Histoire du Québec

Émeute du 25 avril 1849 : incendie du Parlement

Émeute du 25 avril 1849 : Incendie du Parlement

L’incendie du parlement du Canada-Uni à Montréal

En 1847, le parlement du Canada-Uni déménage à Montréal, centre administratif du Canada-Est (c’était la ville de Kingston assumait les fonctions du centre homologue au Canada-Ouest).

Et c’est l’édifice du parlement du Canada-Uni qui fut en 1849 le théâtre de l’un des moments les plus controversés et conflictuels de l’histoire parlementaire du Canada.

Le conflit commence quand le gouvernement responsable du Canada-Uni, cabinet Lafontaine-Baldwin, présente un projet de loi sur l’indemnisation des personnes qui ont subi des pertes pendant la rébellion de 1837-1838 au Bas-Canada (en anglais : The Lower Canada Rebellion Looses Act).

Cette loi vise le dédommagement des habitants du Bas-Canada, qui avaient été, lors « des troubles de 1837-1838 », victimes de représailles de la part des soldats britanniques et des milices anglophones.

En 1845 déjà, une semblable mesure avait été adoptée par le parlement, à l’initiative des tories (conservateurs ou orangistes),  pour indemniser les victimes de saccages au Haut-Canada. Mais en 1845, c’étaient des anglophones qui allaient être indemnisés et cette fois-ci, les victimes étaient des francophones, ce qui changea la situation et suscita de violents débats.

D’ailleurs l’aspect religieux joua un rôle important dans l’affaire: Pour plusieurs députés anglophones protestants il était indécent et immoral de puiser dans un fonds alimenté par des protestants pour payer des indemnités à des catholiques francophones.

Pour combler les pertes subies par les sujets du Bas-Canada (ou Canada-Est si on reprend le terme utilisé officiellement lors de l’existence du Canada-Uni), la réclamation initiale des indemnisations était de 250 000 £ (livres sterling). Ensuite, une commission d’enquête conclut qu’une somme de 100 000 £ serait suffisante.

Le gouvernement dégage finalement la somme de 10 000 £ en annonçant que ce montant était suffisant.

Cette décision soulève un tollé de protestations dans le Canada-Est et dans le Canada-Ouest. En effet, les francophones disent que l’octroi de cette petite somme est ridicule et pour les anglophones c’est l’indemnisation des «rebelles papistes».

Tout d’abord, les conservateurs essayent de faire avorter le projet de loi, mais en vain.

Alors, au chef du Parti tory et député de Hamilton, Sir Allan McNab, de résumer les sentiments des conservateurs :

«L`Union (du Canada) a complètement manqué son but. Elle fut créée pour l’unique motif d’assujettir les Canadiens français à la domination anglaise. Le contraire en est résulté. Ceux qui devaient être écrasés dominent! Ceux en faveur de qui l’Union a été faite sont les serfs des autres.

Cette mesure va jeter le peuple du Haut-Canada dans le désespoir et il serait plus avantageux d’être gouverné par un peuple de même race, plutôt que par ceux avec lesquels il n’a rien de commun, ni le sang, ni la langue, ni les intérêts».

Montréal est à l’époque une ville à majorité anglophone (de 45 mille habitants, environ 26 mille sont d’expression anglaise – mais il ne faut pas oublier qu’une partie d’anglophones sont des Irlandais catholiques sympathiques à la cause francophone).

En dépit des avertissements des anglophones en colère contre ce qu’ils croyaient être la French Domination, lord Elgin, gouverneur général du Canada-Uni, appose quand même la sanction royale, le 25 avril 1949 et la Loi sur l’indemnisation entre en vigueur.

Le journal The Montreal Gazette lance aussitôt un appel à l’émeute dans un tract incendiaire :

« Le bill des pertes est la honte éternelle de la Grande-Bretagne. La rébellion est la loi du sol. Anglo-Saxons, vous devez vivre pour l’avenir; votre sang et votre race seront désormais votre loi suprême, si vous êtes vrais à vous-mêmes. Vous serez Anglais, dussiez-vous n’être plus Britanniques. Dans le langage de Guillaume IV, le Canada est perdu et livré. La foule doit s’assembler sur la place d’Armes ce soir à huit heures. Au combat, c’est le moment. »

Lorsque lord Elgin se retire après le discours du Trône, les groupes orangistes lancent sur son carrosse des oeufs, des pierres et autres projectiles.

La foule en colère le poursuit aux cris de «À Monkland!» (C’est à Monkland où se trouvait la résidence du gouverneur général) et «À bas lord Elgin!»

La foule se dirige ensuite vers l’Hôtel du Parlement, situé au cœur du Vieux-Montréal, place D’Youville. À l’aide de torches, on met le feu à l’édifice du parlement aux cris de « À bas le Parlement français (French Parliament) ».

L’édifice fut rapidement brûlé et détruit avec le dépôt d’archives publiques du Canada et avec la bibliothèque parlementaire, constituée de 25 000 volumes en anglais et en français, l’une des meilleures bibliothèques parlementaires du monde à l’époque.

Ensuite, les orangistes se promenèrent avec des têtes de cochons au bout de leurs baïonnettes et une mitre d’évêque dessus en scandant «cochons de catholiques».

L’armée britannique, sympathique aux tories, n’a rien fait pour empêcher l’émeute même si elle avait été prévenue la veille sur les événements à venir et conseillé de fermer les yeux.

Le 26 avril 1849, au lendemain de la mise à feu du parlement, la foule se rassembla devant la maison du premier ministre Louis-Hippolyte Lafontaine et y mit le feu. Cette fois-ci, la situation fut sauvée grâce à l’intervention de l’armée.

Le rédacteur en chef et principal propriétaire de la Gazette, James Moir Ferres fut arrêté sous l’accusation « d’inciter à l’émeute », mais il fut relâché sous la pression de la foule.

L’agitation continue et le 28 avril, la foule agresse le gouverneur général lord Elgin, qui jugera prudent de quitter Montréal, mais les anglophones le traitent comme traitre. Le 5 septembre 1849, à Brockville, une petite ville située entre Kingston et Cornwall, sur les rives du Saint-Laurent dans le Haut-Canada, on hisse des drapeaux noirs et on menace de mort le gouverneur Elgin à l’occasion de son passage.

Lord Elgin offre alors sa démission, mais le secrétaire des Colonies l’assure de l’approbation des autorités du Royaume Uni.

Se voyant abandonnés par Londres et mécontents de l’abolition du régime protectionniste des marchands anglophones créent un grand nombre de ramifications de la «Ligue anglo-américaine» à Toronto, Kingston et dans d’autres villes du Haut-Canada et vont prôner l’annexion du Canada-Uni aux États-Unis.

Ce faisant, ces groupes donnent raison à lord Elgin Lord de les considérer comme des «loyalistes du portefeuille».

Curieusement, la valeur du complexe parlementaire détruit durant l’émeute était supérieure au montant total des indemnités versées en vertu de la loi d’indemnisation.

Le parlement du Canada ne siégera plus jamais à Montréal et aucun siège du gouvernement n’y sera établi en permanence. Par la suite, la Chambre siégera en alternance à Toronto et à Québec, tous les quatre ans. Le siège du gouvernement déménagera définitivement à Ottawa en 1866, peu avant la constitution de la Confédération canadienne, mais c’est toute une autre histoire.

incendie du parlement

Le parlement brûle

Joseph Légaré, L’incendie du Parlement à Montréal, 1849

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