Histoire du Québec

Émeute à Québec

Émeute à Québec contre la conscription

Québec a vécu des heures tragiques

(Ce texte a paru dans La Presse le 30 mars 1918, nous reproduisons la nouvelle, sans changer un seul mot, un seul accent, une seule tournure.)

Une émeute a éclaté hier soir, au cours de laquelle la foule a tenté d’incendier l’édifice Auditorium et a saccagé les bureaux du registraire de la loi du service militaire de la loi du service militaire ainsi que les ateliers de deux journaux.

Il a des troubles assez sérieux à Québec depuis jeudi soir commencés par des démonstrations hostiles contre les agents de la police fédérale qui faisaient la chasse aux conscrits insoumis, ils se sont continués par le sac des deux journaux conservateurs de la ville et des bureaux du registraire de la loi du service militaire, dans l’édifice de l’Auditorium, auxquels on a mis le feu.

Il était environ neuf heures hier soir lorsque des jeunes gens, qui s’étaient groupés à Saint-Roch, montèrent à la Haute-Ville et se dirigèrent vers l’édifice du Chronicle, rue Buade. Ils en voulaient à ce journal pour la façon dont il avait rapporté les troubles de la veille. Ce journal avait en effet mis, dans le titre de la nouvelle, que c’était une foule sauvage qui avait saccagé le poste de police #3, la veille. Les émeutiers ne se contentèrent pas de briser les vitres des fenêtres comme la chose avait été faite l’été dernier, à la suite des assemblées anticonsriptionnistes. Ils pénétrèrent à l’intérieur de l’édifice et brisèrent tout ce qui leur tomba sous la main.

Tout est saccagé

Quand ils en eurent fini avec le Chronicle, les émeutiers se rendirent aux bureaux de L’Événement, rue de la Fabrique, où ils firent le même. Il ne reste pas une vitre dans aucune des fenêtres de ces bureaux et tout l’intérieur a été saccagé.

Après ces exploits, dont le nombre allait toujours grandissant, ils se rendirent en face des bureaux du registraire de la loi du service militaire, installés récemment dans l’ancien café de l’Auditorium, rue Saint-Jean, près des murs, et commencèrent le siège de l’édifice.

La chose avait été prévue et un détachement de la police municipale était rendu sur les lieux; pendant une heure la police réussit à contenir la foule des émeutiers qui essayaient de pénétrer dans les bureaux. Durant ce temps, des pierres et des glaçons étaient lancés dans les vitres du bureau du registraire.

Des policiers battus

Le sous-chef Burke de la police municipale, vieillard de 70 ans, reçut sur la tête un glaçon qui l’assomma et il dut être transporté chez lui. Le détective Thomas Walsh, chef de la sûreté, qui essayait d’empêcher les émeutiers d’entrer, fut aussi assommé à coups de bâtons et de planches. Il y eut aussi des coups de feu tirés, mais sans résultat.

La police assistait impuissante à cette scène. Il était inutile de songer à faire des arrestations car la foule était trop compacte et les policiers n’étaient pas en nombre suffisant.

À neuf heurs et quarante-cinq, une ruée de la foule des émeutiers eut raison de la résistance de la police et réussit à enfoncer la porte de l’escalier conduisant eux bureaux du registraire se servant pour cela des enseignes de la maison Gauvin et Courchesne qu’ils décrochèrent. Une minute après les bureaux du registraire furent envahis et l’on saccageait tout. Les fenêtres furent brisées et l’on vit voler par milliers des feuilles et des documents de toutes sortes.

Le feu à l’édifice

À dix heures, on vit sortir de la fumée des fenêtres. Les émeutiers avaient mis le feu. L’alarme fut donnée et les pompiers de toute la brigade arrivèrent en toute hâte sur les lieux.

Peu de temps après, l’on vit arriver des troupes armées qui formèrent un cordon autour du théâtre de l’incendie. Ce fut la fin de l’émeute et les pompiers purent travailler en paix pour combattre les flammes. À onze heures et demie l’incendie était contrôlé, il ne s’était pas propagé plus loin que le bureau du registraire. Quant au magasin de musique Gauvin et Courchesne, qui se trouve au-dessous, il a souffert beaucoup de dommages par l’eau.

Le maire Laviguer et le chef de police Trudel sont allés sur les lieux vers les neuf heures pour essayer de calmer la foule mais sans succès. Ce n’est que lorsque le feu eut été mis que le maire décida de faire venir les troupes et fit l’appel à l’armée canadienne.

Ce fut le régiment Composite qui vint. Les soldats avaient le fusil à l’épaule, mais ils ne reçurent pas ordre de tirer.

Fin

Note de notre site Web : Ces tristes événements devaient connaître leur dénouement trois jours plus tard, le 1er avril, alors que les soldats, assaillis à coups de pierre, de brique et de glaçon, et répliquant à un coup de feu parti du camp des civils en colère, entreprirent de mettre fin aux événements en tirant dans la foule. Cinq personnes devaient ainsi connaître une mort brutale.

Émeute à Québec

Émeute à Québec

Première page de La Presse, le 2 avril 1918, faisant constat de l’émeute à Québec