Histoire du Québec

Emprisonnement de Camillien Houde

Camillien Houde ou le retour de monsieur Montréal

Le petit gars de Sainte-Marie, Monsieur Montréal, c’est Camillien Houde. Un homme qui marquera la vie politique québécoise durant plus de 30 ans. Né en 1889. ce petit garçon pauvre élevé dans l’austérit et le dénuement deviendra le défenseur des plus démunis de sa ville. Personnage unique, politicien ardent, ferrailler redouté, il sera blâmé pour tous les maux. On lui reprochera ses amis pas toujours sans reproche, mais on ne pourra jamais l’accuser de se taire et de ne pas se battre pour ceux qui font appel à lui.

Commis de banque puis agent d’assurances, Camillien Houde est d’abord député conservateur de Sainte-Marie, de 1923 à 1939, et député indépendant, de 1939 à 1944, à l’Assemblée législative; il est ensuite député indépendant de Papineau, de 1949 à 1953, à la Chambre des communes. Il est chef du Parti conservateur au Québec de 1929 à 1932 et concurrement chef de l’opposition officielle de 1929 à 1931. Il devient enfin maire de Montréal. Il le sera pendant 30 ans, en quatre mandats : 1928-1932, 1934-1936, 1938-1940 et 1944-1954. Il meurt dans sa ville en 1958.

Emprisonné pour ses idées

Camillien Houde n’a pas la langue dans sa poche. En 1940, le premier ministre Mackenzie King demande au peuple de le relever de sa promesse de ne jamais imposer la conscription. Le maire de Montréal s’indigne et se prononce contre « l’enregistrement national qui est sans équivoque, une mesure de conscription ». Le sort en est jeté.

Le 5 août 1940, comme il sort de l’hôtl de ville, rue Notre-Dame, le maire Houde est appréhendé par des policiers et emmené au bureau du surintendant montréalais de la police fédérale, Royal Gagnon. On l’interroge pendant une trentaine de minutes, en présence de Louis Jargaille, chef de la province provinciale, de Gaspard Fauteux, avocat de la Couronne, et d’un conseiller municipal. Puis on l’entraîne au sous-sol de l’édifice où attend une voiture. Encadré de policiers fédéraux et provinciaux, il est conduit jusqu’au camp de concentration de Petawawa. Monsieur Montréal réclame un procès. En vain. On veut l’obliger à signer un document, il refuse. On l’enferme.

Pourtant, le maire Houde n’est pas le dernier venu : chevalier de l’Empire britannique, chevalier de la Légion d’honneur, commandeur de l’ordre de la Couronne d’Italie… Ce jour de 1940, cependant, plus rien ne compte, pas même le fait qu’il soit un représentant du peuple.

Quatre années de silence

Durant les quatre années de son incarcération, Camillien Houde est un prisonnier modèle. Sa personnalité attachante, sa chaleur et sa bonne humeur coutumière lui attirent de nombreux amis. Il ne jouit cependant d’aucun privilège. Tous ceux qui le visitent sont fouillés, même sa femme et ses enfants. Personne ne peut lui adresser la parole sans témoin et jamais en français, nous rapportent Bizier et Lacoursière. Lorsque l’heure de sa libération sonne, en 1944, les libéraux de Godbout, craignant l’effet Houde, déclenchent des élections provinciales qui ont lieu le 8 août 1944. Le maire est libéré après les élections, le 16 août. Sa femme et ses filles le rejoignent à Sherbrooke, le 17. Le 18, c’est Montréal qui l’attend. Partout dans la métropole, on distribue des affiches bleu et blanc : « Enfin Houde est libéré, soyons à son arrivée à la Gare centrale! »

Ce vendredi-là, à 6 h 30, des cris retentissent rue Dorchester : « Ils ne l’ont pas tué! Vive Camillien! Vive Monsieur le maire ! » Des milliers de supporteurs se précipitent vers lui. Des photographes, des journalistes, des admirateurs, même Jean Drapeau, rapport le Devoir, lui font la fête.

Le héros réside rue Saint-Hubert. Porté par une foule immense, il arrive chez lui. Il monte à l’étage et bien avant le grand Charles de Gaulle, il sort sur son balcon et prononce son premier discours d’homme libre : «  Je me tiendrai toujours debout, quels que soient les gouvernants, quels que soient les gouvernements. » Applaudissements, cris, ovations, le peuple adore Camillien.

Fatigué, le gros homme étonne O’Carillon, puis Bonsoir, mes amis, bonsoir et encore Il y longtemps que je t’aime, jamais je ne t’oublierai…. Puis il se retire, dégustant chaque minute de ces retrouvailles. Dès les élections suivantes, Houde reprend sa place à la mairie de Montréal.

(Source : Marcel Tessier raconte, chroniques d’histoire, Éditions de l’homme, 2000. Tome 1).

Rue de la commune

Rue de la commune au coeur du Vieux-Montréal, en face du Vieux-Port. Photographie : Histoire-du-Québec.ca