Histoire du Québec

Population de Trois-Rivières au XIXe siècle

La structure sociale de la population de Trois-Rivières au XIXe siècle

La créatiobn du district judiciaire en 1791 a transformé le visage de Trois-Rivières, autant dans sa forme que dans son organisation sociale. Pour évaluer à sa juste mesure l’imporatance de cette nouvelle fonction, il faut savoir qu’avant la création des conseils municipaux au milieu du siècle, les juges de paix n’ont pas seulement le mandat de rendre la justice, mais administrent aussi les affaires civiles régionales. C’est en effet au palais de justice que se prennent les décisions relatives à la construction et ç l’entretien des infrastructures de transport, aux tarifs des péages prélevés sur les routes, ponts et traverses, à la réglementation du commerce et à l’octroi des permis de toutes sortes, de la vente d’alcool jusqu’à l’exercice du métier de boucher ou de boulanger. Trois-Rivières, qui est déjà le chef-lieu de sa région immédiate en raison de son rôle commercial et industriel, voit croître son influence en tant que centre administratif.

La fonction du chef-lieu contribue à redessiner la structure sociale de la ville. S’y établissent des hommes de loi, auxquels s’ajoytent un certain nombre de fonctionnaires ou, comme on dit à l’époque, des bureaucrates, terme qui prendra une connotation péjorative lorsque s’engagera la lutte des patriotes contre le gouvernement colonial. Or, ces commis de l’État colonial sont à son image, c’est-à-dire britanniques. Dès lors, le nombre d’anglophones croît substantiellement au point de constituer 14% de la population trifluvienne en 1831, pourcentage qui se maintient toujours dans les années 1850, puis commerce à décliner dans les décennies suivantes jusqu’à ne plus représenter que 5% à la fin du siècle.

Cette petite société présente une grande variété de professions. L’ancienne noblesse y vit toujours. Le seigneur Jean-Baptise de Lottinville résude sur son fief au bout de la rue Notre-Dame, voisin des Ursulines. Le seigneur Jospeh Boucher de Niverville habite rue Saint-Bonaventure. Il exploite son fief à des fins agricoles, possédant 10 bêtes à cornes, 17 moutons et 13 porcs. Il est les plus important des sept cultivateurs qui déclarent posséder des animaux; mais contrairement aux auters, il n’a aucune parcelle en culture. Parmi les grands propriétaires fonciers, B.P. Wagener se présente comme bourgeois, avec le titre d’écuyer. Sa propriété est d’une superficie équivalente à celle des Ursulines ou du seigneur de Lottiville qu’il borde à l’est, au confluent du Saint-Maurice et du Saint-Laurent. Wagner déclare sept bêtes à cornes et cinq chevaux. Dans son cas comme dans celui d’un nommé John Stronach, marchand de bois qui a neuf bêtes à cornes et trois chevaux, il est probable que la plupart de ces bovins ne soient pas des vaches laitières, mais des animaux de trait.

L’administration religieuse catholique est représentée par le vicaire général Louis-Marie Cadieux, plus haut dignitaire de la hiérarchie ecclésiastique dans la région, curé en titre de la paroisse et représentant de l’évêque dans le district. Il habite rue Notre-Dame, dans la partie haute de la ville, près de l’église, non loin des résidences des juges et autres notables. Son prédécesseur, le vicaire général Noiseau, est retiré et habite une maison de la rue Saint-Pierre.

Les protestants ont aussi leurs lieux de culte. Après la Conquête, sous le gouvernement militaire britannique, le couvent des Récollets a été cédé à l’Église d’Angleterre. À Trois-Rivières, comme dans les deux autres villes de la colonie, la hiérarchie anglicane a délégué un ministre de langue française afin de favoriser la conversion des nouveaux sujets britanniques. Jean-Baptiste-Noël Vessyère, un récollet défroqué, fut ordonné à Londres et affecté à Trois-Rivières de 1768 à 1800. Il ne parvint pas à convertir un seul catholique, et pour cause, d’écrire un corelgionnaier : « Le ministre de Trois-Rivières est un homme très dissolu, il ne remplit aucun de ses devoirs. » Cet échec est d’autant plus dommageable pour les anglicains qu’ils sont en concurrence avec les catholiques pour se faire reconnaître comme Église « établie », c’est-à-dire légalement reconnue est subventionnée par l’État. Mais depuis la Révolution américaine et lMimmigration des sujets britanniques restés loyaux, plusieurs autres dénominations protestantes se sont établies dans les Canadas. L’État, tout en affichant ses préférences pour l’anglicanisme, n’a pu rester indifférent aux autres Églises qui revendiquent une égale attention et les mêmes droits. L’Église coloniale anglicaine ne jouira donc jamais des privilèges de l’Église établie. Trois-Rivières est témoin de cette concurrence, trois pasteurs de dénominations différentes y exerçant leur ministère en 1831 : presbytérien, un éthodiste et un anglican. Chaucne de ces Église a son lieu de culte, ce qui ne passe pas inapeçu dans le climat de dogmatisme religieux qui caractérise le XIXe siècle et, plus particulièrement, dans une petite ville où le conquérant s’est emparé d’un établissement catholique prestigieux pour un faire son temple. Logé dans le couvent des Récollets, occup. Par un prêtre défroqué jusqu’en 1800, le lieu de culte des abglicans symbolise non seulement leur domination mais leur souhait de convertire les Canadiens français.

Ajoutons aux teintes variées de ce tableau qu’il existe aussi une vingtaine de Juifs répartis en cinq familles : les Hart (Ezekiel, Moses et Samuel), les Judah et les Solomon. Leur synagogue est située près du marché sur un terrain de la famille Hart. L’édifice sera abandonné au milieu du siècle alors que le terrain est acquis par la ville pour l’agrandissement de la place du marché. Les Juifs établiront probablement leur synagogue en un autre lieu.

Source : Histoire de la Mauricie, par René Hardy et Normand Ségun, Éditions de l’IQRC, 2004.

Terrasse Turcotte

Terrasse Turcotte de Trois-Rivières. Photographie de Histoire-du-Quebec.ca.