Histoire du Québec

La crise urbaine en Europe

La crise urbaine en Europe

Le milieu urbain entre lui aussi en crise dès le début du XIVe siècle. Le premier signe en est l’arrêt de la croissance de la population urbaine, conséquence de la stagnation démographique de la fin du XIIIe siècle. Elle s’explique par l’élévation du niveau de vie moyen, et par les progrès de la productivité agricole qui réduisent le besoin de bras pour le travail de la terre; mais elle provient aussi de l’apparition d’un comportement de citadin, moins pressé de se marier et conscient des difficultés d’élever en ville une nombreuse famille. Cela accentue la perte de dynamisme des villes qui ont joué un rôle décisif dans la croissance passée, et qui commencent à se dépeupler au début du XIVe siècle.
Une nouvelle concurrence

D’autre part, les activités traditionnelles de certaines villes sont remises en cause par de nouvelles formes de concurrence : les villes drapières des Flandres, du Nord ou de Normandie (Bruges, Gand, Ypres, Douai, Arras, Saint-Omer, Rouen) sont concurrencées par les textiles des villes italiennes (Florence, Sienne, Lucques, Arezzo) qui renouvellent leurs produits et proposent des draps de soie et des broderies aux fils d’or. Pour ce qui est des étoffes plus grossières, destinées à la grande masse des consommateurs, le corporatisme rigide et l’esprit protectionniste de l’artisanat urbain incitent les grands marchands, pourvoyeurs de matières premières et maîtres d’oeuvre du processus de production et de nouveaux modèles qui font évoluer la mode. Les vieilles cités textiles subissent alors la crise; elles doivent se reconvertir, et de nombreux artisans quittent la ville pour s’installer là où ils échapperont aux interdits corporatistes et aux impôts municipaux.

De plus, le développement en Angleterre même d’une industrie textile prive le continent de la laine anglaise, et réduit la demande de ce pays en produits finis. L’élevage du mouton, en Normandie, en Languedoc, en Provence ou en Berry en est stimulé, et l’on importe également de la laine castillane. Mais la qualité des fibres s’en trouve modifiée, et donc aussi la nature de leur traitement, celle des procédés vêtements proposés aux consommateurs. La concurrence entre régions et entre producteurs se trouve donc encore accentuée.

La redistribution des cartes

Au total, ce qui apparaît clairement aux yeux de tous, c’est que l’on ne peut plus vivre comme avant, aussi bien à la ville qu’à la campagne, et cela même dans les régions qui ne sont pas touchées par la guerre. Partout en Europe se posent les mêmes problèmes : ralentissement de la croissance, évolution différenciée des prix, difficultés d’approvisionnement des villes, développement de la fiscalité municipale, exigences nouvelles des propriétaires fonciers cherchant à trouver de nouvelles sources de revenu, revendications de ceux qui s’étaient enrichis et qui n’acceptent pas de subir les contrecoups de la crise ou de la redistribution des cartes économiques, révolte des pauvres, paysans ou citadins, qui ne bénéficient pas tous du renchérissement du prix de la main d’oeuvre.

Jacques Coeur

Statue de Jacques Coeur. Marchand international, armateur, banquier, propriétaire foncier, Grand Aregntier et conseiller du roi Chalres VII, il symbolise, au coeur du XVe siècle, l’enrichissement bourgeois au sein d’une société féodo-marchande en formation. Crédit photo: Palais Jacques-Coeur https://vicedi.com/palais-jacques-coeur.