Histoire du Québec

Economie domaniale

L’économie domaniale

Le grand domaine et le servage : L’organisation économique des Ve – Xe siècle est caractérisée par la prépondérance des grandes exploitations mises en valeur par une population servile.

Pour définir les fondements de la vie économique et sociale de cette période on peut retenir plusieurs éléments principaux.

Le grand domaine

Le premier est le grand domaine, qui est la cellule économique fondamentale. Il constitue l’héritage des derniers siècles de la domination romaine, durant lesquels on avait assisté à une décadence des villes, au profit d’un exode vers les campagnes.

La grande propriété foncière s’était constituée à l’instigation des plus favorisés (aristocratie gauloise, nobles romains, militaires de rang élevé ou haut fonctionnaires…) qui cherchaient d’abord une « résidence secondaire », puis un moyen d’enrichissement ou de subsistance. Des difficultés économiques étaient apparues dès le IIe siècle et surtout au IIIe siècle, causées par le tarissement de l’approvisionnement en esclaves, la raréfaction des espèces métalliques (servant à acheter hors de l’Empire), le déficit des finances publiques rendant le poids de la fiscalité plus lourd à supporter; elles avaient poussé en effet ceux qui le pouvaient à se constituer un refuge contre la dépression économique et la pression fiscale et un domaine capable de vivre en autosuffisance.

La première vague d’invasions germaniques (IIIe siècle) et surtout la seconde (Ve siècle) ont accentué la tendance, car il a fallu partager les terres, accepter de donner « l’hospitalité » aux nouveaux venus, et l’attrait pour la terre de peuples non urbanisés a conduit les « grands » à s’approprier des surfaces importantes.

Avec la dislocation du cadre impérial, la fin de la fonction administrative, judiciaire et militaire des villes, de l’entretien et de la surveillance des grandes voies de communication, la ville ne constitue plus un lieu d’attraction ni de valorisation sociale.

L’économie domaniale va donc prédominer avec comme centre du grand domaine l’ancienne « villa » gallo-romaine, constituée de différents corps de bâtiment remplissant des fonctions multiples, abritant plusieurs familles et logeant la main d’oeuvre, le plus souvent constituée d’esclaves. Ceux-ci travaillent aux champs ou dans les ateliers de la ville, coupent le bois, entretiennent ou étendent les logis, servent les maîtres…

Le servage

Mais le deuxième trait marquant va être l’évolution vers le servage de la majeure partie des travailleurs manuels. Le grand domaine va en effet souvent s’étendre, soit pas conquête, soit par appropriation de terres abandonnées, soit par rachat, soit par donation de petits propriétaires, en échange de la protection du grand voisin.

Dans ces conditions, il va vite apparaître plus rentable, ou tout simplement comme la seule solution concrète de mise en valeur de ce vaste territoire, d’installer une partie des esclaves sur un lapin de terre, dont ils auront la jouissance, quitte pour eux à y trouver de quoi subsister, en contrepartie de redevances en argent (cens), en nature (champart) ou en travail (corvées).

Ainsi la condition de vie réelle des travailleurs des champs va s’uniformiser, qu’ils soient à l’origine libres (propriétaires de leurs terres ou « colons », nouveaux arrivants), ou descendants d’esclaves auxquels une « tenure » avait été cédée. Des différences vont certes subsister, tenant à la dimension des parcelles, au poids des prélèvements (nombre de pièces d’or or d’argent, de kilos de blé, de poulets u de cochons, de jours de travail gratuit à la villa) dus périodiquement aux propriétaires fonciers. Ces différences peuvent être sensibles suivant les régions, les rapports de forces locaux, la personnalité ou l’origine des détenteurs du sol et des exploitants. Elles conduisent bien sûr à des inégalités dans les conditions de vie immédiates et seront lourdes de conséquences quand le temps de la croissance viendra. Mais en attendant, ce qui est le plus marquant, est la fusion dans un même statut social de la grande masse des non-possédants du sol.

Cela ne signifie pas, bien sûr, qu’il ne subsiste plus aucun paysan ou artisan libre, mais que le rapport social de production dominant devient le sevrage, et que l’on est d’autant plus riche, respecté capable de se défendre que l’on a plus de terre et plus de serfs versant tribut.

Cela conduit donc à des unités économiques recherchant l’auto-subsistance, par la diversification de la production, et parfois la dispersion géographique de la propriété permettant de disposer à la fois de terres cultivables, de vignobles, de bois, de lieux d’élevage ou de pêche…

Esclavage: un résidu

L’esclavage ne disparaîtra pas complètement avant le Xe siècle. Utilisés principalement comme domestiques, y compris chez des paysans riches et en ville, les esclaves constitueront aussi une main-d’oeuvre d’appoint pour l’exploitation de la « réserve » seigneuriale, partie de sa propriété non concédée et mise en valeur directement par le seigneur.

Vers le féodalisme

C’est du grand domaine et du pouvoir qu’exerce le seigneur sur tout le territoire avoisinant que sortira l’organisation économique et sociale du monde féodal.

Du grand domaine à la seigneurie féodale : Le seigneur fortifie sa demeure, souvent entourée des maisons villageoises : il se « réserve » une partie du fief, imposé des redevances à ses paysans lotis mais leur laisse l’utilisation commune de certaines terres. Il fait payer le passage du pont et l’utilisation du moulin, considère comme siennes les ressources naturelles de son territoire.

On ne juge pas un homme sur le nombre de fois qu'il tombe mais sur le nombre de fois qu'il se relève (René Descartes). Photo de Megan Jrogensen.

On ne juge pas un homme sur le nombre de fois qu’il tombe mais sur le nombre de fois qu’il se relève (René Descartes). Photo de Megan Jorgensen.