Histoire du Québec

Le luxe de la lingerie

Le luxe de la lingerie

(Publié le samedi 5 février 1921, ce texte a été rédigé par Micheline pour le journal Le Canada.)

Le luxe de la lingerie s’accroit de jour en jour, malgré la hausse des prix qui atteint les tissus légers employés pour cette partie de la toilette féminine. Toutes les femmes, même celles dont le budget est très restreint et commande d’attendre des jours meilleurs de baisse, ne résistent pas au plaisir de porter du linge fin, fin délicatement orné. D’ailleurs, beaucoup, même parmi les plus mondaines, prennent plaisir à confectionner elles-mêmes toutes les pièces de leurs trousseaux. C’est un travail délicat, où le goût personnel entre pour beaucoup qui procure un réel soulagement à la bourse.

On semble préférer, en ce moment, le linge de couleur au linge blanc, mais, à mon avis, ce dernier reste, malgré tout le plus joli et le plus classique, l’autre sera toujours de la fantaisie.

Puisque la mode est à cette fantaisie ne manquez pas de vous l’offrir, mesdames, jusqu’à ce que le caprice en soit passé.

Les tissus employés sont le voile de coton ou de soie, le crêpe de Chine et même la mousseline de soie. La batiste mercerisée est azzes prisée également pour la lingerie de tous les jours. Les parures du soir, ou des toilettes habillées, exigent plus de luxe.

Comme nuances, les teintes claires: bleu, rose, mauve, citron, à moins qu’on n’ait un goût prononcé pour le noir qui est le comble de la fantaisie, mais a pour les peaux blanches le grand avantage de les faire plus blanches encore.

Les formes varient peut. La chemise très courte, adopte le plus souvent la forme Empire, avec épaulettes de ruban; elle est parfois arrondie devant et derrière avec courte ouverture de chaque côté. Le pantalon très court aussi, doit s’assortir exactement à la chemis quant à la forme et à la garniture. Il est chic d’avoir toute la parure assortie: chemise, pantalon, combinaison, chemise de nuit. Quelques personnes préfèrent la combinaison chemise-pantalon aux deux pièces séparées. Les deux se font, ce n’est donc qu’une affaire de goût.

Comme garniture nous préconisons les jours, comme très jolis, très pratiques, très solides, et se prêtant à mille combinaisons gracieuses. On arrive avec les jours, à faire de véritables dentelles, qui ont un immense avantage sur celles-ci, parce que, au lavage, ils ne compliquent pas le travail et restent toujours aussi nets.

Les petits ruches de ruban comète, les guirlandes de fleurs rococo, se voient sur la lingerie habillée, mais, à notre avis, rien ne vaut une ornementation sobre et simple.

Les robes d’intérieur, vêtement si agréable à porter, et qu’on peut faire aussi élégant, aussi vaporeux que possible, pourront, même pour l’hiver, être composées d’un tissu léger, grâce aux paletots de fourrure dont on peut les accompagner. Un de ces paletots est tout en lapin blanc, s’arrêtant un peu au-dessous de la taille, avec un grand col châle, des manches longues, larges, à grands parements.

Il est vrai que la fourrure atteint des prix fabuleux, bien qu’on annonce une baisse considérable… Que je voudrais voir ces espérances se réaliser enfin1 Mais pour celles qui doivent renoncer à la tentation, il est heureusement de charmants vêtements qui remplaceront tout-à-fait joliment la fourrure inabordable, je veux parler des ravissants paletots de laine dont on ne saurait plus se passer depuis qu’on a su leur donner tant de grâce et d’élégance.

Là encore, les doigts de fées de nos lectrices peuvent se mettre à l’oeuvre, car avec un peu d’imagination, du moment qu’on connaît la technique du tricot, on peut varier ses modèles à l’infini, aussi bien que la combinaison des nuances.

Celles qui ne voudraient pas, ou ne pourraient consacrer quelques heures à l’exécution de leurs sweaters, en trouveront de charmants dans tous les magasins et dans toutes les maisons de couture, tant cette mode s’est répandue dans tous les mondes.

Micheline.

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