Histoire du Québec

Nos compatriotes de l'Ouest s'affirment

Nos compatriotes de l’Ouest s’affirment

Les Canadiens-français de la Saskatchewan se réunissent à St-Isidore de Bellevue et témoignent leur attachement à la langue et aux traditions françaises

Prince-Albert, Saskatchewan. – Pour la première fois dans l’histoire du Nord-Ouest, les Canadiens-français de la vallée de la Saskatchewan se sont réunis, mercredi dernier, le 24 juin, pour célébrer avec éclat leur fête nationale.

M. l’abbé P.E.-Myre, curé de St-Isidore de Bellevue, ayant pris l’initiative de ce mouvement, c’est chez lui que notre fête a été chômée. Disons tout de suite que ce bon curé n’avait rien épargné pour en assurer le succès et grâce à ses efforts et au généreux concours de Sa Grandeur Monseigneur Pascal, cette réunion de famille a pris les proportions d’une fête nationale; et le 24 juin 1903, fera époque dans les annales de la race canadienne-française.

Les divers groupes de nos nationaux dispersés ça et là dans cette immense vallée, se sont réunis, enfin pour se donner la main et s’affirmer d’une manière définitive.

Voici le programme de la fête :

À 10 heures grand’messe solennelle chantée par sa Grandeur Monseigneur Pascal.

Étaient présents parmi le clergé : Le R. P. Moulin, O.M.J. E. Batoche; le R.P. Vachon, agent d’immigration; le R.P. Krist, de Fish Creek; le R.P. Laurent, de Bonne Madone; et le R. P. Auffrey, de Carlton.

Remarqués dans l’assistance, les messieurs suivants, venus des paroisses d’alentour, pour prêter leur concours à la fête : MM. L’avocat Alphonse Turgeon, le docteur J.J.A Labrecque, A. Vachon, marchand; A. Trottier, tailleur; de Prince Albert; MM. Le docteur V. E. Bourgeault, G. Georges, marchand; F. Thibault, instituteur, du Lac aux Canards; M. l’avocat Méanger, de Carlton; M. Trottier, de Floodoo.

À midi, eut lieu, en plein air, un splendide banquet présidé par Mgr. Pascal. Après le banquet, eurent lieu les discours.

Le R.P. Myre, prit le premier la parole pour remercier tous ceux qui étaient venus participer à la fête. Après avoir souhaité la bienvenue à tous, M. Myre lut une lettre d’excuse de M. T. O. Davis, député, et un télégramme de Son Honneur le juge Prendergast, qui, obligé de siéger à Regina ce jour-là, n’avait pu se rendre à la fête.

Monseigneur Pascal prononça ensuite un magnifique discours. Monseigneur félicita chaleureusement les Canadiens-français et ceux qui parlent notre belle langue de l’heureuse occasion qui leur était donnée de s’unir et de faire le dénombrement de leurs forces, pour mieux travailler, la mai dans la main, à la conservation de ces deux trésors, que la Providence nous a confiées : la Foi Catholique et la langue française.

Monseigneur parla avec éloquence, soulevant à maintes reprises les applaudissements de la foule.

À la suite de Monseigneur, M. l’abbé Vachon, qui connaît le pays pour l’avoir étudié sérieusement, en vue de l’immigration et surtout de l’immigration canadienne-française dont il est un des plus zélés champions, a fait l’éloge de la vallée de la Saskatchewan, et apportant des preuves à l’appui de sa thèse, a démontré que ce pays possède tous les avantages voulus pour y attirer en grand nombre nos Canadiens-français de la classe agricole qui s’expatrient par milliers aux États-Unis.

À l’appel de tous, M. Alphonse Turgeon, avocat, succéda au Père Vachon. D’une vois chaude et sympathique, il nous dit combien il était heureux de se trouver au milieu d’un si grand nombre de compatriotes; heureux de constater que les Canadiens et les Français de cette vallée sont maintenant en assez grand nombre pour célébrer sa commun et avec éclat leur fête nationale. C’est ce que chaque groupe de Canadiens-français doit faire le plus tôt possible, où qu’il se trouve, pour affirmer son existence nationale.Il fit revivre quelques instants le passé de la race française au Canada, son indomptable énergie et sa merveilleuse fécondité : nous citant comme l’exemple le plus frappant de cette énergie et de cette fécondité, l’histoire des Acadiens, triste et glorieuse à la fois. Vinrent ensuite quelques considérations sur l’état actuel de notre race, pour constater les progrès que nous avons faits. Il conseilla à tous de travailler dès maintenant à nous faire un avenir ici, et à jouer un rôle important dans le développement du pays : de conserver intact l’amour de notre foi et de notre langue, de revendiquer avec fermeté tous nos droits, chaque fois que l’occasion s’en présentera, mais de ne pas craindre, cependant de donner la main à nos voisins pour participer à tout mouvement ayant pour but l’avancement du pays : c’est là un patriotisme intelligent et éclairé dont, seul, le Canadien a le secret.

Le R. Père Laurent, par la suite Il s’attacha surtout à faire ressortir toute l’importance de l’oeuvre qu’avait accomplie le curé Myre en réunissant à l’ombre de son clocher, un si grand nombre de braves Canadiens, qui dorénavant se rassembleront chaque année pour perpétuer le souvenir de cette belle fête et réchauffer leur patriotisme sous les plis de leur drapeau.

Le discours de M J.A. Vachon, marchand de Prince Albert, roula sur les avantages que possède ce nouveau pays, au point de vue commercial. M. Vachon, qui est un des pionniers du commerce canadien-français à Prince-Albert, était certainement bien qualifié pour parler sur ce sujet. Le discours de M. Vachon a été surtout pratique.

M. Ménager, avocat de Carlton, qui est arrivé parmi nous tout récemment, du pays de nos ancêtres, nous fit ensuite un joli petit discours, où après avoir exprimé tout le bonheur qu’il ressentait de se trouver dans une nouvelle France, déclara son intention de vivre de mourir canadien.

Ensuite vint M. Le Huilles, qui prononça un discours pratique et foncièrement patriotique, parsemé de plusieurs traits d’esprit qui furent fort goûtés de l’auditoire.

Après les discours, il y eut des jeux athlétiques, puis la journée s’est terminée par un souper. On se dispersa ensuite, le cœur rempli de joie, l’âme pleine du beau rêve d’une patrie française dans la vallée de la Saskatchewan.

Cette nouvelle a été publiée le 8 juillet 1903 par le journal Le Canada.

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photo: Histoire-du-Quebec.ca