Histoire du Québec

Journal pittoresque du capitaine Cook

Journal pittoresque du capitaine Cook

L’éminent navigateur anglais James Cook couvrit davantage de milles marins, découvrit plus de terres qu’aucun des explorateurs de son époque. Il n’avait rien du marin hâbleur et il dut en fait ses succès d’explorateur à son calme et à sa compétence. A une époque où le lignage jouait encore un grand rôle dans la Marine britannique, Cook fut un des premiers à bâtir sa carrière sus sa valeur personnelle. Apprenti épicier, il s’engagea dans la Marine comme simple matelot et reçut un brevet d’officier deux ans plus tard. Le biographe James Boswell s’étonne de ce que cet homme « sérieux et pondéré », qui possédait comme épouse « une femme convenable et rondelette » se préparait à mettre à la voile pour un tour du monde. Mais il réalisa cette circumnavigation et prouva ses qualités de superbe marin et de chef; il démontra qu’il était aussi un observateur scientifique très perspicace. Dans chacun de ses trois voyages, il emmena avec lui au moins un savant et un artiste; de plus, il tint son propre journal. Onze années de voyages, qui lui firent parcourir des centaines de milliers de milles, sont retracées méticuleusement dans ses volumes de notes, dont nous donnons ici quelques extraits.

Le premier voyage : L’union de la science et de la découverte

Au cours de son premier voyage (1768-1771), Cook doubla le cap Horn, relâcha à la Terre de Feu et gagna Tahiti. Lancé à la recherche du légendaire continent austral, il découvrit la Nouvelle-Zélande et l’Australie et, échappant de peu à un naufrage, effectua un relevé des côtes de ces terres.

Terre de Feu, 11-16 janvier 1769 : A 8 heures du matin. Vu la côte de la Terre de Feu. Nous avions un fort courant contraire et une très forte mer. J’ai pensé qu’un séjour au mouillage serait risqué. Toutefois, j’ai expédié une embarcation à terre. Elle nous ramena diverses plantes et fleurs, inconnues en Europe pour la plupart. Hissé l’embarcation et remis à la voile.

Amené les embarcations et mouillé! Ce faisant, je me suis rendu à terre pour chercher un point d’eau et parler aux indigènes; 30 à 40 d’entre eux étaient assemblés sur la plage. Leurs huttes sont en forme de ruche d’abeilles, ouvertes du côté où ils font leur feu.

Faites de petites pièces de bois, ces huttes sont recouvertes de branchages et de hautes herbes, qui ne les abritent pas des intempéries. Ces gens vivent surtout de coquillages. Leurs flèches sont barbelées, parfois avec du verre, et nous vîmes plusieurs morceaux de verre chez eux ainsi que d’autres objets européens, ce qui prouve qu’ils remontent parfois dans le nord car aucun bateau ne semble avoir visité la région depuis quelques années.

D’ailleurs, la vue de nos armes à feu ne les a pas surpris. Ils n’ont pas de bateaux et rien qui puisse leur permettre d’aller sur les eaux. Nous n’avons pas de bateaux et rien qui puisse leur permettre d’aller sur les eaux. Nous n’avons pas réussi à savoir s’ils avaient un chef, un mode de gouvernement et ils n’ont pas d’ustensiles. En un mot, ils constituent peut-être le lot le plus misérable d’humains que la terre connaisse aujourd’hui.

Aperçu des albatros et des pétrels et le matin revu des pétrels et des phaétons. Ni les pétrels ni les albatros n’ont jamais été signalés loin de terre. A midi, aperçu un oiseau ressemblant à un fou… Un bon vent réglé et beau temps. A midi, aperçu un large vol d’oiseaux au dos brun, un ventre blanc; ils font le même bruit que les étourneaux et sont de la même forme, quoiqu’un peu plus grands. Aperçu également des puffins noirs et plusieurs albatros… A 18 heures 30, aperçu une petite île dans le nord. Elle possède quelques arbres, mais pas d’habitants, et des oiseaux, raison pour laquelle on l’appelle Bird island (île aux oiseaux).

Indiens Terre de feu

Les habitants de la Terre de feu se serrent autour du feu. Village indien de la Terre de Feu, gravure de S. Parkinson, tirée de A Journal of a Voyage to the South Seas, in His Majesty’s Ship The Endeavour, Londres, 1773, section de livres rares.

Tahiti, 13 juillet 1769 : Les Tahitiens sont de diverses couleurs. Ceux de la catégorie inférieure, qui s’exposent beaucoup au soleil, sont très sombres de peaux.. Ceux de la catégorie supérieure qui restent la plupart du temps à l’abri, ne le sont pas. Leurs cheveux sont presque toujours noirs et les femmes les portent courts. Elles ot de belles dents blanches, de gros ne épatés et des lèvres épaisses. Leur comportement, envers les étrangers et entre eux, est aimable et franc , dénué de toute traîtrise, mais ils sont très voleurs.

Endevour

Un croquis de l’Endeavour, le plus célèbre des navires de Cook. Crédit photo : captcook-ne.co.uk.

Séparées les unes des autres, les maisons sont toujours sous la verdure et ne comportent pas de murs, de sorte que l’air rafraîchi par les arbres puisse circuler librement. Supporté par des piliers, le toit est soigneusement recouvert de feuilles de palme. J’ai dit que les maisons n’avaient pas de murs, mais il s’agit là d’une généralisation, car nombre d’entre elles ont des murs faits d’osier tressé d’une façon assez lâche pour laisser passer l’air.

Lorsque l’on pense aux outils avec lesquels ces gens sont appelés à travailler, on ne peut qu’admirer leur maîtrise. Ils ont des herminettes et des petites haches de pierre, des ciseaux et des gouges en os humains, un des os de l’avant-bras en général; des clous à large tête remplacent assez souvent ces instruments. Avec ces outils, qu’un Européen briserait au premier emploi, je les ai vus travailler à une vitesse étonnante. Pour aplanir ou poncer leur ouvrage, ils se servent d’une pierre ronde, de coraux écrasés allongés d’eau.

L’arbre à pain ne porte des fruits que pendant 8 ou 9 mois, et les indigènes doivent se constituer des réserves pour une certaine période de l’année. Les fruits sont donc amassés en tas et ils subissent une fermentation. La partie centrale du fruit est alors enlevée et le reste jeté dans un trou; le produit y subit une seconde fermentation, ce qui lui assure une conservation d’une durée de 10 à 12 mois. Pour l’utiliser, ils en font des boules qu’ils enrobent dans des feuilles et mettent au four.

Nouvelle-Zélande. Du 4 au 12 novembre 1769 : Au matin, plusieurs pirogues venant de tous les points de la baie nous ont rendu visite, avec une centaine d’indigènes à bord. Ils semblaient vouloir nous attaquer, car ils étaient tous armés. Toutefois, après avoir paradé autour du navire pendant prèes de trois herues, par moments échangeant des objets avec nous et à d’autres nous dupant, ils se sont dispersés, mais non sans que nous ayons tir. Quelques coups de mousqueterie. Il est surprenant de voir que chez des peuplades aussi guerrières on ne trouve ni arcs et flèches, ni frondes. Ils utilisent de longs épieux, dont le manche a près de 1,50 m de long et ils se servent adroitement de leurs armes.

Nouvelle-Zélande, 31 mai 1770 : Les indigènes sont bien bâtis et actifs; ils ont apparemment une bonne santé et nombre d’entre eux vivent assez vieux. Les hommes âgés et les hommes d’un certain âge portent pour la plupart des marques ou des tatouages noirs sur le visage; nous en avons vu aussi qui portaient des tatouages sur le postérieur, les cuisses et d’autres parties du corps, mais le cas est plus rare.

Les figures utilisées sont des spirales, dessinées avec le plus grand soin et se rattachant les unes aux autres. J’en conclus qu’il faut parfois des années pour terminer l’opération. Le tatouage doit être extrêmement douloureux.

Oiseau phoeton

Croquis d’un oiseau phaéton pris du bâtiment de Cook. Aquarelle de Sidney Parkinson.

Australie. 11-12 juin 1770 : Vu deux petites îles et croisé au large. Quelques minutes avant 11 heures le navire touche. Nous découvrîmes que nous avions donné sur un récif de corail. Nous jetâmes par-dessus bord les bouches à feu, le lest en fer et en pierre, des barriques, des cercles et cerceaux (de mâts), des jarres d’huile, des approvisionnements avariés, etc. Vers 10 heures 20 du soir, le navire se remit à flot, nous avions alors plus d’un mètre d’eau dans la cale… Amené l’étrave près du rivage à 8 heures, ce qui nous permit d’examiner la voie d’eau. La coque était trouée comme par un outil à bord franc…

Kangourou par Parkinson

Les indigènes appelaient cette créature kangourou. Gravure de Sidney Parkinson.

Australie. 23 juin – 15 juillet 1770 : J’ai envoyé trois hommes dans l’intérieur pour tirer des pigeons… Ils nous en ramenèrent environ une demi-douzaine. Un des hommes aperçut un animal de la couleur d’une souris, très fin et rapide. Ce matin, j’ai vu un de ces animaux; il a la taille d’un lévrier adulte; il en a les formes et une longue queue… Je l’aurais pris pour un chien sauvage si ce n’était sa démarche ou sa course qui le faisait bondir comme un lièvre ou un daim. Si l’on excepte sa tête et ses oreilles, qui rappellent celles du lièvre, il n’a aucun point commun avec un quelconque animal d’Europe. Plus tard, nous dînâmes de cet animal et le trouvâmes excellent.

D’après L’Âge des Découvertes par John R. Hale et les Rédacteurs des Collections Time-Life, 1967.