Histoire du Québec

Chronique judiciaire - janvier 1940

Chronique judiciaire du Québec – janvier 1940

L’affaire Viviano

John Viviano alias Jerry Brown a obtenu une seconde journée de grâce lorsque l’honorable juge en chef Greenshield, de la Cour supérieure, siégeant hier comme commissaire de l’extradition, a remis à ce matin l’instruction sur ls requête en extradition présentée par les autorités policières de New-York. Viviano est recherché aux États-Unis sous une accusation de meurtre.

Viviano vient de terminer une sentence à la prison commune sous une accusation de vol. Cette sentence avait été prononcée l’an dernier au moment même où les policiers américains réussissaient à le localiser. Il n’avait pas d’abord combattu son extradition, mais lorsque l’accusation de meurtre fut ajoutée, il décida alors de contester l’extradition et de se soumettre à la justice canadienne.

La requête en extradition avait d’abord été présentée, vendredi dernièr, mais elle avait été remise à lundi parce que Viviano n’avait pas choisi d’avocat.

Présumés assassins du marchand Sauro – Trois suspects ont été traduits devant le juge Gustave Marin, hier après-midi

À une heure, hier après-midi, Paul-Viateur Frigon, 25 ans, 9160, rue Berri, et Roméo Foucault, 20 ans, 4460, rue Saint-Dominique, étaient traduits devant le juge Gustave Marin, siégeant en chambre, pour répondre à l’accusation d’avoir, le 9 octobre dernier, assassiné le marchand de fruits Joseph Sauro, qui se trouvait à la porte de son magasin, 5149, boulevard Saint-Laurent. Armand Frigon, 20 ans, frère du premier des deux suspects, était accusé d’avoir aidé son frère et Foucault à échapper à la justice. L’enquête judiciaire des trois inculpés à immédiatement été fixée au 11 janvier. Maitre Gérald Fauteux, C.R., avocat sénior du ministère public, assistait à la comparution.

L’arrestation des suspects a été opérée grâce à une conversation entendue dans la rue par un détective. Celui-ci entendit un jeune homme se vanter de connaître les auteurs du meurtre de Sauro. L’assistant-directeur Armand Bordeur averti, se mit aussitôt à l’oeuvre, assisté des lieutenants Théodule Therrien et Georges Allain. Après avoir interrogé ce jeune homme, ils appréhendèrent les suspects.

Des expertises ont été faites par le docteur Rosario Fontaine, médecin-légiste. Le projectile qui a abattu Sauro correspondrait exactement aux balles d’un revolver trouvé en possession de l’un des prévenus.

Un fameu escroc

Wilfrid-René Morin dit Gérard Morin, âgé de 30 ans, sans adresse connue et accusé sur 62 plaintes de fraude, se décidait à avouer en « bloc » hier, devant le juge J.-C. Langlois, quelques minutes avant son procès. Les deux anti-chambre du Palais n’étaient pas assez vastes pour contenir tous les témois assignés et les victimes de l’escros… Le coupable, qui était libre sous cautionnement, fut aussitôt incarcéré à la demande de Me Antoine Senécal, avocat du ministère public. Le tribunal ajourna le prononcé de sa sentence au 25 janvier.

Grave accusation

Joseph d’Ambrosio, 50 ans, 7142, boulevard Saint-Laurent, fut accusé de voies de fait graves sur la personne de son fils Sylvio, âgé de 23 ans, hier, devant le juge Jules Desmarais et le tribunal fixa le procès au 12 janvier. D’après la police, il s’agirait d’une querelle de famille et le prévenu aurait asséné plusieurs coups de tourneavis sur la tête de sa victime. À Saint-Luc les médecins ont dû faire huit points de suture dans le cuir chevelu du fils D’Ambrosio.

Mandamus demandé

L’honorable juge Fabre-Survoyer, de la Cour de pratique, rendra jugement demain sur une requête pour bref de mandamus présentée par Mé Edmond Caron, comptable agrée, contre MM. Rodolphe Bédard, président général, Télesphore Brassard, 1er vice-président général ; Léopold Lamarche, trésorier général ; Arthur Carrière, caissier, Léo-Paul Potvin, teneur de livre et commis, tous de la Société des Artisans canadiens-français. La société est également mise en cause. Me Léon Mercier-Gouin agit pour le requérant, tandis que Me Euclide Desjarlais représente la défense.

Affaire de poules à rendre perplexe

Me Antoine Senécal peut difficilement accuser celui qu’il fit libérer

Joseph Lalonde sans domicile connu, devait subir son procès ; hier, devant le juge J.-C. Langlois, sous l’accusation du recel de six poules volées il y a déjà plusieurs mois et lorsque ces mêmes poules n’étaient encore que des gentilles poulettes. L’avocat de la défense, Me Myers Gross, demanda un ajournement, et Me Antoine Senécal, avocat du ministère public, se vit dans l’obligation d’insister, lui aussi, et pour cause, comme on le verra par sa déclatation :

Je dois me récuser dans cette affaire, et je dois dire à votre Seigneurie que devant vous, l’été dernier, je défendais Lalonde pour le vol des mêmes poules, et que vous l’avez acquitté. Mon devoir est donc tout trac, et je ne puis procéder dans cette nouvelle cause de Lalonde. Le juge Langlois s’empressa d’ajourner le tout au 16 janvier.

Hiver au Québec

Hiver au Québec. Photographie par Histoire-du-Quebec.ca.