Histoire du Québec

Massacre des Abénakis

Massacre des Abénakis

le 3 octobre 1759

Un des épisodes les plus sanglantes de la guerre qui aboutit à la perte du Canada pour la France, eut pour théâtre la seigneurie de Saint-François, où le peuple abénaki fut en partie massacré et leur village réduit en cendres par le major britannique Robert Rogers.

L’histoire commence le 24 août 1759. Ce jour-là, le capitaine Kinton Kennedy, du 17e régiment de Forbes, et le lieutenant Archibald Hamilton, du 31e régiment Royal, guidés par cinq indiens de la tribu des Loups, sont rencontrés dans le voisinage de Saint-François par un parti d’environ vingt Abénakis qui y faisaient la chasse.

Les officiers britanniques et leurs guides avaient fait route par le portage de la baie Missisquoi et les bois d’Yamaska. Ils étaient envoyés par le général Amherst avec instruction de promettre son amitié aux Sauvages de la rive sud du Saint-Laurent, s’ils consentaient à rester neutres, puis, en cas d’acceptation, d’aller avertir le général Wolfe à Lévis d’en tenir compte. Les ayant trouvé déguisés, les Abénakis soupçonnèrent que cette instruction était un prétexte et que les Britanniques étaient tout simplement porteurs de nouvelles entre Amherst et Wolfe.

Les Indiens feignirent de vouloir les guider, et, pour réussir à leur faire accepter leurs services, ils firent entendre aux Britanniques qu’il y avait un parti français dans les environs. Les deux officiers acceptèrent, mais ils ne tardèrent pas à s’apercevoir qu’ils étaient devenus prisonniers de leurs guides. Ils eurent beau faire des instances, offrir même de grosses sommes d’argent pour qu’on les menât au général Wolfe, les Abénakis restèrent incorruptibles. Ils furent conduits, non à Saint-François, mais aux Trois-Rivières, et livrés au gouverneur de l’endroit, qui les incarcéra à bord de la frégate du capitaine Canon. On trouva sur eux, outre l’instruction donnée par Amherst à Kennedy, deux boîtes de fer-blanc contenant des lettres adressées par des officiers de l’armée d’Amherst à des officiers de celle de Wolfe, où ils se félicitaient du succès de leurs armes (on trouver le texte de cette instruction, datée de la Pointe-à-la-Chevelure le 8 août 1759, dans le Journal de Nicolas Renaud d’Avène des Méloizes publié dans le Rapport de l’Arhiviste de la Province de Québec, 1928-1929, p. 67).

Montcalm écrivit aussitôt à Amherst qu’il avait le droit de traiter ces deux officiers comme des espions, puisqu’ils avaient été trouvés en état de déguisement, mais que cependant il se contenterait de les faire garder à vue et qu’il ne ferait aucune difficulté de les échanger avec d’autres prisonniers quand l’automne serait arrivé. Ils furent échangés, en effet, le 15 novembre suivant. Le gouverneur M. de Vaudreuil, informé de leur naissance et de leur grade, les avait fait élargir et traiter en officiers.

Le général Amherst connu le sort de ses deux messagers par la lettre de Montcalm, qu’il reçut le 10 septembre 1759. Il en fut exaspéré. Sachant que la plupart des guerriers abénakis étaient à combattre dans les rangs de l’armée française, il résolut de profiter de leur absence pour envoyer détruire leur village, ainsi que les établissements français de la rive sud du Saint-Laurent.

Le 13 septembre 1759, la veille de sa mort à la batailles des Plaines d’Abraham, il signait l’ordre suivant :

« Camp de Crown Point, 13 septembre 1759.

Au Major Rogers,

Tel que convenu hier, vous prendrez un détachement de 200 hommes sous votre commandement et vous procéderez, cette nuit, vers la baie Missisquoi et de là vous avancerez pour attaquer les établissements ennemis de la rive sud du Saint-Laurent, de la manière que vous jugerez la plus efficace pour défaire l’ennemi et pour assurer le succès et l’honneur des armes de Sa Majesté.

Souvenez-vous des barbaries commises par ces farouches ennemis indiens en chacune des occasions où ils ont eu l’opportunité d’infliger leurs infâmes cruautés aux sujets du roi, qu’ils ont maltraités sans merci.

Prenez votre revanche, sans oublier que ces scélérats ont assassiné sans égard les femmes et les enfants de tout âge. Mes ordres sont que les femmes et les enfants ne soient tués ou blessés. Lorsque vous aurez exécuté ces ordres, vous reviendrez au camp avec votre détachement, ou vous vous joindrez à moi là où sera l’armée.

Votre Jeff. Amherst. »

Roger reçut en même temps des instructions privées de marcher directement sur Saint-François. Il partit de Crown Point le soir même et se dirigea avec ses deux cents hommes vers la baie Missisquoi. Il réussit à déjouer la vigilance des patrouilles françaises qui sillonnaient le lac Champlain. Un soir qu’il campait sur la rive droite du lac, un baril de poudre fit explosion et blessa plusieurs de ses hommes, dont le capitaine Williams. Il les renvoya à Crown Point, avec quelques autres qui étaient tombés malades, une quarantaine en tout, et il continua sa route.

Arrivé à la baie Missisquoi, il y cacha ses barques et ses provisions de retour, laissant deux Iroquois pour les garder à vue, et il s’engagea dans les bois en direction de Saint-François, distant de plus de cent milles.

Il était à peine parti que les éclaireurs de Bourlamaque, campés à l’Île-aux-Noix, surveillant les opérations d’Amherst, découvrirent les dix-sept barques et le dépôt de provisions et s’en emparèrent. Devinant que le dessein des Anglais était de se rendre à Saint-François, sinon à Québec, Bourlamaque dépêcha immédiatement un courrier au gouverneur de Vaudreuil pour lui demander d’en avertir le village des Abénalis et de faire marcher un détachement à la rencontre de l’ennemi.

Il écrivit encire au chevalier de Lévis d’envoyer des secours à Saint-François. De Lévis pria alors M. de Longueuil, gouverneur de Trois-Rivières, de détacher des hommes vers le même endroit et de tout faire pour prévenir le dessein des Anglais. À la suite d’ordres donnés par M. de Vaudreuil, un corps de Canadiens choisis parmi les meilleurs se joignit aux Abénakis, et un autre corps semblable se joignit à ceux de Bécancour dans le même but. Ce n’est pas la faute de M. de Vaudreuil si ces détachements ne rencontrèrent pas celui de Rogers. On ne lui en a pas moins reproché sa conduite dans cette affaire.

Rogers était à environ quarante milles de Missisquoi lorsqu’il apprit par le deux gardiens iroquois que quatre cents hommes de Bourlamaque avaient découvert ses barques et ses provisions et que la moitié d’entre eux étaient à sa poursuite. Il en fut consterné. Alors il renvoya le lieutenant McMullen, qui s’était estropié, et six autres hommes à Crown Point, pour demander au général Amherst de faire transporter des vivres à la rivière Ammonoosic, à l’extrémité de Cohos Intervals sur la Connecticut, par où il se proposait de passer à son retour. Puis, prévoyant que l’alarme serait donnée et que d’autres partis viendraient peut-être à sa rencontre, il résolut de précipiter sa marche à travers la forêt, de manière à échapper à toute poursuite. La région qu’il traversa (apparemment, il passa sur les sites actuels de Bedford, Grandby, Action Vale) n’était que marécages, infestés par les moustiques, à tel point que pour pouvoir se coucher il fallait se faire des hamacs dans les arbres avec des branches de sapin. La fatigue devint si grande que quelques-uns de ses hommes durent rebrousser chemin.

Après dix jours de cette pénible marche, le 3 octobre, on atteignit la rivière Saint-François, à environ quinze milles en haut du village des Abénakis. Il y avait à cet endroit cinq pieds de profondeur et un courant très fort. Les plus grands des hommes firent la chaine dans l’eau, et de cette manière on traversa sur la rive droite. Quelques fusils furent perdus dans cette opération. Sur le soir, Rogers étant grimpé dans un arbre aperçut le village à environ trois milles. Il laissa son détachement se reposer, et à 8 heures, il prit avec lui le lieutenant Turner à l’enseigne Avery, pour aller faire la reconnaissance des lieux. Comme il approchait du village, un étrange spectacle s’offrit à sa vue : la tribu abénakise fêtait par une grande danse quelque guerriers de retour d’une excursion sanglante en Nouvelle-Angleterre, et des centaines de chevelures suspendues à des perches flottaient au vent. Il sentit la rage lui monter au cœur.

À deux heures de la nuit il était revenu à son détachement, et une heure plus tard il le mettait en marche. Arrivé à cinq cents verges du village, il allégea ses hommes de leurs bagages et les disposa pour l’attaque. Une demi-heure avant le lever du soleil, il fondait sur la place, à la fois par la droite, la gauche et le centre, il surprenait tous ses habitants dans le plus profond sommeil. Officiers et soldats attaquèrent avec tant de promptitude que les Sauvages n’eurent pas le temps de se ressaisir et de prendre les armes pour se défendre. Ils en massacrèrent un bon nom sur place et firent périr ceux qui cherchèrent à s’enfuir sur la rivière avec leurs embarcations.

Rogers prétend dans son Journal (p.147) qu’au moins deux cents Sauvages furent tués. Pontleroy écrivait pourtant à Bourlamaque, le 6 octobre 1759 : « Ils en ont tué une trentaine, les autres se sont sauvés dans le bois, à peu près même nombre de prisonniers, compris femmes et enfants ». (Archives canadiennes, Bourlamaque, vol. 3, page 159). Dans une lettre au roi, du 5 novembre 1759, Mgr de Pontbriand disait : « La mission des Sauvages abénakis de Saint-François a été entièrement détruite par un parti d’Anglais et de Sauvages; ils y ont volé tous les ornements et les vases sacrés, ont jeté par terre les hosties consacrées, ont égorgé une trentaine de personnes, dont plus de vingt hommes et enfants. » (Mandements des Évêques de Québec, II, 7-8). Dans son Journal, le général de Lévis dit que « les ennemis avaient tué quelques sauvages, femmes et enfants, et amené quelques prisonniers » (Collection des Manuscrits du M. de Lévis, I, 224).

En 1752, l’ingénieur Franquet compta dans le village 51 maisons, de forme carrés, construites en bois équarri et couvertes de planches et d’écorces en figure de tourelle, ainsi que 12 autres bâties à la française. Un peu après le lever du soleil, les Anglais mirent le feu à toutes les maisons, à l’exception de trois, où se trouvait du blé, qu’ils se réservèrent : plusieurs Sauvages qui s’étaient cachés dans les caves et les greniers moururent ainsi dans les flammes.

Ils incendièrent aussi le couvent des Jésuites et l’église de la mission, après en avoir pillé les objets précieux et profané les Saintes Espèces. Le père Aubery, qui avait bâti cette église, l’avait enrichie de très beaux ornements de drap d’or, de chandeliers de cuivre plaqués en argent, de devants d’autel d’une grande richesse, d’une bannière peinte, montrant d’un côté le Christ, de l’autre la Vierge Marie, de grandeur naturelle, le tout encadré d’une draperie faite à l’aiguille avec du fil d’or et d’argent. Ce tableau était un présent fait au père Aubery par la reine Marie Leczinska, femme de Louis XV. Il y avait aussi un devant d’autel brodé en laine, fait par une dame de la cour de Louis XIV (mais c’est le seul objet qui fut sauvé dans l’incendie de 1759, d’après Maurault, Histoire des Abénakis). Il y avait un reliquaire contenant une chemise d’argent et une petite statue de Notre-Dame-de-Chartres en argent massif, dons des chanoines de Chartres à la mission (Abbé Jacques Paquin, « Mémoires sur l’Église du Canada, Manuscript aux Archives canadiennes, 414, 424).

(Quant à la statue, les gens de Rogers l’emportèrent en Nouvelle-Angleterre. L’historien Parkman, qui a beaucoup cherché à la retracer, n’y pas réussi. On raconte que, se sentant harcelés de près par les Abénakis qui les poursuivaient, les soldats enfouirent les objets précieux qu’ils portaient, dans le haut de la rivière Saint-François. Le « trésor des Américains » a souvent été cherché depuis. Vers 1850, un vieillard nommé Laboucane, s’en occupait encore activement (Benjamin Sulte, Histoire de Saint-François-du-Lac). On a retrouvé un encensoir, en 1827, sur une île de la rivière Watopeka, là où celle-ci se jette dans le Saint-François, à Windsor Mills, mais on l’a perdu, après l’avoir conservé longtemps. Vers 1838, une image de saint fut trouvée près de l’entrée de la rivière Magog. Ayant su où elle était cachée, un nommé Robert Orne, du Vermont, en fit l’acquisition et la donna au prêtre qui se trouvait alors à Sherbrooke. Ces deux articles étaient de cuivre doré ou bronzé. On assurait que cette image avait été abandonnée par les soldats de Rogers, et on croyait qu’il en était de même de l’encensoir – d’après Lettre d’un monsieur E. Harrington, de Magog, à Louis Gill, 15 novembre 1869, conservée dans les Papiers Vassal, au Séminaire de Nicolet et citée par Thomas-M. Charland dans l’Histoire de Saint-François-du-Lac, publiée en 1942).

Vers sept heures toute l’affaire. Une vingtaine de femmes et d’enfants avaient été faits prisonniers. Rogers en relâcha quinze, pour n’amener que des garçons et trois filles. Il avait aussi retrouvé cinq captifs anglais, qu’il prit sous ses soins. Sept de ses hommes avaient été blessés, dont un seul grièvement, le capitaine Amos Ogden, et de plus un des Sauvages de Stockbridge qui l’accompagnaient avait été tué.

Ayant appris par ses prisonniers qu’un parti de trois cents Français et de quelques Sauvages se trouvait à quatre milles en bas de la rivière et qu’un autre parti de deux cents Français et de quinze Sauvages remontait la rivière Yamaska, Rogers mit aussitôt son détachement en marche pour retourner en suivant la rivière Saint-François. Huit jours après, il atteignait le lac Memphrémagog. Les provisions étant presque épuisées, il divisa ses hommes en petites bandes, pour qu’ils pussent se procurer plus facilement de la nourriture par la chasse. Ce fut pour leur malheur.

En effet, Rogers était à peine parti de Saint François que quelqu’un courut à Trois-Rivières avertir M. de Longueuil de ce qui venait de se passer. Le gouverneur rassembla immédiatement une soixantaine de soldats et miliciens de la ville et de la Pointe-du-Lac pour les lancer à la poursuite de Rogers. Il mit à leur tête l’intrépide Jean-David Dumas, commandant en chef des milices canadiennes, qui se trouvait à Trois-Rivières à ce moment-là. Ils partirent le jour même pour Saint-François, et, le lendemain, ils décidèrent à les accompagner les quelques Abénakis qui avaient survécu en s’enfuyant dans les bois. Il y avait deux jours que Rogers avait divisé son détachement en petites bandes, quand ils atteignirent celle de l’enseigne Avery. Ils firent sept prisonniers, dont deux leur échappèrent la nuit même. Un peu plus tard ils rejoignirent une autre bande d’environ vingt hommes (trente-un hommes, au dire de Nicolas Renaud d’Avène des Méloize dans son journal. Rappel de l’Archiviste de la Province de Québec, 1928-1929, p. 83), conduits par les lieutenants Dunbar et Turner, qu’ils tuèrent ou capturèrent presque tous. Ils ne purent rattraper Rogers lui-même, qui finit par se rendre à Number 4 au prix de misères inouïes.

De son côté, le gouverneur M. de Vaudreuil, prévenu du coup de Rogers par cinq Sauvages blessés qui s’étaient traînés jusqu’à Montréal (un Sauvage et une Sauvagesse blessé, écrit l’intendant Bigot à M. de Lévis, Collection des Manuscrits de M. de Lévis, IX, p. 63), avertit Bourlamaque de laisser embusqué à la baie Missisquoi son détachement de quatre cents hommes et lui envoya même un renfort d’Algonquins, d’Abénakis et d’Iroquois, et le pria de continuer la recherche par terre et par eaux. Comme on craignant par ailleurs que Rogers ne se retirât vers Québec, M. de Lévis envoya un détachement pour lui couper la route (Mémoire du Chevalier de la Pause, cité dans Rappel de l’Archiviste de la Province de Québec, 1931-1932, p. 103).

Le 2 novembre 1759, cinq hommes de Rogers, qui s’étaient égarés, furent capturés sans peine dans le fort de Missisquoi par trois Abénakis « moins poltrons que les autres » (Bourlamaque à M. de Lévis, Collection des Manuscrits du M. de Lévis, V, p. 77). Ils avaient laissé derrière eux dix autres hommes, dont quatre se mouraient de faim et de misère (Journal de Renaud d’Avènes de Meloizes, Rappel de l’Archiviste de la Province de Québec, 1928-1929, p. 84).

Quelques jours plus tard, des Abénakis et autres Sauvages rencontrèrent cinq autres hommes de Rogers avec une Sauvagesse prisonnière. Ils trouvèrent sur deux d’entre eux de la chair humaine, celle d’un petit Sauvage qu’ils avaient tué pour se nourrir. Ils les égorgèrent sur-le-champ, les scalpèrent et revinrent avec les trois autres prisonniers.

C’est sans doute à ce dernier épisode que se rapporte une tradition conservée dans la famille Gill, et, comme tant d’autres, corrompue avec le temps. On sait que parmi les prisonniers amenés par Rogers se trouvaient la femme de Joseph-Louis Gill, nommée Marie-Jeanne, fille du grand chef abénakis, et leurs deux enfants, Antoine et Xavier. Le juge Gill écrit à ce propos : « L’on rapporte que les gens de Rogers manquant de vivres, les Sauvages ennemis qui accompagnaient les Anglais, tuèrent la mère, firent bouillir ses chairs dans une marmite, en mangèrent et en firent manger à ses deux enfants. Ce fait était affirmé par tous les anciens de la famille qui j’ai connus dans mon enfance; il est bien certain dans tous les cas que cette première femme de Joseph-Louis Gill mourut durant sa captivité. »

Quant au petit Antoine Gill, il fut amené jusqu’à Charlestown par Rogers. Il y retrouva l’ancienne captive de son père, madame Johnson. Il fut libéré dans la suite, on ne sait trop comment, peut-être par les Abénakis eux-mêmes. En effet, au début de l’été de 1760, quelques guerriers Abénakis opérèrent une descente sur Charlstown, pour venger l’expédition de Rogers contre leur village. Ce fut un mince succès. Ils firent quatre prisonniers : un nommé Johnson, beau frère de madame Johnson, Joseph Willard, son cousin, et deux enfants. Ces derniers moururent dans la forêt, par suite des fatigues du voyage. Johnson et Willard furent amenés à Montréal, mais ne tardèrent pas à être remis en liberté.

D’après un extrait d’un journal du temps, les Abénakis massacrèrent en tout une quarantaine des hommes de Rogers et ramenèrent dix prisonniers dans leur village, où quelques-uns furent victimes de la fureur des femmes sauvages, malgé les efforts des Canadiens pour les sauver (Brodhead-O’Callaghan).

La conquête du Canada qui s’achevait mit un terme aux expéditions des Abénakis contre la Nouvelle-Angleterre.

Sources (autres que citées dans le texte) :

Thomas-M. Charland, Histoire de Saint-François-du-Lac, publiée en 1942. Collège Dominicain, 95 Avenue Empress – Ottawa).

Journal of Major Rogers (Londres, 1765)

The Journal of Jeffrey Amherst.

Mémoire du Canada, 1770

Le juge Gill, Notes historiques.

Journal de Lévis (Collection des Manuscrits du Maréchal de Lévis).

L’écrivain américain Kenneth Roberts a fait un récit romance de cette expédition de major Rogers contre le village des Abénakis de Saint-François, dans Northwest Passage. C’est d’ailleurs de ce livre que s’est inspirée la Compagnie Metro-Goldwin-Mayer pour monter, en 1939, le grand film en couleur qui porte le même titre. La compagnie avait d’abord pensé à tourner le film sur les lieux mêmes où s’est déroulé le fait historique, mais des photographies prises par ses experts et rapportées au studio d’Hollywood révélèrent que la contrée avait trop changé d’aspect. D’ailleurs on jugea impraticable d’amener à Saint-François, pour des mois, les grands acteurs et tout le personnel requis que devait être celui de l’histoire. On choisit un coin d’Idaho, ressemblant à ce que devait être celui de l’histoire. Un article du magazine Maclean’s du 15 janvier 1940, « From Quebec to Idaho », par Leslie Roberts, donne une idée de ce qu’on a mis en œuvre pour monter ce grand film.

Abénaquies massacre des hurons par les iroquois

Massacre des Hurons par les Iroquois

Massacre des Hurons par les Iroquois, gravure de l’époque