Histoire du Québec

Les curés en Nouvelle-France

Les curés en Nouvelle-France

La religion en Nouvelle-France occupe une place centrale. La vie spirituelle passe d’abord par l’arrivée des ordres religieux : jésuites, récollets, sulpiciens, ursulines, sœurs grises, dames de la Congrégation.

Ces missionnaires se préoccupent de la conversion des peuples autochtones, mais ils étendent leur influence aux secteurs de l’éducation et des soins aux malades.

À partir de 1674, Mgr de Laval est désigné premier évêque de Québec, qui développe des paroisses, sorte d’institutions juridiques qui sert de fondement à la gestion du civil et du militaire. En 1760, au moment de la chute de la Nouvelle-France, on en comptera plus d’une centaine. L`État se fait l’allié de cette église triomphante en y voyant, à juste titre, le gage d’une certaine stabilité sociale.

À la tête de chaque paroisse siège le curé qui doit célébrer les offices, présider la Fabrique, tenir les registres d’état civil et, en l’absence de personnes compétentes, rédiger des contrats de mariage et des testaments.  Il baptise chaque nouveau-né et cet acte doit se faire dans les jours qui suivent la naissance.

Le mariage et le décès sont les deux rites qui font l’objet d’un code de procédures très élaborées.

Le curé doit prier pour le roi, pour le seigneur de la seigneurie et pour sa famille. C’est le paroissien qui est tenu d’entretenir son curé par la dîme.  D’ailleurs, afin d’asseoir l’autorité du curé, chaque paroissien est assujetti à un code de pratique religieuse.  D’abord, chaque nouveau-né doit obligatoirement être baptisé afin d’entrer dans l’Église catholique.  Cela doit se faire dans les jours qui suivent la naissance.

C’est le curé qui assure que les enfants reçoivent l’Eucharisties. La confession, au moins une fois l’an, est requise.  Dans les cas de fautes majeures, le confesseur peut imposer des pénitences publiques.

L’année est ponctuée de journées où l’on doit faire pénitence, soit en évitant la viande, soit en pratiquant le jeûne qui ne permet qu’un repas par jour. De même, en plus du repos obligatoire le dimanche, plus d’une trentaine de fêtes religieuses imposent l’inaction aux paroissiens. Ainsi, le nombre de jours dans l’année consacrés à la pratique religieuse a de quoi surprendre.

En Nouvelle-France, un curé typique menait une vie d’ascète, pratiquant une frugalité extrême dans ses repas, prolongeant ses veilles jusqu’à onze heures du soir et couchant parfois par terre. Deux fois par jour il réunissait ses fidèles à l’église pour les prières. Après celle du soir, le curé expliquait aux paroissiens le catéchisme et leur faisait chanter des cantiques. Chaque soir il y avait salut du Saint Sacrement. Plusieurs prêtres voulaient rendre la cérémonie plus solennelle en invitant les curés voisins et en faisant donner un sermon le matin et une conférence le soir.

Le dimanche, le curé disait une première messe (quand les paroissiens étaient en nombre suffisant), puis il allait chanter la grand’messe à la paroisse.

Le curé s’attaquait à l’ivrognerie, vice invétéré par les « Sauvages » et, malheureusement, entretenu chez eux par les Canadiens qui leur vendaient de la boisson. Il luttait contre les cabarets dont la vue l’agaçait beaucoup et avec raison, peut-être, parce que, nature sensible à l’excès, c’est avec beaucoup de répugnance qu’il se résignait à l’ivrognerie…

Le curé ne refusait pas les dîmes quand on les lui portait, mais il ne les exigeait pas. Il percevait les revenus et en rendait compte devant l’évêque.

Si un curé ne pouvait plus dire de messe ni de bréviaire, à cause de la maladie d’yeux ou de la vieillesse, il confessait des paroissiens, s’il avait les oreilles encore bonnes…

Les saisons d’hiver ne se prêtaient pas aux longs sermons. Voici un extrait d’une lettre adressée à Mgr Plessis par M. Ciquard, curé de Saint-François : Je ne puis les retenir longtemps à l’église à cause du froid, mais je réserve de me dédommager et de les dédommager aux jours moins froids et plus longs, surtout au carême, où je serai presque toujours pour cela ».

Après la Conquête, le gouverneur Haldimand s’opposait systématiquement à l’immigration de prêtres français et ceux-ci se rendaient parfois au pays déguisés sous un accoutrement de marchands. Découverts, ils recevaient l’ordre d’aller prendre le premier bateau en partance pour l’Europe. Quelques-uns, las d’attendre pendant tout l’hiver, se sauvaient à travers les bois et revenaient à Montréal. Appréhendés de nouveaux, on les envoyait sous bonne garde à Québec, d’où ils repassaient en Europe ou ils étaient conduits à la frontière avec les États-Unis.

Mais au début du XIXe siècle, il y avait beaucoup de curés français exilés au Bas-Canada, chassés de leur pays par la Révolution. Par exemple, à cette époque le district des Trois-Rivières comptait tellement de curés français qu’on appelait ce coin du pays la Petite France.

Les gens ont leurs faiblesses et le zèle que déployèrent les curés trop généreux ne furent pas couronnés d’un plein succès.

Ainsi, plusieurs ne manquaient pas de sévérité. Voici un témoignage du curé Théophile Dugast, curé d’Yamaska, cité dans Histoire de Saint-François-du-Lac de Thomas-M. Charland) : « On me trouve un peu strict, et cela doit être, car tout était si relâché. Les gens ne sont pas dociles ni religieux ici … malgré tout ce que j’ai pu dire ou faire, plusieurs ne sont pas encore venus à confesse, sachant que je ne suis pas si facile que M. Brouillet (le curé antérieur) qui recevait tout. J’ai de bons et braves Français, mais j’ai bien de la racaille, des gens de mauvaise tête, sans foi et sans religion. Un bon nombre commence maintenant à faire carême, mais je ne puis venir à bout d’en convaincre et d’y engager plusieurs : ils s’imaginent le faire, quoi qu’on leur dise, et croient faire beaucoup, n’ayant jamais fait autrement, de faire trois jours maigres et trois jours gras par semaine, ne comptant pas le dimanche, c’est-à-dire ajoutant seulement le mercredi au cours ordinaire de l’année.  Il y en a bien qui ne paient aucune dîme et beaucoup d’autres la fraudent ».

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Une église

« La prière est une rosée embaumée ; mais il faut prier avec un coeur pur pour sentir cette rosée.  »
Jean-Marie Vianney (1786-1859), saint Curé d’Ars. Photo : © Histoire-du-Quebec.ca

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