Histoire du Québec

La diligence et le voyage

La diligence et le voyage entre Montréal et Québec

Un voyage, en hiver, n’était pas une petite affaire, au XIXe siècle. Pour parcourir la distance entre Québec et Montréal, le voyage durait deux jours et demi, selon l’état de la route, en raison de nombreux relais tout le long du trajet.

Le service d’hiver, entre les deux capitales se faisait par la diligence de la malle, les diligences proprement dites et les voitures extra.

Dès Montréal, les diligences de la ligne Rouge partaient de l’hôtel Rasco. À six heures du matin, une trompette se faisait entendre, en face de l’hôtel. C’était le signal du départ de la diligence de cette ligne qui appartenait à MM. Gauvin et Hough de Québec.

Les diligences de la ligne Verte partaient des écuries de la rue Saint-Gabriel, presque en face des bureaux du quotidien La Patrie (ce journal avait ses bureaux sur le côté est de la rue Saint-Gabriel, entre les rues Notre-Dame et Sainte-Thérèse). Cette ligne faisait concurrence à la ligne Rouge et appartenait à Timothée Marcotte de Deschambault, Joseph Giiroux et Henri Harnois de Berthier.

Cyrille-Antoine Dumaine, de la maison Dumaine et Halpin (entrepreneurs de pompes funèbres qui eurent charge de la morgue de Montréal durant longtemps, au XIXe siècle), tenait lui aussi pendant les quatorze ans qui ont précédé la construction du chemin de fer Grand Tronc, une ligne de diligence entre Montréal et Québec.

Toutes les voitures faisaient des relais à toutes les cinq lieux. Le premier relais était à l’auberge Deschamps au bout de l’île de Montréal. Ensuite, on faisait des relais à Saint-Sulpice, Berthier, Rivière-du-Loup, Trois-Rivières, Champlain, Sainte-Anne-de-la-Pérade, Deschambault, la Pointe-aux-Trembles et dans la banlieue de Québec.

Les voyageurs qui n’étaient pas dans la diligence de la malle, couchaient à Trois-Rivières. Le courrier de la malle ne s’arrêtait pas plus d’une heure à Trois-Rivières.

Une diligence transportait six ou huit passagers. Mais les gros bonnets préféraient voyager par l’extra.

L’extra était une carriole traînée par deux chevaux attelés en flèche. Dans l’extra, les relais étaient moins nombreux et le voyage ne durait pas aussi longtemps que dans les diligences. Le personnage qui choisissait l’extra, avait le droit de garder toujours le milieu du chemin. Lorsque l’extra passait quelque part, le conducteur criait, aux équipage des cultivateurs : « Rangez-vous, laissez passer l’extra! ». C’étaient, ordinairement, un juge, un député, un marchand riche…

Les voyageurs par les diligences payaient dix dollars pour le passage entre Québec et Montréal, le coucher et les repas en plus. Le tarif de l’extra était, pour deux passagers, un écu par lieue. Un passager seul dans une carriole à un cheval, payait trente six sous par lieue. Le voyageur qui se payait le luxe d’un extra était très considéré dans les auberges sur la route.

On savait voyager avec économie. Lorsqu’un cultivateur apportait ses denrées à Montréal, il payait à l’aubergiste trois sous pour le privilège de se coucher sur le plancher avec sa robe en peau de buffle.

Lorsqu’un député se rendait à Québec pour la session, il apportait avec lui toutes les provisions qu’il lui fallait pour la durée de ses travaux parlementaires. D’habitude, ces provisions consistaient en un petit baril de lard, des porcs-frais rôtis, des pommes de terre, du pain de ménage, de la mélasse, etc. Un député louait une chambre dans une maison privée à Québec et se nourrissait lui-même. Il fallait économiser, car la députation ne recevait aucun salaire. L’échevin Homier témoignait qu’il avait vu un député préparer ses bagages et ses vivres pour la session. Parmi ces vivres était un quart de la grosseur d’un quart à clous rempli de crêpes toutes cuites…

Une note curieuse sur les patineurs du bon vieux temps : Pendant l’hiver de 860, le Saint-Laurent se gela tout en glace vive de Montréal à Trois-Rivières. Antoine-Gustave Lord, champion des patins, accompagné par un de ses amis, M. Dickson Sawtel, partit en patins de Montréal à trois heures et demie de l’après-midi, le 3 mars 1860, et arriva à Berthier à sept heures le même soir, une distance de 45 milles, parcourue en trois heures et demie. La surface du fleuve n’offrait pas la moindre rugosité. Un dégel survenu pendant la nuit, obligea les deux amis à remonter à Montréal en voiture.

(D’après Hector Berthelot (1842-1895), journaliste, caricaturiste, humoriste. Le bon vieux temps. Compilé, revu et annoté par E.-Z. Massicotte. Hector Berthelot a signé des textes satiriques sous le surnom de Pèere Ladébauche. Il a aussi publié un roman, Les mystères de Montréal, en 1898).

Diligence la Fédérale

Diligence la Fédérale

Diligence la Fédérale (en France), photo de l’époque, source : Les Diligences

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