Histoire du Québec

La Compagnie des Cent-Associés et le Canada

La Compagnie des Cent-Associés et le Canada

En 1625, Armand-Jean du Plessis, cardinal de Richelieu, alors principal ministre de Louis XIII, contraint Montmorency à démissionner de son poste de vice-roi de la Nouvelle-France. Alors les Jésuites, qui ont œuvré en Acadie jusqu’à ce que Samuel Argall y détruise les établissements français en 1613, s’intéressent à la Nouvelle-France. Au lieu de chercher s’allier à Samuel de Champlain comme l’avaient fait les Récollets, les Jésuites tentent grâce à l’appui de ceux qui contrôlent en France les destinées du Canada, de se faire accorder une liberté totale dans l’application de leur programme missionnaire.

En 1625, le père jésuite Philibert Noyrot, confesseur d’Henri de Lévis, duc de Ventadour, persuade son patron d’envoyer à ses frais trois missionnaires jésuites à Québec. Les Récollets qui savent bien que les Jésuites jouissent de puissants soutiens et qu’ils partagent avec eux les mêmes intérêts, leur font bon accueil et les logent temporairement dans la maison de la mission récollette. Les Jésuites débarquent avec les pleins pouvoirs nécessaires pour exiger le retour en France des interprètes Brûlé et Marsolet dont le comportement avait le plus choqué les Récollets. Cet ordre provoque la colère de la compagnie du Canada qui considère les services de ces deux hommes comme essentiels à la bonne marche de la compagnie. Mais l’ordre est exécuté et cette mesure disciplinaire poussera éventuellement les deux hommes ainsi que certains de leurs compagnons à passer du côté des Anglais.

En 1625 également, le récollet Le Caron, ancien missionnaire chez les Hurons et autrefois tuteur à la cour, retourne en France et publie deux pamphlets où il accuse de mauvais foi et d’incompétence les compagnies commerciales privées qui ont jusqu’alors géré les affaires de la colonie.

La même année Ventadour achète l’office de vice-roi du Canada pour la somme d’un million de livres.

Le père Noyrot, à la suite d’une visite à Québec en 1626, est reçu en audience par Richelieu et, avec le soutien de Ventadour, insiste sur la nécessité de révoquer le monopole de la compagnie de Caën et de former une nouvelle compagnie qui sache mieux gérer le Nord de l’Amérique. Cette même année, Isaac de Razilly, chevalier de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, remet un mémoire à Richelieu où il soutient que la prospérité de la France exige la formation d’un empire outre-mer. Ces interventions convainquent Richelieu qu’il est indispensable pour l’État de contrôler la navigation et le commerce extérieur. Il décide donc de fonder une nouvelle compagnie, plus vaste et mieux financée, pour gérer les affaires de la Nouvelle-France.

En 1630, le duc de Ventadour fonde une puissante société secrète, la Compagnie du Saint-Sacrement, dont les membres comprennent d’importants personnages de l’époque, autant laïcs que clercs religieux. Cette compagnie se consacre, entre autres, à la réforme religieuse, aux œuvres de charité, au soutien des missionnaires et, surtout, à l’éradication du protestantisme. (Lorsque l’épouse de Ventadour meurt en 1643, il se fait prêtre). La compagnie se compose de cent associés ou plus, tous catholiques, dont chacun doit souscrire 3000 livres.

La Compagnie des Cent-Associés ou la Compagnie de la Nouvelle-France s’inspire du modèle de la English East India Company, fondée en Angleterre en 1600, et de celui de la Compagnie hollandaise des Indes orientales, fondée en 1602, dont la Compagnie des Cent-Associés reprend la structure, tout en y introduisant d’importantes différences. En effet, cette entreprise n’était pas une entreprise commerciale mais une société philanthropique dont l’objectif consistait à promouvoir la colonisation et les œuvres missionnaires.

Il suffit de lire la liste de ses membres et de voir la préoccupation que lui inspire le Canada pour comprendre à quel point cette compagnie différait de la Compagnie hollandaise des Indes occidentales, qui, nettement plus agressive et mercantile, s’implante rapidement après sa fondation en 1621 en Afrique de l’Ouest et sur la côte atlantique de l’Amérique du Nord et du Sud.

La compagnie se voit confier tout le commerce intérieur et extérieur de la colonie, à l’exception de la pêche, pour une période de quinze ans. Elle obtient le monopole perpétuel du commerce des fourrures (Trudel).

La compagnie s’engage à assurer sur une période de quinze ans l’établissement de quatre mille colons qu’elle doit employer et nourrir pendant trois ans, au bout desquels elle leur fournira des grains de semences et leur concédera des terres défrichées.

Les associés se compromettent d’ailleurs d’assurer la subsistance de trois prêtres dans chaque village pendant trois ans.

Afin d’assurer la stabilité de l’organisme, la compagnie a décidé que ses membres étaient autorisés à n’en retirer que des profits limités durant les premières années de son exercice.

Les colons de la Nouvelle-France seront autorisés à faire le commerce des fourrures, à condition de les vendre à la compagnie à un prix préalablement fixé.

Les Amérindiens convertis seront considérés comme les citoyens français et auront droit aux mêmes privilèges.

Afin de permettre à Richelieu de former la nouvelle compagnie le père Noyrot persuade Ventadour de démissionner de son poste de vice-roi de la Nouvelle-France. Pour empêcher les marchands de fourrures de dominer la compagnie, on autorise les prêtres te la noblesse à y investir sans déroger.

En 1628, la Compagnie des Cent-Associés investit environ 165 000 livres pour assurer l’installation de 400 colons en Nouvelle-France. On arme quatre vaisseaux.

Le roi ordonne le départ des colons, bien que la guerre vienne d’éclater avec l’Angleterre. Les quatre vaisseaux sont saisis par les frères Kirke, qui détruisent également les bâtiments français du cap Tourmente et de Miscou.

En 1629, la compagnie perd un autre investissement de 104 000 livres, ainsi que tous les profits du commerce des fourrures, lorsque ses navires ne peuvent atteindre Québec avant sa reddition. En fait, les querelles entre les diverses factions à Québec atteignent des proportions absurdes en été de 1629. Les provisions de la colonie sont presque épuisées. Les Récollets, les Jésuites, François Gravé du Pont et Samuel de Champlain se disputent ouvertement la petite quantité de farine de maïs que les Hurons ont apportée – Champlain ne réussit pas à en obtenir et il se plaindra du peu cas qu’on fait de lui, même s’il est leur chef (Biggar). Cet épisode trahit la faiblesse de la colonie et le désarroi dans lequel vingt ans de conflits internes ont jeté Québec.

Ainsi, lorsque Québec est rendu à la France, en 1632, la Compagnie de Cent-Associés est fort endettée… L’année suivante, elle transfère à une compagnie filiale, pour une période de cinq ans, son monopole du commerce des fourrures sur le Saint-Laurent et la péninsule de Gaspé, mais elle conserve la direction de la colonisation du Canada.

La Compagnie Cheffault-Rozé est alors mise sur pied avec un capital d’exploitation de 100 mille livres dont les Cent-Associés avancent un tiers. En échange, la compagnie des Cent-Associés reçoit une somme fixe annuelle de 10 mille livres ainsi que le tiers des profits.

Références :

  • Bruce G. Trigger, Les Indiens, la fourrure et les Blancs. Français et Amérindiens en Amérique du Nord, Boréal, 1985. (Compagnie des Cent-Associés)
  • Trudel, Marcel. Histoire de la Nouvelle-France, Vol. I, Les Vaines Tentatives, 1524-1603, Montréal, Fides, 1979.
Compagnie des cent associés - ville de québec

Ville de Québec

Paysage urbain de la ville de Québec. Photo : © Histoire-Du-Quebec.ca

 

À lire également :