Histoire du Québec

Passage Nord-Est et passage Nord-Ouest

Il existait en fait un passage du Nord-Ouest, qui menait par le bassin de Foxe au golfe de Boothia et de là au détroit de Lancaster, orienté à l’ouest. Impraticable pour les voiliers, cette voie presque continuellement bouchée par les glaces était difficile à repérer. En 1616, William Baffin trouva l’entrée du détroit de Lancaster; la banquise lui parut aussi compacte que la terre ferme. Du point de vue géographique, ces expéditions permirent de reconnaître le nord du Labrador, l’île de Baffin dans presque toute son étendue, les îles situées au nord de la baie d’Hudson, et de dresser les cartes de ces côtes.

Ces résultats furent acquis au prix de terrible souffrances et l’exploration du passage du Nord-Ouest coûta plus de vies humaines que la reconnaissance de n’importe quelle autre voie maritime.

En dépit du renoncement des Anglais, d’autres s’intéressèerent au passage du Nord-Ouest. Vers la fin du XVIe siècle, Willem Barents tenta par trois fois mais en vain de dépasser la mer de Kara; en 1596, lors de son dernier voyage, ce grand navigateur hollandais s’engagea très au nord du Spitzberg, puis, en route cap à l’est, il fut surpris par les glaces et forcé d’hiverner dans une baie de la Nouvelle-Zemble.

La chance permit à ses hommes de découvrir quelques bois flottants; ils construisirent une cabane, gardée par un étrange bonhomme de neige, un ours qu’ils avaient tué et dressé debout une fois gelé. Le scorbut s’abattit sur eux, tandis que les glaces soulevaient leur navire chaque jour davantage. Au printemps, ils comprirent qu’il était impossible de le dégager et, prenant place dans deux chaloupes, ils se mirent en devoir de regagner les Pays-Bas.

Barents et un de ses matelots moururent au large de la Nouvelle-Zemble; les autres, sauvés par des navires russes, arrivèrent en fin de compte en Hollande. Près de trois siècles plus tard, le capitaine Elling Carlsen, un chasseur de phoques originaire de Norvège, visita cet hivernage de Ice Haven et retrouva la cabine des Hollandais. Parmi les pitoyables reliques, il découvrit une note de Barents, mentionnant qu’en route vers Cathay il avait été pris par les glaces.

A divers titres cette recherche des passages du Nord-Est est du Nord-Ouest constitue l’épisode le plus curieux de l’histoire des Découvertes.. Un coup d’oeil à une carte donnant les limites saisonnières de la banquise explique pourquoi il fallut attendre la fin du XIXe siècle pour voir l’Europe et l’Asie contournées par le Nord. En 1878-1879, le baron suédois Nils Nordensjold réalisa cet exploit à bord de la Véga.

Plus tortueux encore, le passage du Nord-Ouest ne sera jamais vaincu qu’en 1906 par Roald Amundsen au prix d’un voyage de trois ans, qui le tint immobile dans les glaces lors des grandes tempêtes.

Le lecteur d’aujourd’hui sait qui les tentatives de ces explorateurs étaient condamnés à l’avance, aussi les efforts de ces marins, cherchant une brèche dans un mur de glace infranchissable, lui paraissent-ils poignants. L’indomptable énergie de ces capitaines, de ces équipages, revêt une grandeur aussi fascinante que la lutte des héros des drames classiques écrasés par l’implacable destin.

Si les explorateurs ne rapportaient rien de mieux que des peaux et quelques défenses de morse, ils furent suivis par des centaines de navires faisant des voyages annuels réguliers dans leur sillage, pour pêcher la morue, chasser la baleine et le phoque jusque dans la baie de Baffin ou au Spitzberg. Les dangers encourus lors de ces voyages devenaient de la routine; par contraste, ils créaient un climat qui permettait de supporter les mois de déception entre l’échec d’une grande expédition et l’organisation de la suivante.

Les routes polaires exerçaient un attrait irrésistible sur les explorateurs de la Renaissance. Elles ne devaient pourtant jamais mener à Cathay. Ces voies maritimes ne sont accessibles qu’aux vaisseaux capables de briser les glaces ou de plonger sous elles, comme le sous-marin nucléaire Nautilus, qui fit surface près du pôle en 1958. On ne peut donc dire des hommes qui ont lutté et qui sont morts dans l’Arctique que leur action ait beaucoup fait avancer notre civilisation; il n’empêche que ces remarquables marins, qui les uns après les autres se sont engagés dans les culs de sac glacés, méritent de figurer parmi les plus beaux exemples de cet admirable esprit de recherche qui anima l’Age des Découvertes.

D’après L’Âge des Découvertes par John R. Hale et les Rédacteurs des Collections Time-Life, 1967.

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Crédit photo: Histoire-du-Quebec.ca