Histoire du Québec

Deuxième voyage au Canada, commencement

Commencement du deuxième voyage au Canada

On peut lire cette inscription gravée dans le dallage de la cathédrale de Saint-Malo : « Ici s’est agenouillé Jacques Cartier pour recevoir la bénédiction de l’évêque de Saint-Malo à son départ pour la découverte du Canada le 16 mai 1535. »

Le 16 mai 1535, les cloches de la cathédrale Saint-Vincent sonnaient à toute volée dans l’azur d’une tiède matinée de printemps. Et c’était jour de Pentecôte! De nouveau, la foule se pressait pour apercevoir Jacques Cartier, et, cette fois, pour l’acclamer plus chaudement, car on savit qu’il jouissait désormais de la faveur royale. Par ordre de Sa Majesté François 1er, glorieusement régnant, n’avait-il pas reçu, à peinte rentré de son précédent voyage, commission de Philippe de Brion-Chabot, amiral de France, pour repartir en qualité de capitaine général vers les Terres-Neuves, avec trois bons navires?

« Du commandement du capitaine et bon vouloir de tous, chacun se confessa et nous reçûmes tous ensemble Notre Créateur en l’église cathédrale dudit Saint-Malo. Après quoi, nous fûmes nous présenter au choeur de ladite église, devant le révérend père en Dieu Monseigneur de Saint-Malo, qui en son état épiscopal, nous donna sa bénédiction » (Seconde Navigation faite par Jacques Cartier, pilote, en l’an 1536). Et l’on imagine aisément les doigts effilés de messire François Bohier, mitre en tête et crosse en main, traçant le signe bénéfique sur cette centaine de fronts courbés, dans les rayons du soleil colorés de rose, de vert et de violet au travers des vitraux.

« Et le mercredi suivant, 19e jour du mois de mai, le vent vint bon et convenable; nous appareillâmes avec les trois navires, savoir : La Grande Hermine, du port, d’environ cent à cent vingt tonneaux, où était le capitaine général, et pour maître Thomas Fromont, Claude de Pontbriand, fils du seogneur de Montréal (en Condomais, province de Gascogne), et échanson de monseigneur le Dauphin, Clarles de La Pommeraye, Jehan Poullet, et autres gentilshommes. Au second navire, nommé la Petite Hermine, du port, d’environ soixante tonneaux, était capitaine, sous ledit Cartier, Macé Jalobert, et maître, Guillaume Le Maryé; et au tiers et plus petit navire, nommé l’Emerillon, du port, d’environ quarante tonneaux, en était capitaine Guillaume Le Breton, et maître, Jacques Maingard. »

Mais cette fois-ci il s’agit de bien autre chose que d’un simple voyage d’exploration. On peut avancer qu’il s’agit déjà de colonisation à l’instar des Portugais et des Espagnols sous d’autres latitudes. Pourquoi? Dans la dédicace au roi de France se sa seconde relation, Cartier lui-même va nous répondre : « A l’exemple de quoi, je pense en mon simple entendement et sans autre raison y alléguer, qu’il plût à Dieu, par sa divine bonté que toutes créatures humaines, étant et habitant sur le globe de la terre, ainsi qu’elles ont vue et connaissance du soleil, ont eu et auront pour le temps à venir connaissance et créance de notre sainte foi. Car premièrement notre très sainte foi a été semée et plantée en la Terre Sainte, qui est en Asie, à l’orient de notre Europe, et depuis, par succession de temps, apportée et divulguée jusqu’à nous; et finalement en l’occident de notre Europe à l’exemple du soleil, portant sa clarté et chaleur d’orient en occident, comme il est dit… en la présente navigation, faite par votre commandement royal, en la découverte de terres occidentales étant sous les climats et parallèles de vos pays et royaume, ni à vous ni à nous connus auparavant, pourrez voir et savoir leur bonté et fertilité, la quantité, innombrable des peuples y habitant, leur bonté et paisibilité, et pareillement la fécondité du grand fleuve qui décourt et arrose vos terres, qui est le plus grand sans comparaison qu’on sache avoir jamais vu. Lesquelles choses donnent à ceux qui les ont vues, certaine espérance de l’augmentation future de notre très sainte foi. »

Sans doute, ira-t-on prendre possession des terres occidentales qui sont sous la même latitude que la douce France, sans doute profitera-t-on de leurs richesses, mais d’abord et surtout on apportera aux indigènes la révélation de la vérité chrétienne, comme le font d’ailleurs plus au sud Espagnols et Portugais. Et c’est bien là le motif le plus noble de toute entreprise coloniale. Après une traversée mouvementée, à cause des tempêtes, la nef, le courlien et le galion, séparés en cours de route, se rejoignirent à Blanc-Sablon, le 26 juillet, plus de deux mois après leur départ de Bretagne. Trois jours sont employés à prendre de l’eau douce et du bois, et le 29 commence l’exploration de la côte nord du golfe Saint-Laurent jusqu’à l’extrémité occidentale d’Anticosti. Le 10 août, la flotte pénètre dans un havre, à l’est des îles Mingan, que le navigateur, en l’honneur du saint du jour, nomme Saint-Laurent (Baie du Pillage). Première apparition d’un nom que le havre en question devait perdre en le cédant à tout le fleuve. Le 15 août, en l’honneur de Marie, Jacques Cartier baptise Assomption l’île appelée aujourd’hui Anticosti (D’une superficie nettement supérieure à celle de la Corse). Et la flotte remonte le fleuve. Vers la Lobster Bay, les deux Hurons de l’année précédente, rapatriés comme promis, annoncent à Cartier qu’il pénètre dans le royaume du Saguenay. Plus loin, disent-ils, s’étend le Canada, plus loin encore le Hochelaga, qui est aussi le nom du fleuve. On comprend ici, d’après le texte de la relation, que Taignoagny et Domagaya (ce sont les noms des deux sauvages) sont originaires du Canada, bien qu’ils aient été embarqués à Honguedo (Gaspé) l’année précédente. Le 1er septembre, les navires malouins mouillent leurs ancres à l’embouchure du Saguenay; les indigènes viennent à bord. Le 6, la flotte est à la hauteur d’une île où, « entre autres, il a plusieurs coudres francs, que nous trouvâmes fort chargés de noisettes, aussi grosses et de meilleure saveur que les nôtres, mais un peu plus dures; et pour ce, nous la nomâmes l’île aux Coudres. »

Les Français au Canada (du Golfe Saint-Laurent aux Montagnes-Rocheuses, par Cerbelaud Salagnac, Éditions France-Empire, 68, rue Jean-Jacques Rousseau – Paris (1er), 1963.

cap_diamant_citadelle

Illustration: Histoire-du-Quebec.ca