Histoire du Québec

Hygiène de la nuit

Hygiène de la nuit

Un texte curieux déniché par Histoire-du-Québec dans le journal Le Canada et publié le 6 février 1921:

Chacun connaît le rôle joué par le soleil sur les êtres animés. De même que les plantes vertes mises dans une cave s’étiolent et blanchissent, ainsi les sujets qui vivent la nuit, voient peu à peu, leurs téguments de décolorer, leur sang s’appauvrir; car l’action de la lumière sur la constitution de notre « chair coulante » et sur le maintien de la chaleur animale est l’une de ces actions vitales auxquelles il est impossible de se soustraire sans danger : « La fleur humaine est celle qui a le plus soif de soleil », a dit le poète. C’est même à cette muette attraction de tout corps vivant vers la lumière que Camille Flammarion attribue le fait bien connu, mais bizarre, du développement vers l’ouest de toutes les grandes cités.

Si le jour – dans nos climats – doit être réservé tout entier à la vie active, l’hygiène nous conseille de ne point faire de la nuit le jour. La nuit invite, par son silence relatif, au repos en au calme. Ce n’est point parce qu’il fait nuit que nous devons nous maintenir dans une atmosphère impure, surchauffée, trop lumineuse. Remarquons que dans les grandes villes, l’air de la nuit est toujours plus sains et plus pur que celui du jour ; l’abaissement thermique y condense le principe oxygéné vital, qui n’est plus vicié par les résidus microbiens de combustions exagérées. Toutefois, si l’usage du noctambulisme est bon, son abus est fort dangereux. La radiation atmosphérique rend l’air de la nuit humide et froid: le système nerveux s’en offense à la longue, et la santé générale se trouble. Chez les viveurs de nuit, nous constatons ainsi la fréquence des névralgies, des névroses, de la cécité, de l’ataxie locomotrice, etc. A la campagne, l’air du soir est encore plus nuisible : le brouillard nocturne, lorsqu’il est chargé d’effluves maremmatiques, devient un véritable poison. Les personnes qui sortent la nuit sont ainsi exposées à contracter des fièvres intermittentes; le refroidissement joue, du reste, un rôle indéniable, dans les malades même nettement infectieuses.

Nous ne voulons pas nous occuper ici longuement de l’hygiène du lit « ce vêtement du malade et de l’homme endormi ». Personne n’ignore les dangers du lit de plume et les soins à donner aux matelas. Le traversin et l’oreiller doivent être en crin, et placés dans une situation peu élevée, sauf lorsque le sujet respire mal. Si les enfants, au lit ont besoin de beaucoup de chaleur, les adultes bien portants feront bien de rejeter l’édredon et les couvertures trop chaudes ou trop peu perméables; nous conseillons, ordinairement, les couvertures en laine très légère, qui laissent évaporer les produits de la respiration cutanée, tout en maintenant à la peau une chaleur uniforme et douce.

Les draps de coton sont faits pour ceux dont la peau fonctionne mal : ceux en toile de lin sont seuls supportables pour les sujets irritables et sensibles. Il est bon généralement de posséder dans une armoire les deux tissus et de réserver le coton pour la saison humide et froide. La chemise de nuit, fréquemment chargée, sera en toile fine et pourvue d’un col et de manches très larges, afin de ne mettre aucune entrave à la circulation du sang, et de ne point provoquer les congestions; de favoriser, en un mot, l’équilibre des fonctions du cœur, du cerveau et de l’estomac. Pour la même raison, l’hygiène rejette les serre-têtes et bonnets de coton.

Les matelas est bien certainement la plus importante portion du lit. Il est ordinairement confectionné avec de la laine mélangée de crin, dans les proportions de cinq sixièmes de laine et un sixième de crin.

L’hygiène proscrit absolument le lit de plume : la plume, en effet, conserve avec une étrange ténacité tous les germes morbides, et son action calorifique est capable d’efféminer les sujets les plus robustes.

Les matelas demandent, pour la santé, un entretien presque continuel, réclamé aussi par l’économie. Tous les matins, on doit les battre à la baguette et les exposer, au moins, une heure, au contact de l’air. Deux fois par an, il faudra procéder à leur recardage. La telle sera lessivée et son contenu en partie renouvelé, en partie purifie par le battage et les opérations spéciales de l’industrie matelassière.

(Publié le samedi 5 février 1921, texte rédigé par Docteur E. pour le journal Le Canada.)

hygiène de la nuitIllustration : Histoire-du-Quebec.ca