Histoire du Québec

Le Fort Langley à son apogée

Le Fort Langley à son apogée

En 1839, la Compagnie de la Baie d’Hudson loue de la Compagnie russo-américaine de fourrures l’enclave méridionale de l’Alaska pour un loyer annuel payé en peaux de loutre et en produits agricoles. Pour remplir les engagements du contrat avec les Russes, le fort Langley est chargé de produire du blé et du beurre. .

Le nouveau fort connaît deux décennies d’activité intense. Sa production de grain augmente, et les salaisons de porc et de boeuf approvisionnent les bateaux de la Compagnie. De plus, ses deux laiteries fonctionnent à plein rendement. Le saumon salé est toujours en demande dans les îles Sandwich : les exportations annuelles entre 1845 et 1854 atteignent fréquemment 2 000 barils. Le fort Langley réalise d’importants profits en empaquetant et en vendant à San Francisco des canneberges cueillies par les Autochtones.

Les archives de certaines années sont demeurées introuvables, mais cela ne veut pas dire pour autant qu’il n’y a pas eu d’échanges commerciaux au cours de ces années.

Le nombre de peaux de castor par année englobe les petites et les grandes peaux. Le nombre de barils de saumon correspond au nombre de barils fumés (deux petits barils équivalent à un grand baril). Les barils de canneberges font 24 gallons.

Lorsque la Compagnie choisit le fort Victoria, en 1843, pour en faire le futur centre commercial du Pacifique, Yale, négociant en chef du fort Langley, craint une diminution de l’importance de son comptoir. Il voit d’un mauvais oeil la suprématie du fort voisin, dont il surestime le rôle. En fait, l’établissement en 1846 de la frontière définitive de l’Oregon force la Compagnie à réorganiser ses activités dans la région du Pacifique et redonne une plus grande importance au fort Langley.

Le choix du 49e parallèle comme frontière séparant le Canada des États-Unis empêche la Compagnie de se ravitailler par le Columbia et l’Okanagan, ce que Simpson a d’ailleurs prévu. Il faut donc envisager à nouveau le Fraser comme voie d’accès vers l’intérieur. En 1848, il existe déjà à travers les monts Cascade une nouvelle route utilisée par les brigades des pelleteries. On transporte les marchandises à cheval de Kamloops à Hope, où des bateaux à fond plat prennent la relève pour descendre le Fraser. Le fort Langley, situé à l’embouchure de cette voie navigable, devient le point de transbordement des marchandises. Les prévisions de Simpson se concrétisent.

Le fort Langley devient soudainement le terminus des brigades, en plus d’un centre d’approvisionnement de saumon et de produits agricoles. Les marchandises et les provisions expédiées du fort Victoria sont transbordées au fort Langley et acheminées vers l’intérieur. Des bateaux y sont construits pour le transport fluvial jusqu’à Hope, et des articles de ferronnerie y sont forgés pour les forts de l’intérieur. On y cultive du fourrage pour les chevaux. De plus, les pelleteries qui parviennent au fort doivent être triées, nettoyées et mises en ballots de 113 kg pour être expédiées en Angleterre.

La Colombie-Britannique est proclamée colonie

La Grande Maison, au fort Langley, sert de décor à la cérémonie officielle proclamant l’établissement du gouvernement britannique sur la côte du Pacifique. Le 19 novembre 1858, une centaine de personnes se réunissent dans la grande salle pour entendre la proclamation révoquant le monopole de la Compagnie et pour assister à l’assermentation des représentants du nouveau gouvernement. À l’extérieur, une salve de 17 coups de canon retentit sous la pluie et annonce l’événement historique. La Victoria Gazette publie un article sur la cérémonie.

Cette cérémonie honore certes le fort Langley, mais elle en marque également le déclin. La Compagnie de la baie d’Hudson reçoit en 1864 les titres de propriété des terrains du fort, mais la perte de son monopole a fait naître la concurrence dans les domaines de la pêche et de l’agriculture. De plus, comme la voie fluviale a été prolongée de Hope à Yale en 1858, le fort Langley doit renoncer brusquement à son double rôle de centre d’approvisionnement des mineurs et de point de transbordement. Le choix de New Westminster comme capitale écarte définitivement le fort Langley de la route des voyageurs.

Fort Langley

Le fort Langley à son apogée. Photo de l’époque