Histoire du Québec

Médecine chez les Amérindiens

Deux sortes de médecine chez les Amérindiens

(Médecine naturelle et médecine par la divination)

La médecine, dans les premiers temps, était simple, unie, à la portée de tout le monde, chacun pouvait la professeur sans avoir pris le bonnet de docteur, et sans avoir acheté la réputation d’habile, et le droit d’agir sur la vie des hommes, comme si l’on avait de la capacité et de la science. Les rois et les héros s’en mêlaient comme le simple peuple. Quelques plantes dont on connaissait la vertu, plutôt par un long usage que par de subtils raisonnements, étaient des panacées naturelles dont les hommes se trouvaient bien.

On s’en trouverait bien encore, si on n’en avait pas perdu le secret pour avoir voulu trop raffiner; est si on n’avait pas embarrassée la médecine d’une infinité de termes barbares, qui l’obscurcissent, et font comme une énigme impénétrable d’une science, laquelle devrait être à la portée de tout le monde, parce que tout le monde y est intéressé; et qu’il importe extrêmement à chacun que ce qui sert à entretenir l’harmonie de la vie et de la santé ne fût pas en dépôt entre les mains de peu de personnes, que leur profession autorise à acquérir de la réputation par de funestes expériences, et par l’impunité des homicides. Ceci soit dit néanmoins sans prétendre faire injure aux médecins de nos jours qui sont véritablement habiles, qui ont infiniment perfectionné leur art, et beaucoup renchéri sur leurs prédécesseurs.

Outre cette médecine aisée et commune, il y en avait une autre, qui était toute du ressort de la religion. On en était redevable à Apollon, lequel pour cette raison était dieu de la médecine, comme il l’était de la guerre, de la danse et de la musique. « C’était lui, selon le témoignage de Diodore de Sicile (Diodore de Sicile, V.74), qui était l’inventeur de cette science médicale, laquelle s’exerçait par l’art de la divination, et en vertu de laquelle les malades étaient autrefois guéris ». On avait sans doute perdu toute confiance dans cette science fatidique du temps de cet auteur, ainsi que le marque expressément le terme d’autrefois, et, ou elle n’était plus en usage, ou les malades n’en recevaient plus les mêmes secours. Elle n’est pourtant pas tellement abolie, en ce sens qu’il ne soit encore vrai de dire que les médecins connaissent moins qu’ils ne devinent dans la plupart de nos maladies, sans parler de celles où ils ne connaissent et ne devinent rien; mais ce n’est pas leur faute, et cela ne peut pas être autrement.

C’est par un reste de connaissance confuse de cette science fatidique qu’Hippocarate (Lettre à Philopémen – numéro 2, Oeuvres complètes, Ed. Littre, V. p. 306-207) a cru pouvoir dire de la médecine en général « qu’elle était un don des dieux, et qu’elle approchait de la divination ». Hippocrate semble ainsi confondre cette médecine, où il entrait un peu de diablerie ou de jonglerie, avec celle qui est naturelle et aisée. In ne faut pourtant pas les confondre, car elles sont très distinctes; et nos Sauvages, curieux et fidèles observateurs des usages des premiers temps, savent les discerner parfaitement, et les pratiquent encore telles à peu près qu’ils les ont reçues de la première institution.

Dans toutes les maladies dont ils croient connaître la cause naturelle, et où ils ne soupçonnent point de mystère, ils n’en font pas non plus pour leur guérison, et à réserve de quelques superstitions vulgaires qu’ils observent en cueillant les plantes, et en les préparant. Ils se servent sans façon de celles dont ils connaissent la vertu,et emploient certains remèdes naturels qui sont chez eux en usage. Ils ne sortent point de leurs cabanes pour trouver des médecins; hommes et femmes tous le sont, ce qui n’empêche pas qu’on ne s’adresse à ceux qui ont le plus de réputation, surtout s’ils ont réussi dans la cure d’une maladie semblable à celle qu’on veut guérir.

Mais dès qu’il y a quelque soupçon que la maladie est causée par les inquiétudes de l’âme, qui soupire après quelque chose qu’elle souhaite, et qu’elle ne peut obtenir, soit qu’elle se soit manifestée par les songes ou non; si le malade ou ses parents se sont mis dans la tête que la maladie est l’effet d’un sortilège ou de quelque autre maléfice, c’est alors qu’ils ont recours à leur médecine surnaturelle, et qu’on met en œuvre les devins, lesquels ne manquent pas à se faire valoir dans ces occasions, et emp0loient toutes les forfanteries de leur art pour découvrir ou pour lever le charme qui donne la mort à celui qui il a été jeté.

(Tiré du livre Moeurs des Sauvages Américains, comparés aux mœurs des premiers temps, par Joseph-François Lafitau)

médicine chez les Indiens

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