Histoire du Québec

Nourrice des nouveaux-nés

Mise en nourrice des nouveaux-nés en Nouvelle-France

L’historienne québécoise Danielle Gauvreau, qui a étudié la ville de Québec avant 1730, soutient que la mise en nourrice des nouveau-nés est un phénomène de faible ampleur mais qui s’intensifie au début du XVIIIe siècle.

Il a cours surtout dans les familles de marchands ou d’officiers, civils et militaires. Le marchand montréalais Pierre Guy note scrupuleusement la naissance, le décès et la somme qu’il paie à la sage-femme et à la nourrice pour chacun de ses enfants. Ceux-ci sont mis en nourrice le jour même de leur naissance, ou au plus tard le lendemain, chez les habitants de paroisses aussi éloignées que Saint-Léonard, Saint-Michel et Sault-aux-Récollets. Mmr Huy accouche de sept filles et de sept garçons, mais peu d’entre eux vivent très longtemps. Ceux qui survivent restent en nourrice jusque vers l’âge de deux ans :

« Marie-Louis, ma troisième fille est née le 31 mars 1776 et elle a été mise en nourrice le 1er avril chez la nommée Sénée habitante de la Chine (village de Lachine) à 12 pièces par mois ou elle a resté jusqu’au 29 août ce que fait 5 mois un jour, pourquoi je lui ait payé, le 30 août 1766 (sic!, une erreur évidente). J’ai confié Marie-Louise chez Joseph La Chapelle de St-Léonard. Elle est morte le même jour de son arrivée chez le dit la Chapelle. Payé à la sage-femme 48 pièces. »

En France, à la fin du XIIIe siècle, on assiste à une valorisation de la maternité, stratégie qui encourage les mères à s’occuper elles-mêmes des poupons. La mise en nourrice est alors condamnée comme pratique meurtrière. Dorenavant, les mères doivent allaiter leurs nouveau-nés et veiller jour et nuit auprès du berceau. La mère ne doit plus quitter son jeune enfant. Ainsi, les médecins, démographes et hommes politiques espèrent augmenter le nombre de citoyens qui peuvent servir la patrie. Est-ce cette nouvelle définition de la maternité qui incite Julie Bruneau à allaiter ses propres enfants dans les années 1820? Elle écrit en effet à Papieneau :

« … je ne vois aucune raison de sevrer la petite. Elle est encore trop jeune et de plus elle n’a pas encore de dents ce qui est toujours la principale raison qui fait que l’on ne sevre pas les enfants à moins que l’on fait que l’on ne sevre pas les enfants à moins que l’on fait d’autres motifs, et moi qui n’en ai aucun je me porte bien et cela ne me fatigue pas de nourrir… »

La plupart des enfants sont conçus à l’intérieur du mariage. Au XVIIIe siècle, les taux de naissances illégitimes restent relativement bas. L’Église et la Coutume de Paris sanctionnent sévèrement les bâtards, et un homme est fortement incité à épouser celle qu’il a mise enceinte. Sous la Coutume de Paris, un bâtard est un paria, car il ne peut hériter de ses parents que dans une mesure très limitée.

De la même façon, la loi empêche un homme de donner, pendant sa vie, plus qu’une pension alimentaire sa concubine. En plus de la honte attachée à la naissance illégitime, la fille-mère et son enfant doivent faire face aux problèmes de l’existence matérielle. Garder sa virginité jusqu’au mariage relève autant de la prudence que de la pudeur. Toutefois, la liberté testamentaire introduite sous le Régime anglais permettra d’adoucir les rigueurs de la Coutume de Paris. Une étude du contenu des testaments établis à Montréal vers la fin du XVIIIe siècle démontre que quelques hommes ayant des enfants illégitimes laissent des legs à ceux-ci ainsi qu’à leur mères.

Aussi longtemps que les communautés restent petites, il n’est pas facile de cacher les fréquentations, et encore moins les grossesses. Mais dans les cas où les femmes s’éloignent de la surveillance de la famille et du voisinage, elle sont susceptibles d’avoir des rapports sexuels illicites. Ainsi, plusieurs d’entre elles, sans doute séduites par une promesse de mariage, découvrent trop trad que leurs amants ne veulent ni d’elles ni de leur enfant.

Au cours des traversées, les immigrantes sont particulièrment vulnérables à ce genre de séduction. Lorsque les troupes sont logées près des villes, les enfants abaondonnés par les prostituées ou par les filles séduites remplissent les crèches, de même que ceux des domestiques victimes de harcèlement sexuel, phénomène qui semble une constante dans l’histoire.

Sous le Règime français, le gouvernement fait placer les bâtards chez des nourrices et les filles illégtimes deviennent domestiques aussitôt que possible. Plus tard, les autorités britanniques versent des sommes d’argent aux Soeurs Grises pour défrayer les dépenses occasionnées par la prise en charge d’enfants trouvés. Mais, au début du XIXe siècle, le commerce avec l’Angletterre et l’immigration déclenchent l’expansion rapide des villes où se retrouve une large population masculine, mobile et célibataire : immigrants, soldats, marins, engagés, journaliers; il en résulte une croissance remarquable des naissances illégitimes. En 1801, l’Assemblée législative du Bas-Canada doit modifier les lois portant sur les concubines et les bâtards.

Deux solutions s’offrent alors aux femmes à qui la naissance d’un enfant illégitime apporte un fardeau social et matériel insurmontable : tuer l’enfant et courir le risque de se faire accuser d’infanticide, ou bien le déposer de préférence aux portes de l’église ou d’une communauté religieuse, espérant qu’il sera ramassé avant de mourir….

L’exposition des enfants

La pauvre fille : (Air – autrefois j’aimais une belle). Rien ne m’appartient sur la terre – Je n’eus pas même de berceau; – On me trouva sur une pierre – Devant l’glise du hameau. – Du sein maternel repoussée, – J’ai pleuré quatorze printemps; – Reviens, mà mère, je t’attends – Sur la pierre où tu m’as laissée.

(Source : La Guirlande ou le Recueil de Chansons canadiennes, publié en 1853 à Trois-Rivières par George Stobbs).

Rue de la cathédrale

Rue de la Cathédrale de Trois-Rivières. Photo : Histoire-du-Québec.ca