Histoire du Québec

Fred Rose condamné

Rose condamné à six ans de pénitencier

Le juge souligne la gravité de son crime

Fred Rose, 39 ans, député ouvrier-progressiste de Montréal-Cartier, à la Chambre des Communes, déclaré coupable samedi dernier de conspiration dans l’affaire d’espionnage russe au Canada, a été condamné ce matin, le 20 juin 1946, à six ans de pénitencier par l’honorable Juge Wilfrid Lazure, qui avait présidé ce grand procès de nos annales judiciaires.

Dans ses remarques, l’hon. Juge Lazure a décrit à l’accusé la gravité de son délit dans un pays qui avait rendu Rose heureux, libre et prospère.

« Vous avez sacrifié, souligna le juge, les intérêts et la sécurité du Canada pour donner votre loyauté à un pays étranger. »

Le président du tribunal ajouta que l’accusé n’aurait pas dû oublier qu’il était arrivé au Canada pauvre et misérable et qu’il avait atteint un rang élevé, celui de député à la Chambre des Communes.

« Vous savez, vous comprenez que ce n’est pas un devoir agréable pour le juge que de condamner un prévenu; mais, sans égard aux conséquences, c’est un devoir auquel je ne peux me soustraire, si pénible soit-il.

« Au cours de mes remarques aux jurés, j’ai dit la gravité, selon moi, de l’offense que vous avez commise. Si le complot exposé durant le procès n’avait pas découvert à temps, ou, découvert, avait été toléré, il est facile d’imaginer les conséquences.

« J’ignore si vous avez réellement compris la gravité du caractère du crime que vous avez commis. Je crois que vous comprenez maintenant parfaitement bien l’importance et les conséquences de votre besogne. On vous a mentionné comme l’un des chefs de la bande.  Connaissant le rôle que vous jouiez, ces complices ont dû vous attribuer un rang élevé un poste de chef, celui d’agent recruteur. À tout événement, le crime que vous avez commis est très grave. Par votre travail d’agent vous avez fait tomber la responsabilité sur Lunan.

Le juge rappelle à l’accusé son arrivée au pays

« Vous n’aviez pas de raison, encore moins de droit, pour faire ce que vous avez fait. Vous êtes né à l’étranger, amené ici, m’a-t-on dit, pauvre et misérable (et je ne dis pas ces choses pour vous offenser ou offenser d’autres, au contraire), mais on m’a dit que c’était là votre situation lorsque vous êtes arrivé.

« Non seulement l’état de ce pays vous a rendu heureux, libre et prospère, mais les citoyens de cette ville vous ont élu à un poste d’honneur et de grande responsabilité. Vous êtes député à notre Parlement.

Au lieu de montrer une profonde reconnaissance à ce pays, vous avez consenti à sacrifier ses intérêts et sa sécurité et à donner votre foi à un pays étranger. Même si vous étiez sincère, ce dont je doute, cette manière de penser et de sentir n’est pas normale et ne peut être tolérée.

Une trahison

Sous un nom d’emprunt vous avez trahi votre pays d’adoption, la patrie qui vous a tant donné.

Vous êtes le seul à blâmer. Vous avez été merveilleusement bien défendu par Me Jos Cohen dont l’habilité est reconnue et pas ses avocats-conseils, Me Valmore Bienvenue, c.r., A. Marcus et A. Felner.

« Le maximum de ce délit est de 7 ans de pénitencier et de $2,000 d’amende. Je crois que ce maximum ne serait pas trop sévère. Mais comme vous avez suivi mes instructions pour cesser toute activité communiste au cours du procès, je prends ce fait en considération, comme d’ailleurs le fait que votre sentence entraînera l’annulation de votre mandat de député.

« Je ne vous condamnerai donc qu’à six ans de pénitencier ».

Avant le prononcé de la sentence, Me M.-A. Hurteau, greffier de la couronne, demanda à l’accusé s’il avait quelque chose à dire.

« Tout ce que je puis dire, répondit Rose, c’est que je n’ai jamais rien fait contre les intérêts du peuple canadien ».

fred rose

Fred Rose

Fred Rose lors de son procès. Photo de l’époque