Histoire du Québec

L'Institut agricole d'Oka, son oeuvre

L`Institut agricole d’Oka, son oeuvre

Sa nature et son œuvre
par le R. P. M.-Norbert, Directeur (récit historique, publié en 1941)

L`Institut Agricole d’Oka, affilié à l’Université de Montréal, a été fondé en 1893 par les RR. Pères Trappistes, à la demande même des Autorités civiles et religieuses de la Province de Québec.

Dès cette époque, l’opinion publique se prononçait en faveur d’une telle fondation et même la réclamait.

À la nouvelle de la venue prochaine de Religieux Cisterciens dans le diocèse de Montréal, on lisait dans un journal de l’époque, La Minerve, ce qui suit: « Une Maison de religieux Trappistes serait un double bienfait pour nous, d’abord à cause des bénédictions qu’une société de religieux aussi méritants attire toujours sur un pays, et ensuite en vue des excellents fruits que la présence et l’exemple de ces religieux qui font de l’agriculture leur oeuvre particulière, ne pourraient manquer d’avoir sur nos cultivateurs, qu’un déplorable esprit de routine attache à des méthodes vieilles et qui ne répondent plus aux besoins du sol…

Les établissements des Trappistes en France sont de véritables fermes-modèles, où toutes les ressources du sol sont utilisées avec une perfection merveilleuse. Qui empêcherait ici ces religieux de prendre des élèves auxquels ils enseigneraient la science agricole? Plus tard, l’État lui-même trouverait son profit à leur confier le soin d’un enseignement régulier…

C’était fonder beaucoup pour l’avenir, mais l’auteur de ces lignes voyait juste, et ses voeux ont reçu leur accomplissement et ont même été dépassés. Cinquante années à peine après sa fondation, l’Institut d’Oka, toujours sous la direction de ceux qui Institut Agricole d’Oka le fondèrent, est le témoin d’une évolution agricole considérable chez nous, et s’est même haussé au niveau d’Institution agricole scientifique.

Sa prospérité fut la réponse naturelle à la nécessité par des moyens adéquats. En tant que maison d’éducation, elle partage le but commun aux autres institutions du même genre: la formation d’une élite. Elle s’appliqua toujours à inculquer à ceux qui devaient être les chefs de demain dans le domaine agricole, le sentiment très vif de la responsabilité en face de la collectivité rurale.

Conducteur naturel de la classe agricole, le futur agronome a besoin d’une instruction avant tout éducative, et ce n’est que lorsqu’il se sentira animé d’un idéalisme généreux qu’il pourra se considérer comme cultivé, et conséquemment capable de remplir son rôle de dirigeant. Professionnel, l’agronome doit se souvenir que ce qu’il a il le doit à la collectivité ,et de la formation de son caractère dépend la valeur des conséquences pratiques émanant chaque jour de sa propre culture.

Le plus fort levier de commande, en agriculture comme ailleurs, c’est l’exemple, le premier et le plus efficace des genres de prédications, et c’est précisément le moyen principal dont dispose l’Institut dans la poursuite de son but. Constituer un milieu rural, où l’étudiant qui vouera sa carrière à l’agriculture, s’imprègne des choses de la terre, voilà un point d’extrême importance pour une école d’agriculture, et cependant on y doit en même temps trouver les commodités nécessaires aux institutions du même genre établies dans nos grandes villes. Sa situation géographique, au sein d’une nature respectée par la main des hommes, pourvoit à la solitude si nécessaire à ceux qui s’adonnent aux travaux intellectuels. À l’exemple de la nature, tous y travaillent sans bruit. La ferme des Pères, celle-là même où l’étudiant pratique sa future profession, est le théâtre d’une activité agricole débordante, et les terrains sablonneux et rocailleux, sous la main du travailleur du sol, de stériles deviennent des plus productifs. C’est là que l’on pratique les cultures les plus variées, et l’élevage des animaux domestiques constitue un cheptel considérable et de très haute valeur.

C’est dans ce cadre éminemment éducatif que près de quarante professeurs religieux et laïques prodiguent leur science et leur expérience à plus de 200 étudiants, s’adonnant en même temps à des recherches multiples et variées, tant sur le terrain que dans des laboratoires tout-à-fait modernes.

Après quatre années d’études, durant lesquelles les étudiants doivent orner leur intelligence des sciences fondamentales et d’application, l’Université de Montréal récompense leurs succès en leur conférant le titre de Bachelier es Sciences Agricoles.

À ceux que la carrière agronomique sourit, je dirai, venez. Car elle offre encore des avantages insoupçonnés de beaucoup, mais elle réclame aussi de ses aspirants des qualités que tous n’ont pas, et le temps n’est plus où l’on prend le chemin de l’école d’agriculture faute de mieux.
R.P. M.-Norbert

L`Action universitaire, juin 1941.

institut agricole d'Oka

Institut agricole d’Oka

L`Institut agricole d’Oka en 1941. Photographie de l’époque

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