Histoire du Québec

Mariage contesté

Un projet de mariage contesté

Cela est arrivé en février 1664.

Pierre Martin est sur le point de se marier. Selon la tradition, les bans sont publiés, mas son curé, Henri de Bernières, demande au tribunal d’interdire à Martin de réaliser son projet et il suspend la publication des bans.

Natif de Caen (Normandie) vers 1635, Henri de Bernières est le tout premier curé de la paroisse Notre-Dame de Québec et le premier supérieur du Séminaire de Québec. Arrivé en juin 1659, il décédera en 1700. Puisqu’il y a trois Pierre Martin vivant à Québec au moment du procès, il est impossible de préciser lequel est impliqué dans cette affaire.

Le 8 février 1664, le curé présente l’ensemble des raisons l’amenant à justifier sa démarche. La cause principale est qu’il est informé que « ledit Martin tombait du mal caduc » (épilepsie) et, avant qu’il ne soit trop tard, il fallait prendre les mesures appropriées. Dans son plaidoyer, le curé se demande même « s’il ne serait pas plus expédient (convenable) de renvoyer en France semblable personne ». Pourquoi? En raison des grands dangers qu’ils courent en ce pays à causes des eaux et des neiges et du feu comme l’on a déjà vu arriver. »

Nul doute que le curé fait référence à des incidents malheureux survenus à d’autres souffrant du même mal. Confirmant que ce comportement ne constitue pas un empêchement ecclésiastique dans le cas d’un mariage de Bernières termine en rappelant que « de telles maladies ne pouvant être reçues (traitées) aux hôpitaux, il est très difficile de les secourir dans un pays qui ne fait que commencer ».

Le curé fait ensuite comparaître deux témoins : Jean et François Pelletier. Qu’ont-ils à déclarer& François confirme que Martin « était encore hier au soir tombé du mal caduc et que s’était pour la cinquième fois venues à sa connaissance ».

Martin est invité à témoigner. Il se contente de faire une brève et candide déclaration: il n’a pas eu connaissance d’avoir subi une crise d’épilepsie la veille et, si c’est le cas, il ne s’en souvient pas. »

Que décide la cour? Le Conseil « permet audit Martin de se marier et ce pays si bon lui semble et ordonne que s’il récidive à tomber dudit mal caduc, que pour les raisons ci-dessus, il sera obligé et sa femme de repasser en France ».

Le retour forcé en France semble une mesure draconienne, mais les autorités de l’époque l’imposent à certaines catégories de personnes, dont celles souffrant de maladies graves. Le pays est naissant, tout est è faire et on n’a visiblement pas l’argent, ni le temps de s’occuper des individus non productifs. D’ailleurs, en octobre 1663, le Conseil souverain émet une ordonnance à ce sujet:

Il a été résolu que les hommes de travail venus dans les vaisseaux de sa Majesté, tant cette année que l’année dernière, lesquels ont été distribués aux habitants, seront obligés de servir trois ans lesdits habitants, après lequel temps ils seront libres de séjourner au pays (…) et au regard des personnes incapables de travailler au défrichement des terres ou autrement inutiles au pays, infirmités naturelles, maladies (…) seront renvoyées en France le plus tôt que faire se pourra et leurs passages payés par des deniers publics.

Par Guy Giguère, la Scandaleuse Nouvelle-France, histoires scabreuses et peu édifiantes de nos ancêtres, 1958.

mariage contesté rue sous le capIllustration : Histoire-du-Québec.ca