Histoire du Québec

Littérature québécoise (XIXe et XXe siècles)

Littérature québécoise (19 et 20 siècles)

Tout au long du XIXe siècle, la population du Bas-Canada est essentiellement rurale et le recensement de 1871 l’estime à 77%. Cette proportion passe à 66% vers la fin du siècle. Dès 1901 (36% des habitants du Québec habitent en ville cette année-là), grâce à l’industrialisation, l’urbanisation avancera à grands pas. Dès 1921, le phénomène urbain franchit une étape cruciale : pour la première fois, la population urbaine du Canada français est plus importante que celle des campagnes.

Les productions littéraires de l’époque passent pourtant sous silence cette grande mutation économique et sociale. Projection d’un idéal de continuité éloquemment exprimé par les voix de Maria Chapdelaine, pourté par l’idéologie du terroir, et soutenu puissamment par l’Église, le roman de la terre est conçu pour résister aux forces du progrès. Poésie, essai et roman s’inscrivent dans un courant esthétique appelé « terroirisme » ou « agriculturisme » qui soutient une propagande idéologique en faveur de la colonisation du Grand Nord.

C’est en connaissance de cause que l’Église favorise le roman de la terre dans la littérature québécoise : elle peut ainsi contrôler mieux ses ouailles. Il n’est donc pas étonnant que Lionel Groulx et Félix-Antoine Savard soient devenus les principaux chantres de ce genre.

Mais cette idéologie du terroir est un écran qui ne reflète pas les réalités de l’époque. Cette littérature sépare de façon radicale deux modes de vie, idéalisant à outrance la vie des champs et condamnant à l’excès la vie citadine. Cette littérature nie toute interaction entre ces deux réalités que favorisent les nouveaux modes de transport – trains et automobiles. Les tenants de cette idéologie ignorent le fait que l’industrie et la colonisation peuvent faire bon ménage et que les routes et les chemins de fer relient désormais la campagne et la ville.

Longtemps vue comme un lieu d’infamie et de corruption – sorte de repoussoir qui mettrait la campagne en valeur, la ville tarde à prendre sa place dans le champ littéraire au Québec. Ce n’est qu’avec Les Demi-civilisés de Jean-Charles Harvey qu’un décor urbain apparaît pour la première fois dans l’univers romanesque. Il s’agit cependant d’un milieu factice où la petite bourgeoisie urbaine s’agite dans l’hypocrisie et le mensonge. La ville reste le lieu de déchéance qu’elle a toujours représenté dans le roman du terroir.

En fait, la ville reste le lieu de déchéance qu’elle a toujours représente dans le roman du terroir.

C’est avec Au pied de la Pente Douce de Roger Lemelin que la ville fait vraiment son entrée dans la littérature canadienne-française. Elle y est décrite comme une paroisse ou un village transplanté en milieu urbain.

La ville devient par la suite un élément essentiel dans le roman, et les romanciers portent sur la ville un regard empreint de réalisme. C’est ainsi que Gabrielle Roy décrit les profondes mutations qui bouleversent la société. La ville est considérée comme un univers carcéral qui ne laisse aux jeunes et aux vieux d’autres choix que l’enrôlement dans l’armée et la participation à la guerre. La déchéance de la classe ouvrière canadienne-française qui a du mal à s’adapter au milieu urbain devient le sujet de prédilection.

Le succès de Un homme et son péché, paru pourtant en 1933, comme celui du Survenant, en 1945, tant en librairie que dans les autres médias, montre que les récits du terroir gardent toujours la faveur populaire.

Il faudra attendre jusqu’aux années 1960 avant que les écrivains ne s’engagent à leur tour dans cette voie.  Le thème consacré de la vie rurale, avec son organisation et son idéologie libéraliste, tombe en désuétude.

Le roman de l’après-guerre, à l’encontre des autres genres, se défait difficilement du moule séculaire de la tradition qui a été le sien. Même la problématique sociale des années 1940 et 1950 semble reléguer vers une zone grise des romanciers qui privilégient le roman traditionnel. Plus tard, roman psychologique représenté par André Giroux, André Langevin ou Françoise Loranger, s’inscrit dans la foulée du roman de mœurs. Il décrit l’aliénation de de ses héros. Le contexte socioéconomique dans lequel évolue la littérature se développe et la littérature change avec la société…

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Tu aimes trop la littérature, elle te tuera et tu ne tueras pas la bêtise humaine (Lettre de George Sand à Gustave Flaubert)

Pour compléter la lecture  sur la littérature québécoise :