambées des prix, et d’élever les revenus des paysans, qui constituent toujours l’écrasante majorité des Français. Les causes de ce renouveau sont mal connues; il semble que plusieurs facteurs se soient conjugués : un climat qui devient plus chaud et moins humide, une remise en culture de terres abandonnées après la grande mortalité du début du siècle (entre 10 et 20% de la population avait disparu, à cause des guerres, des famines et de la peste), l’utilisation plus fréquente du fer dans l’outillage, un accroissement de la culture fourragère et de maïs (permettant de développer l’élevage et de disposer de plus d’engrais), un attrait plus grand pour l’agronomie, comme en témoigne l’épanouissement de la pensée physiocratique. La croissance des revenus agricoles permet ainsi d’élargir le marché intérieur pour les producteurs d’outils nécessaires au travail des champs, pour les fabricants du textile et pour l’ensemble des corps de métiers.

Toutefois, ce mouvement va être remis en cause par une succession de mauvaises récoltes dues aux conditions météorologiques qui redeviennent difficiles au début des années 1770. Ci cela ne provoque pas de famines comparables à celles du début du siècle, il n’en reste pas moins que la baisse des revenus est sensible et rend à nouveau insupportable le poids de la fiscalité royale comme celui de la rente due aux propriétaires du sol; de plus, ceux-ci, atteints également dans leurs revenus, cherchent à utiliser pleinement tous leurs droits, y compris ceux qui font référence au lointain passé. Cette « réaction seigneuriale », qui atteste la réalité de l’héritage féodale à la veille de la révolution, aggrave la tension sociale et tend à radicaliser la crise économiques. Elle prend une ampleur nouvelle avec le traité commercial franco-anglais de 1786, qui réduit les droits de douane et qui favorise les importations de textiles anglais : le chômage se développe et constitue une cause supplémentaire du mécontentement à l’origine de la Révolution de 1789.

Charrue à trois socs

Charrue à trois socs, XIVe siècle. Jacques Besson. Théâtre des instruments mathématiques et mécaniques, Lyon, 1578.