Histoire du Québec

Hôpital de la Providence détruit par incendie

L’hôpital de la Providence de Montréal-Est est détruit par un incendie des plus violents

Il n’y a pas de pertes de vies directement attribuées à l’incendie, mais parmi les soixante-quinze patients, un garçon déjà mourant, a succombé au cours du sinistre. Pertes évaluées à $100,000

Un violent incendie a rasé, hier, l’hôpital de la Providence de Montréal-Est. Cette institution située au numéro 11,140 est, rue Notre-Dame, avait été inaugurée par S. Exc. Mgr Georges Gauthier, archevêque-coadjuteur de Montréal, le 3 octobre 1926. L’immeuble détruit avait logé pendant plusieurs années le fameux club Champêtre, où les citadins et les voyageurs se réunirent bien souvent.

Il n’y a eu aucune perte de vie attribuée directement à l’incendie mais parmi les soixante-quinze patients, dont quinze enfants, Pierre Maher, un garçon de 14 ans qui avait été opéré dimanche, a succombé à la suite du sinistre. Les pertes sont évaluées à $100,000.

Un peu avant la tombée du jour, hier, il ne restait plus que la façade de l’immense structure qui comptait trois étages et un sous-sol. Le jeune garçon qui est décédé au cours du violent incendie, était déjà mourant, hier matin, souffrant de péritonite, à la suite d’une intervention chirurgicale qu’il avait subie, dimanche dernier.

L’embrasement, qui a été découvert à 11 heures 20 hier matin, aurait pris naissance dans une salle de pansements de l’institution, située au troisième étage de l’édifice. On n’a pas encore déterminé la cause exacte du terrible incendie, mais l’on croit qu’il aurait pu avoir été causé par de l’alcool utilisé dans la salle précitée.

L’alerte a été promptement donnée, avec le résultat que les pompiers de la municipalité de Montréal-Est se sont rendus très rapidement sur les lieux. Toutefois, à leur arrivée, les pompiers, commandés par le chef Meunier et le sous-chef Durant, ont dû demander du renfort. Vers midi, les pompiers de Pointe-aux-Trembles, commandés par le chef Henri Cyr et le sous-chef Luc Delorme, ainsi qu’un groupe du service des incendies de Montréal, commandé par le chef-ingénieur Joseph Forget, se sont aussi rendus sur les lieux.

La révérende S. Philémon, supérieure de l’hôpital de la Providence, a plus tard relaté que les patients de l’institution avaient été transportés hors de l’immeuble, sans la moindre panique. Une partie de l’ameublement de l’hôpital a été sauvée par les pompiers et les citoyens.

Tous les médecins attachés à l’institution parmi lesquels le Dr. F.-X. Trépanier, surintendant médical, ont aidé au transport des patients dans différents hôpitaux de la métropole, ainsi que dans des maisons avoisinantes et à l’hôtel de ville de Montréal-Est. Cinq des patients ont été hospitalisés à l’hôpital Notre-Dame de Montréal. Les seize religieuses de l’institution dirigées par la révérende S. Philémon ont accompli calmement un magnifique travail de sauvetage, aidées du Dr. Trépanier et des docteurs L. Viens, L. Amyot et G. Lonergan. M. J.-E. Coderre, notaire, domicilié 11,180 rue Notre-Dame, tout près de l’hôpital, s’est occupé de faire conduire les membres du personnel, dont plusieurs religieuses et une vingtaine de gardes-malades, à l’académie Richard de Montréal-Est, où elles ont été temporairement réfugiées.

Un sauvetage dramatique s’est déroulé au cours de l’incendie. M. Georges Durocher, 39 ands, qui demeure rue Lelièvre, à Montréal-Est, était alité au troisième plancer de l’immeuble, à la suite de l’amputation d’une jambe et d’une fracture de l’autre. M. Amédée Paré, un ami du patient, était aux côtés de celui-ci, au moment de l’incendie. Il s’empressa de briser le carreau d’une fenêtre, essayant vainement par la suite de sortir le lit sur lequel était som ami blessé. Le lit étant trop large, il le plaça sur le côté, et recommandant au patient de se tenir solidement, il réussit avec difficulté à sortir le lit sur un balcon. Quelque vingt minutes plus tard, avec l’aide du révérend F. Louis François et d’un citoyen, l’on réussit au moyen d’un câble à descendre lit et patient sur le sol. Après avoir reçu les soins nécessaires de médecins de l’institution, le blessé fut transporté à l’hôpital Notre-Dame.

L’on a déclaré, hier soir, que l’immeuble détruit possédait toutes les installations nécessaires en cas d’incendie. L’hôpital était muni de boyaux intérieurs ainsi que des extincteurs chimiques à tous les étages. Les Saintes-Espèces de la chapelle de la communauté ont été sauvées et remises à M. l’abbé Charlebois, aumônier de l’hôpital de la Providence.

Dès que la nouvelle de l’incendie a été connue, les autorités de la raison sociale Imperial Oil, Limited dont les usines sont situées à Montréal-Est, ont répondu à l’alerte, en dépêchant promptement sur le théâtre du sinistre une quarantaine de voitures et un nombreux personnel, parmi lequel on remarquait le Dr. George Lonerga, médecin de la compagnie. Médecins, cityones, religieuses et gardes-malades, tous participèrent au calme et magnifique sauvetage des patients de l’institution. Pendant que les flammes faisaient rage d’un côté de l’immeuble, l’on sauvait ses patients par l’autre côté.

Le sauvetage des patients de l’institution a été fait au milieu d’un calme des plus remarquables, de sorte que personne n’a même été blessé au cours des manoeuvres. Le seul décès enregistré au cours du sinistre – celui du jeune Maher – est attribué à la maladie qui le minait déjà plusieurs heures avant le commencement de l’incendie.

Texte paru le 22 février 1939 dans le journal Le Canada.

incendie hopital providenceTout ce qu’on a pu sauver du sinistre est une partie de l’ameublement de la maison (photo journal le Canada)