Histoire du Québec

Le coût de l'hiver

Le coût de l’hiver

(Toutes les sommes sont valables pour 1985, mais la situation globale n’a pas changé, naturellement)

Le froid, la neige et le gel coûtent aux familles québécoises 5 milliards de dollars environ et encore 4 milliards à la collectivité dans son ensemble. Les effets du climat rigoureux ralentissent donc le rythme de la croissance économique et provoquent du chômage.

Commençons par les vêtements, dont le coût d’une garde-robe hivernale est très élevé. Pour une famille de deux adultes et de deux enfants d’âge scolaire, manteaux d’hiver, bottes, mitaines, tuques et autres accessoires coûtent 1930$. C’est énorme, d’autant plus que les enfants grandissent vite et leur sport préféré est de perdre leurs mitaines.

Quant au logement, pour résister à l’hiver, une maison québécoise coûte environ 10 pour cent de plus que celle qu’on construit en Virginie. Cela donne environ 7000$ pour un bungalow moyen de 70 000$ (note: rappelons qu’il s’agit des prix de 1985). Le coût supplémentaire des immeubles au Québec s’explique par la nécessité d’avoir des fondations plus profondes, pour qu’elles résistent au gel. D’ailleurs, le système de chauffage est coûteux, les murs sont plus épais et mieux isolés, il doit y avoir un toit plus résistant, on doit installer des fenêtres doubles, des portes de bonne qualité, etc. En plus, à chaque année, il faut compter 500$ en frais de chauffage, ainsi que 100$ ou plus en instruments et outils, tels que pelles, etc.

Les coûts liés à l’automobile sont aussi élevés. En effet, l’hiver implique certaines dépenses évidentes: pneus d’hiver, anti-gel, grattoirs, traitement anti-rouille. Mais d’autres coûts cachés sont encore plus importants: 15% de plus en assurances, pour le risque d’hiver; 15 ou 20% en consommation d’essence et le fait que les automobiles survivent moins longtemps dans un pays froid.

Tout cela permet d’insister sur une dimension du climat québécois très coûteuse pour le consommateur. Ici, il fait froid l’hiver, mais il fait très chaud l’été. Cela oblige les familles à constituer deux, sinon trois garde robes, si l’on porte des vêtements de demi-saison. C’est ce dédoublement qui coûte cher. En Norvège, par exemple, il fait froid, mais le gros chandail de laine nécessaire au mois de janvier peut servir tout l’été.

En tout, on peut évaluer le coût d’hiver à environ 3 500$ par famille, ce qui équivaut à 10% de leur revenu. À l’échelle de la province, on arrive au coût total de 5 milliards de dollars.

(Ce texte a été publié dans La Presse le 28 décembre 1985).