Histoire du Québec

Description du premier voyage

La première traversée de l’Atlantique par Jacques Cartier et son équipage se fit sans coup férir, ainsi que le nota le navigateur dans son journal (Première Relation de Jacques Cartier de la Terre-Neuve dite la Nouvelle-France trouvée en l’an 1534) : « Et naviguant avec bon temps, nous vînmes à Terre-Neuve, le 10e jour de mai, et atterîmes au cap Bonavista (à l’est de Terre-Neuve), étant en 48 degrés 5′ de latitude. À cause du grand nombre de glaces qui étaient le long de cette terre, nous convînmes d’entrer dans un havre, nommé Sainte-Catherine (Nommé par Jacques Cartier en souvenir de sa femme, aujourd’hui Catalina), à environ cinq lieues au sud-sud-ouest dudit cap, où nous fûmes l’espace de dix jours, attendant notre temps et accoutrant nos barques. »

La relation du voyage, document des plus précieux, nous donne au jour le jour l’itinéraire de cette première exploration méthodique de la côte canadienne; beaucoup de points géographiques seront nommés par Jacques Cartier, et quelques-uns de ces noms se sont perpétués jusqu’à nos jours. Les deux courlieux malouins vont contourner Terre-Neuve par le Nord et le 27 mai ils sont à l’entrée du détroit de Belle-Isle. Ils touchent le Labrador au havre des Châteaux (Baie des Châteaux ou Château Bay), ils longent la côte vers le nord-ouest jusqu’au havre Jacques Cartier (Cumberland), où ils aperçoivent les premiers indigènes et rencontrent un navire de La Rochelle. Les pêcheurs rochellais, qui se livraient probablement aussi au commerce des fourrures, à peu près égarés, sont remis dans la bonne route par Jacques Cartier, puis les Malouins traversent le détroit pour aborder Terre-Neuve et cap Double (Ingornachoix Bay). C’est alors l’exploration de la côte terre-neuvienne jusqu’au cap Saint-Jehan (Cap Anguille). Le 25 juin 1534, ils découvrent les îles de la Madeleine qu’ils visitent en détail; il en restera le nom de l’île Brion en l’honneur de l’amiral de France. Le 29 juin, ils touchent l’île du Prince-Edouard au cap d’Orléans (Kildare), remontent vers le nord le long de la baie Saint-Lunaire (Miramichi Bay), découvrent la baie des Chaleurs où ils séjournent du 4 au 22 juillet, par temps très chaud, d’où e nom que Cartier lui donne et qui lui est resté. Là, des contacts amicaux s’établissent avec les sauvages; on échange des objets.

Mais le Breton est aussi venu conquérir pour son roi des terres nouvelles; sur le site actuel de de Gaspé il va faire acte de possession. « Le 24e jour dudit mois, nous fîmes faire une croix de trente pieds de haut, qui fut faite devant plusieurs sauvages, sur la pointe de l’entrée dudit havre, sous le croisillon de laquelle nous mîmes un écusson en bosse, à trois fleurs de lys, et dessus un écriteau en bois, gravé en grosse lettre de forme, où il y avait : Vive le Roy de France! Et plantâmes cette croix sur ladite pointe, devant les sauvages, lesquels la regardaient faire et planter. Et après qu’elle fut élevée en l’air, nous nous mîmes tous à genoux, les mains jointes, en l’adorant devant eux, et leur fîmes signe, regardant et leur montrant le ciel, que par elle était notre rédemption, de quoi ils firent plusieurs admirations, en tournant et regardant cette croix. Étant retournés en nos navires, vint le capitaine, vêtu d’une vieille peau d’ours noir, dans une barque, avec trois de ses fils en son frère, lesquels ne s’approchèrent aussi près du bord que de coutume; ils nous fit une grande harangue, nous montrant ladite croix, et faisant le signe de la croix avec deux doigts. Puis il nous montrait la terre, tout à l’entour de nous, comme s’il eut voulu dire que toute la terre était à lui, et que nous ne devions pas planter ladite croix sans son congé. »

Les Malouins apaisent le chef et l’attirent à bord avec ceux qui l’accompagnent. On leur donne des cadeaux, ou leur fait bonne chère. « Et puis nous leur montrâmes par signes que ladite croix avait été plantée pour faire marque et balise pour entrer dans le havre; et que nous y retournerions bientôt, et leur apporterions des ferrailles et autres choses; et que nous voulions emmener deux de ses fils avec nous, et puis les rapporterions audit havre. » Tout se termine bien, et les navires appareillent, emmenant nos deux Hurons, comme preuves vivantes de la découverte de terres nouvelles. Ils filent au nord, battent sur une grande île (Anticosti) qu’ils contournent par l’est et dont ils longent la côte nord jusqu’à son extrémité occidentale. De là ils traversent vers les îles Mingan. Mais on est au 1er août, la saison s’avance, il faut songer à rebrousser chemin. On met le cap à l’est. Rencontre de sauvages déjà familiers du commerce des blancs; ils apprennent en effet à Cartier qu’ils trafiquent avec le capitaine Thiénot, de Saint-Malo. D’où le nom de ce dernier donné par le navigateur au cap Natshkwan.

Après une dernière relâche à Blanc-Sablon le 15 août, les Malouins reprenaient le chemin du retour et le 5 septembre 1534, hissaient fièrement le grand pavoi en passant devant l’embouchure de la Rance.

Les Français au Canada (du Golfe Saint-Laurent aux Montagnes-Rocheuses), par Cerbelaud Salagnac, Éditions France-Empire, 68, rue Jean-Jacques Rousseau – Paris (1er), 1963.

jardin_oratoire-st-josephPhotographie : Histoire-du-Quebec.ca