Histoire du Québec

Naufrage de L'Auguste en 1761

Naufrage de l’Auguste en 1761

De nos jours, le naufrage du navire L’Auguste est toujours considéré comme l’une des plus graves catastrophes maritimes de l’histoire du Canada. Bien que le nombre de victimes ait été beaucoup moins élevé que lors du naufrage de l’Empress of Ireland en 1914, les circonstances en font une tragédie mémorable.

Le 15 octobre 1761, le vieux voilier L’Auguste, de la compagnie Mrs Duval & Lorent de Lorient, commandé par un capitaine dont l’histoire n’a pas retenu le nom, quitte Québec pour la France. Il transporte plusieurs familles de la noblesse française, dont la plupart retournent en Europe après la conquête du Canada par les Britanniques.

Le 16 novembre, le navire fait naufrage dans les parages du Cap-Breton, et presque tous les passagers et membres d’équipage y trouvent la mort. L’abbé Casgrain, historien et défenseur de la cause acadienne, a écrit dans un récit relatant le naufrage que le chevalier de Saint-Luc de la Corne, le fameux «général des Sauvages», avait mis en garde le général Murray avant le départ à propos de l’inexpérience du jeune capitaine du navire.

Au début du voyage, lors d’un mouillage à l’Île-aux-Coudres, L’Auguste perd une de ses ancres. Tout le monde à bord du navire est déjà persuadé que le vaisseau va se briser sur les récifs entourant l’île, mais ce n’est pas le cas. Plus tard, un feu se déclare dans la cambuse à trois reprises dans une même journée. Ces incendies détruisent la plupart des provisions.

Les passagers et l’équipage sont obligés de consommer des biscuits secs. Mais, comme si ce n’était pas suffisant, une tempête fait rage à la sortie du golfe du Saint-Laurent. Elle dure trois jours et trois nuits, forçant le voilier à retourner vers Terre-Neuve.

naufrage de l'auguste

Naufrage de l’Auguste

Puis, alors que le navire reprend sa route après quelques jours de repos, une nouvelle tempête se déclare.

Le vaisseau est repoussé vers les côtes du Cap-Breton. Les matelots, épuisés, vont se jeter dans leurs hamacs. On a beau les supplier, menacer, frapper, rien ne peut les faire retourner au travail. Le capitaine décide alors de se diriger vers une anse où se déverse une rivière.

Les passagers accourent sur le pont. Des cris, des pleurs, des invocations s’entendent un peu partout. Enfin, L’Auguste s’échoue sur un banc de sable. Puis, les vagues le renversent sur le flanc. L’un après l’autre, les naufragés sont emportés par les flots. Au moins une des chaloupes est brisée par les vagues.

M. de La Corne s’accroche aux cordages. Il tient un de ses enfants enlacé autour du cou. À ce moment, il aperçoit la dernière chaloupe qui s’éloigne, emportant le capitaine et un domestique. Le général s’élance, essayant de maintenir son fils dans ses bras, mais le garçon tombe à l’eau. Impossible de le sauver. La petite embarcation est finalement poussée sur le sable du littoral par les vagues et les trois hommes sont sauvés.

Au total, sept personnes restent en vie: le capitaine du navire ; M. Laforet, caporal du Roussillon ; M. Monier, caporal du Béarn ; Mlle Etienne, domestique ; Pierre (nom de famille inconnu), domestique; M. Laforce, soldat ; et M. Saint-Luc de La Corne. Ce sont les seuls survivants.

Quelques heures plus tard, l’Auguste disparaît dans les flots.

144 morts gisent sur le sable. Le chevalier de la Corne reconnaît parmi les victimes ses enfants et son frère.

Mais le calvaire n’est pas fini.

Ayant donné une sépulture aux siens, le général se met en marche pour chercher des secours. Pendant 18 jours, il erre dans les montagnes couvertes de neige, au bord des lacs et des rivières, sans savoir où il se trouve. Au cours de son errance, il ne rencontre personne. Finalement, des Indiens Micmacs, chassant dans les parages, aperçoivent le naufragé. Méfiants, ils semblent d’abord prêts à tuer le visage pâle, mais quelques chasseurs reconnaissent leur général, celui qui les a mené à de nombreux combats durant la guerre contre les Britanniques. Ils lui fournissent des raquettes et l’accompagnent à Québec. Un des Micmacs lui dit alors que Dieu punit ceux qui ont perdu la guerre.

Les restes de L’Auguste et de sa cargaison reposent toujours au fond des eaux canadiennes.

Liste des victimes du naufrage de l’Auguste

Voir aussi :