Histoire du Québec

Chronique de la mode

Chronique de la mode

(la mode telle qu’elle a été en janvier 1908, texte paru dans le journal Le Canada, samedi, le 11 janvier 1908).

Robes du soir

Nos préférences, pour les robes du soir, se répartissent cet hiver entre la mousseline de soie souple, le tulle léger, transparent le satin Liberty dont les reflets s’argentent aux lumières, le velours chiffon dans les teintes blondes, kaki, orange, et des robes de guipures épaisses, lourdes ou de dentelles légères et mousseuses.

Faites de tissus souples, les jupes peu ou point soutenues par un jupon de soie désappreté, suivent de près les lignes de la silhouette; leurs plis la dessinent en l’enveloppant comme les tuniques des femmes grecques, les draperies des statuettes antiques; leur molle retombée fait paraître plus mince une femme svelte, elle dissimule l’ampleur, des hanches pourvu qu’on adopte une teinte foncée.

On décollète en fond la plupart des corsages. Mais les corsages ouverts en pointe, en carré, en cœur, ne sont pas démodés.

La coupe d’un corsage de soirée, comme celle des corsages d’après-midi, donne aux épaules une ligne tombante qu’accentue la disposition des garnitures berthes, fichus bretelles, qui enjolivent le corsage.

On allie volontiers plusieurs étoffes pour composer une robe de soir dans les teintes claires : ces arrangements sont partiellement jolis l’alliance de la mousseline de soie mate, épaisse ou du crêpe météor avec le satin Liberty brillant et soyeux, ou le velours aux reflets profonds, est d’un agréable contraste.

Toutes les broderies sont en faveur : grosses broderies de soie floche et brillante dessinant des guirlandes en relief : fleures de mousseline de soie, appliquées en “ bas relief” ça et là, fleurs d’or et d’argent aux pétales chiffonnés d’une forme amusante et neuve; des fleurs de rêve, celles qui s’épanouissent dans les contes de fées.

On voit beaucoup de dentelles et de guipures métalliques, d’or, d’argent, de cuivre, d’aluminium, lissées de fils minces, ténus, qui s’entrecroisent en réseau léger; d’autres dentelles mélangées de soie et de métal sont d’un effet plus sobre et d’un emploi plus facile.

Presque toujours, au bas de des jupes, de hautes bandes de velours, de panne, de satin ou de taffetas désapprété, bordent les plis de la mousseline ou du tulle; j’ai vu cette semaine, employées ainsi des bandes de drap souple, de crêpe météor et même de mousseline de soie repliée en double ou en triple, pour qu’elle soit suffisamment opaque. Au-dessus de ces bandes serpentent d’autres garnitures: hautes dentelle d’argent dont le pied est caché sous la bande de velours large entre-deux aux bords découpés et sinueux, entre-deux étroits, séparés par des plis de mousseline ou de tulle. Lorsqu’on renonce aux bandes de velours ou de satin Liberty, le bas de la jupe est souvent fait d’une haute dentelle toute rebrodée de soutache, de chenille, criblée de perles scintillantes et de paillettes minuscule, ou rebrodée de petites roses de mousseline de soie, joliment chiffonnée. On assortit les roses à la teinte de la robe; c’est vous dire qu’elles ont les nuances les plus imprévues et les plus rares : on ne voit de bleues, de mauves, de vertes, de gris argent de noires même; elles coupent en mignonnes guirlandes sur les contours des bandes de filet qui s’incrustent dans la mousseline de soie; elles s’épanouissent autour des bretelles et fleurissent le décolleté.

Parmi les broderies les plus nouvelles, je vous signale les grosses fleurs qu’on exécute en perles et en soie brillante, en perles et en chenille, sur des fonds de même teinte.

Leur dessin échevelé rappelle les chrysanthèmes d’automne, les dahlias simples aux pétales aigus, ou les soleils si en vogue l’été dernier; ces fleurs géantes, groupées par deux ou trois parsèment le bord des tuniques de soie souple ou de mousseline, leur poids tend l’étoffe et fait joliment tomber.

On garnit de velours beaucoup de robes en mousseline de soie; quand on adopte cette étoffe pour la haute bande qui borde la jupe, elle se montre en dépassant plus ou moins large, en libre. Elle souligne la draperie du corsage ou le bord du décolleté, suivie d’un lien de tulle qui l’adoucit et lui donne un joli flou seyant aux épaules, ou en drape la ceinture, de petits biais de velours de tortillent aux bracelets des manches en mauve, en gris-fumé, en gris-nuage, dans les teintes abricot-kaki, blond doré : ce mariage de la mousseline et du velours est d’un effet délicieux. Le tulle à malles carrées fait de jolies robes de soir, il n’est pas d’un aspect aussi flou que le tulle illusion, mais il est plus résistant, plus durable.

Les toilettes habillées

Bien que les costumes tailleur aient, d’année en année plus de vogue, plus de succès, ils ne peuvent complètement remplacer la robe, la vraie robe couturière.

Si le costume tailleur est essentiellement pratique, il n’est jamais toilette de de cérémonie. En toute franchise, il faut dire que le tailleur s’est fort féminisé : maintenant on le garnit tant et si bien qu’il n’est point déplacé pour les visites, à condition que l’on puisse montrer à l’intérieur une jolie blouse qui n’ait aucune sévérité.

La robe floue est sans doute plus toilette, elle forme un ensemble, un tout indivis, la femme semble plus habillée quand elle est vêtue d’un corsage et d’une jupe semblables, souvent aussi, c’est une robe d’une seule pièce : la forme princesse est en faverus, les corselets aussi.

Donc la chose est nettement établie. Il y a place pour la robe floue, élégante à souhait, garnie, à plaisir, fanfreluchée même à l’occasion, et il me semble qu’il est intéressant de voir avec vous, mesdames et mesdemoiselles, comment doivent être faites ces jolies toilettes que l’on porte le jour pour les visites comportant quelque étiquette, le soir, en toutes occasions où la robe décolletée n’est pas de rigueur. Tout d’abord, il faut dire que le luxe sans cesse grandissant atteint un tel degré que l’on ne peut admettre la simplicité pour les toilettes vraiment habillées. Et cependant il serait bon d’être mise en garde contre la surcharge des ornementations, il faut un goût sûr et délicat pour saisir la note exacte. On voit certaines robes véritablement ravissantes combinées avec des gilets brodés qui s’ouvrent sur de guimpes de dentelle, de guipure, de tulle même, ce qui n’empêche nullement le voisinage de velours ou de la soie. Mais pas de tons heurtés, de couleurs tranchantes, on aime l’harmonie. Quantité de toilettes sont combinées avec des tissus différents mais pris dans la même gamme de nuances.

La guimpe et les manches en dentelle blanche, voilà qui a toujours du charme, à nos yeux, mais du blanc, nous n’en voulons plus sous forme d’entre-deux ou de motifs qui s’incrustent dans la jupe elle-même : ce sont des dentelles de Chantilly, du Venise teint et plus encore des applications de velours, des ornementations de broderie ou de soutache dessinant parfois de jolis mouvements ou souvent nous retrouvons des tuniques simulées.

Les manches sont toujours partie importante, s’il en fut. Tous les nouveaux modèles, ou pour mieux dire la majeure partie d’entre eux ont des manches qui se prolongent jusqu’au poignent quand elles n’arrivent pas sur la main pour couvrir à moitié les doigts. Ceci est une exagération de la Mode. Ayons la manche longue, mais ne tombons pas dans un excès blâmable allant jusqu’à l’incommodité.

Les manches longues sont quelquefois faites en une seule pièce : la manche gigot que nous avons toutes connue; plus nouvelles nous paraissent les manches drapées avec fronces sur toute la longueur de la saignée; dans le haut, l’ampleur forme une façon de papillon qui n’a rien de banal. Des draperies de tulle ou de velours élargissent à merveille les épaules, elles terminent de façon parfaite des manches presque plates.

Avec de la dentelle de hauteur variable on fait des arrangements de manches d’autant plus réussis qu’ils sortent des sentiers battus. Une dentelle s’enroulant obliquement autour du bras produit un joli drapé. Des ballons courts sont faits de dentelles réunies par les dents, on les dispose tout comme s’il s’agissait d’une étoffe. Pour les hauts poignets mitaine on emploi également des si l’on aime à en superposer plusieurs qui tournent en cercle autour de l’avant-bras. Il faut savoir que l’on obtient un effet plus allongeant lorsque l’assemblage se fait dans la longueur, sur le dessus du bras; selon le dessin on rapproche tout simplement les deux bords ou bien on vient les poser sur de fins plus en mousseline de soie.

Ce qui peut dérouter, c’est de voir du drap ou du velours garai avec du tulle sur lequel courent des dessins de soutache mis seuls ou combinés avec des applications de drap découpées à bord libre; ceci signifie qu’on le le replie pas.

mode ancienne

Folichonneries

Avez-vous remarqué combien les étoffes à larges raies sont en vogue? Surtout pour façonner une petite jaquette originale comme celle que vous apercevez ici? La femme qui en est habillée semble avoir horreur des toilettes déjà vues – c’est pour cela qu’elle s’est pomponnée d’un costume comme on n’en porte pas tous les jours…

La jupe est en drap brun uni, et le manteau est rayé, avec petit gilet uni. Sur le devant, huit gros boutons brun foncé. Petite toque blanche avec aile brune; tour de cou et manchon blancs aussi (Frisson).