Histoire du Québec

Un cas de viol

Un Amérindien viole une blanche

Le 20 avril 1664, à la suite d’une enquête et d’un procès, Robert Hache, un Amérindien, est reconnu coupable du viol d’une femme mariée, Marthe Hubert, qui réside à l’île d’Orléans. Hache s’évade durant sa détention.

Dans le but d’entretenir des relations harmonieuses avec les Amérindiens, le Conseil supérieur décide de suspendre la sentence prévue et choisit plutôt de convoquer une rencontre avec plusieurs chefs : le chef des Algonquins de Québec, le chef de Tadoussac, le chef de Népissingues, les chefs des Iroquois et celui des Abénaquis.

En premier lieu, deux interprètes, un père jésuite et Nicolas Marsolet, un marchand de fourrures, expliquent aux invités que « pour réparation dudit viol, ledit Robert Hache aurait mérité d’être pendu et étranglé. » En réponse, les chefs reconnaissent que certains de leurs jeunes ont déjà commis des répréhensibles, mais, en cette matière et en contrepartie, « la jeunesse française n’en avait pas été exempte non plus ». Stipulant que « depuis un long cours d’années, ils s’étaient toujours maintenus en amitié avec les Français », ils ajoutèrent que jamais on ne les avait mis au courant « que le viol fut puni de mort ». En conséquence et dans le but de ne pas « porter atteinte à une amitié si ancienne », les chefs proposent qu’on devrait passer l’éponge sur cette première fois, « mais que pour l’avenir, ils s’y soumettraient volontiers ».

Les Amérindiens exigent deux choses. D’abord, que la loi sur le viol soit « rédigée par écrit afin qu’elle demeure à leur postérité ». Ensuite, « afin de continuer à vivre en amitié et ôter les obstacles qui pourraient s’y opposer », on veut que les Français cessent de « piller et excéder » les Amérindiens leur devant de l’argent parce que « pendant ce temps de guerre, il est impossible aux Sauvages de satisfaire entièrement, ne pouvant faire leur chasse qu’à demi. »

Après délibération, le Conseil décide qu’il « remet (suspend) audit Robert Hache la peine qu’il avait méritée pour raison dudit viol », mais qu’une amende doit être versée à la victime, Marthe Hubert. Quant à la seconde demande, si des Français harcèlent des Amérindiens pour dettes non payés, « il sera fait droit selon l’exigence du cas », alors qu’on porte des accusations et la justice suivra son cours ».

Par Guy Giguère, La Scandaleuse Nouvelle-France, histoires scabreuses et peu édifiantes de nos ancêtres, 1958.

amérindiensIllustration : Histoire-du-Québec.ca