Histoire du Québec

Forges-du-Saint-Maurice

Forges du Saint-Maurice : Les premiers éclats de la métallurgie en Mauricie

Les babutiements de l’industrie sidérurgique au Canada ont été enregistrés à jamais dans le lieu historique national des Forges-du-Saint-Maurice. On y commémore l’histoire d’une communauté indusrieuse venue bouleverser une soci.t. Jusque-là vouée à l’agriculture et à la foresterie.

Bien que l’intendant Talon ait fait extraire quelque 800 tonnes de minerai du sous-sol de Trois-Rivières dès 1671, la mise à profit de cette matière ne s’amorcera qu’une soixantaine d’années plus tard. En 1730, le roi de France accorde en effet au seigneur de Saint-Maurice, François Poulin de Francheville, un brevet d’exploration et un prêt grâce auxquels in fondera trois ans plus tard, juste avant sa mort, la Compagnie des Forges de Saint-Maurice.

L’entreprise embryonnaire et peu rentable rassure pourtant la communauté sur la qualité du minerai de fer de la région. Convaincu, le ministre de la Marine confie au jeune maître de fore champenois, François Pierre Olivier de Vézin, la tâche d’évaluer puis d’optimiseer le projet lancé par son prédécesseur. En août 1738, de Vézin met en fonction le haut fourneau; il installe une deuxième forge complète un an plus tard, inconscient sans doute des 150 ans d’usage que connaîtron ses installations.

L’époque de guerre et de conflits que vit la France réclame l’effort de l’industrie sidérurgique : les chantiers navals du roi ont besoin de fer. Durant le régime français, la production des forges est destin.e en majeure partie à l’arsenal français de Rochefort; une partie moindre apprivisionne le chantier naval royal de Québec récemment mis en service.

La Conquête de 1760 réorientera la fabrique vers les produits en fonte moulée destinés au chauffage, à l’alimentation et à l’agriculture, pour répondre aux besoins pressants d’une colonie en plein essor. Propriété de l’État, les forges sont louées à des exploitants nantis des droits exclusifs d’approvisionnement en matières premières sur un vaste territoire. Un commerçant d’origine britannique, Mathew Bell, administre les Forges-du-Saint-Maurice pendant plus de 50 ans. Non seulement il mène l’entreprise à la prospérité et en rehausse la réputation, mais il favorise aussi le développement du village voisin et la qualité de vie de ses 425 habitants. La vente des Forges-du-Saint-Maurice en 1846 met fin à son œuvre.

Les nouveaux propriétaires ne bénéficieront plus de droits exclusifs sur les ressources, le marché s’annonce de plus en plus concurrentiel. L’entreprise doit moderniser ses équipements pour demeurer rentable. Graduellement, l’établissement deviendra un simple fournisseur de fonte brute pour la grande industrie. En 1863, alors que l’entreprise stagne au seuil de l’ère industrielle, le marchand trifluvien John McDougall restaure les installations des forges; mais les efforts invests ultérieurement ne réussiront pas à sauver la mise. Le plus ancien haut fourneau encore en activité en Amérique du Nord s’éteint pour de bon en mars 1883.

Abandonnées à leur sort, les structures et les équipements se dégradent. Les matériaux saints sont récupérés pour la construction régionale, certains bâtiments encore solides sont carrément déménagés et le territoire cédé aux cultivateurs, se transforme en pâturages.

Au cours des décennies suivantes, diverses initiatives tenteront de récupérer le patrimoine des forges. Le site devenu propriété du gouvernement fédéral en 1973, accueille le plus important chantier archéologique du pays stimulé par la diffisuion d’un téléroman qui en ressuscite la gloire. Les Forges-du-Saint-Maurice renaissent alors de leurs cendres avec la reconstitution du haut fourneau et de la grande maison.

Aujourd’hui, les visiteurs sont conviés à la découverte du site d’origine de cette fonderie pionnière, par l’entremise d’une maquette, d’artefacts, de photos et d’objets produits dans les fourneaux de l’époque. Le site historique des Forges-du-Saint-Maurice est bordé d’un sentier pédestre qui longe la rivière Saint-Maurice et invite à faire halte à la légendaire fontaine du diable (ce sera plus tard qu’une résurgence de gaz naturel faira jailler la fontaine du diable au pied des Forges sur la berge du Saint-Maurice). Jusqu’à nos jours, un ruisseau ferrugineux révèle la composition minérale du sous-sol mauricien.

(Source : Rivières du Québec, Découverte d’une richesse patrimoniale et naturelle. Par Annie Mercier et Jean-François Hamel. Les éditions de l’Homme, une division du groupe Sogides).

Rue Notre Dame de Trois Rivières

La rue Notre-Dame à Trois-Rivières. Photo : Histoire-du-Quebec.ca